Renouvellement des publics, le pari réussi de la Philharmonie

La Philharmonie de Paris a dévoilé les conclusions d’une ambitieuse étude portant sur ses publics et sa capacité à les renouveler. L’âge moyen des spectateurs de plus de 15 ans est de 47,9 ans, et 30% des visiteurs ont découvert l'institution pour la première fois.

Renouvellement des publics, le pari réussi de la Philharmonie
La Philharmonie de Paris, conçue par l'architecte Jean Nouvel, a attiré plus de 4 millions de spectateurs depuis son ouverture en 2015, © Getty / Lily Franney

Jusqu’à présent, l’équipe de la Philharmonie de Paris avait des intuitions et beaucoup de questions concernant le profil de son public.  Quatre millions de spectateurs ont franchi les portes de l’établissement situé à La Villette depuis son ouverture en janvier 2015. Le temps est désormais aux réponses. Les résultats d’une étude des publics, première du genre, ont été dévoilés ce mercredi 13 juin. Menée par le ministère de la Culture et le département des études, de la prospective et des statistiques (Deps), l’enquête a recueilli les données de 38 185 spectateurs âgés de 15 ans et plus, de septembre 2016 à août 2017. Une ampleur sans précédent. 

L’enseignement le plus marquant de cette étude réside dans l’âge moyen des spectateurs. L’ensemble du public adulte est âgé en moyenne de 47,9 ans, tous types de concerts confondus. « Nous attendions avec angoisse ce chiffre, explique Laurent Bayle, le directeur de la Philharmonie. Mais nous sommes rassurés puisqu’il est conforme avec l’âge moyen des français ». 

L’âge moyen des spectateurs des concerts de musique classique est lui de 51,3 ans, bien inférieur au chiffre émanant de l’étude de l’Association française des orchestres menée en 2013-2014 sur les publics des orchestres en France, qui était de 57,7 ans. Néanmoins, les spectateurs de la Philharmonie se rendant à des concerts non classiques (jazz, musiques actuelles, musiques du monde) ont un âge moyen plus jeune, de l’ordre de 42,7 ans. 

La diversité de la provenance géographique des spectateurs est également à remarquer. Ils sont 48% à habiter Paris, principalement dans le nord-est de la capitale, là où est implantée la Philharmonie. Et ils sont 37% à venir de la région Ile-de-France (principalement Hauts-de-Seine et Seine-Saint-Denis). « Il est important de noter que 70% des spectateurs qui se rendaient à la salle Pleyel (ancien lieu de résidence de l’Orchestre de Paris) ou à la Cité de la musique avant l’ouverture de la Philharmonie, viennent désormais à La Villette. Malgré les craintes nombreuses que l’on pouvait entendre avant l’inauguration de la Philharmonie, il y a bien eu un report du public de l’ouest vers l’est de Paris », analyse Loup Wolff, chef du Deps. 

Un tiers de nouveaux spectateurs

Parmi les 38 185 visiteurs interrogés, 30% ont déclaré venir pour la première fois. Un chiffre qui grimpe à 55% lorsqu’il s’agit d’une visite d’exposition ou du Musée de la musique. « Cela confirme que le projet que nous avons bâti pour la Philharmonie est le bon, explique Laurent Bayle. Le modèle de programmation du XIXe siècle centré sur le concert avec une esthétique unique est obsolète. Il ne faut pas laisser le classique tout seul, de son côté. C’est la multitude d’activités proposées autour du concert qui attire le nouveau public, comme les expositions, le Musée de la musique ou les ateliers éducatifs ». 

Si le renouvellement des publics semble acté, la Philharmonie connaît néanmoins une surreprésentation de visiteurs surdiplômés. 65% des personnes interrogés ont un niveau bac +4 au minimum. Une catégorie qui ne représente que 21% de la population d’Ile-de-France et seulement 11% de la population française. Laurent Bayle souhaite nuancer ce chiffre en rappelant que « lorsqu’on pratique une ouverture, il est normal que ce soit les catégories déjà habituées à fréquenter les établissements culturels qui répondent en premier ». 

Le directeur de la Philharmonie, établissement public financé à 80% par l’Etat, en profite pour rappeler les nombreuses initiatives menées en faveur de la jeunesse et des quartiers classés Politique de la ville, comme les orchestres Demos ou l’accueil des scolaires. « Cette étude ne prend en compte que les visiteurs âgés de 15 ans et plus. Il y a 300 000 enfants qui ne sont pas comptabilisés. 80% d’entre eux viennent des quartiers Politique de la ville. Ils constitueront une partie des publics de demain » poursuit Laurent Bayle. Une Philharmonie des enfants devrait d’ailleurs voir le jour en 2020-2021. Un espace de 1 000 m2 qui devrait accueillir jusqu’à 250 000 enfants par an. 

L’étude montre également une différence entre le public de la semaine et celui du week-end. Ce dernier est plus jeune, familial et diversifié géographiquement. Enfin, un chiffre très encourageant selon l’étude, le taux de satisfaction des spectateurs : ils sont 97% à se dire satisfait ou très satisfait de leur expérience à la Philharmonie.