Rencontre avec Edward Blakeman, directeur des BBC Proms

Nouveau directeur des BBC Proms, Edward Blakeman livre ses impressions sur cette édition 2014 du légendaire festival londonien.

Rencontre avec Edward Blakeman, directeur des BBC Proms
Edward Blakeman, directeur des BBC Proms (©BBC / Chris Christodoulou)

Producteur à la BBC Radio 3, et successeur cette année de Roger Wright à la tête des BBC Proms, Edward Blakeman participe depuis quelques années à la programmation du festival. Flûtiste professionnel avant son entrée à la BBC, il est également auteur, et a dirigé le département des vents au London College of Music.

Edward Blakeman, vous dirigez seul les BBC Proms pour la première fois, quel est votre sentiment à mi-parcours de cette édition ?

Je suis très excité par cette édition des BBC Proms. Nous atteignons la moitié du Festival (les BBC Proms se tiennent cette année du 18 juillet au 13 septembre ) : 4 semaines sont déjà passées, et 4 autres belles semaines sont à venir. J’étais déjà très impliqué dans la programmation avec mon prédécesseur (Roger Wright, également directeur de la BBC Radio 3 ), ma plus grande joie est donc d’observer aujourd’hui le résultat, et d’avoir participé à sa réussite.

Quelles sont les spécificités de cette édition ?

Un certain nombre de concerts ont pour thématique la Première guerre mondiale, pour les commémorations du centenaire. Mais nous avons aussi un autre grand thème, à propos des « orchestres globaux » (global orchestras ) : nous avons fait un tour du monde des orchestres nés dans des endroits où l’on imagine mal la musique classique comme une chose commune. Ces orchestres sont très bons, et nous avons pris la décision de les inviter aux BBC Proms.

On parle souvent de l’atmosphère spéciale des BBC Proms, à quoi tient-elle ?

L’atmosphère des Proms est spéciale pour de nombreuses raisons : l’une d’entre elle tient au fait que la salle du Royal Albert Hall est ronde, ce qui n’est pas habituel. Chacun voit à la fois la scène et les autres spectateurs, il y a donc une réelle connexion entre tous. Et, bien sûr, il y a « l’arena » au cœur du Royal Albert Hall, où les gens sont debout pour écouter le concert. Cette particularité remonte aux origines des Proms. La tradition des Proms veut que les concerts soient accessibles, et abordables. Pour 5 pounds (6 euros ), plus de 800 personnes assistent chaque soir aux concerts dans l’ « arena ».
C’est cette combinaison qui rend l’événement si spécial. Et puis c’est l’été, les Proms célèbrent la musique classique : on y vient comme on est, sans tenue particulière. Il y a un sentiment général de légèreté.

Les BBC Proms ne sont plus un festival seulement de musique classique, le public peut aussi maintenant y entendre du jazz et de la musique du monde. Est-ce une manière de toucher de nouveaux publics ?

Absolument. Cette décision a été prise il y a quelques années. La programmation reste centrée sur la musique classique, mais il y a aussi de très belles choses dans les autres musiques traditionnelles, il est donc bon d’ouvrir les Proms à ces répertoires, et d’y faire entrer un autre public. De plus, certaines personnes viennent pour ces autres répertoires, découvrent les Proms, et reviennent pour des concerts de musique classique.
Je pense que nous vivons aujourd’hui dans un monde où il est normal d’aimer toute sorte de musique. Les gens aiment différentes musiques, il est normal que les Proms reflètent cette réalité. La plupart de ces concerts sont programmés en fin de soirée, l’atmosphère est donc plus particulière, avec un public tout à fait différent.

Quel est le profil des spectateurs des BBC Proms ?

Beaucoup de personnes très différentes viennent aux Proms. De très jeunes personnes, d’autres d’âge moyen, d’autres plus âgées. On voit aussi des personnes qui ne sont jamais venues à un concert de musique classique, et qui profitent de l’été pour essayer les Proms. D’autres viennent sur les conseils d’amis. Le profil des spectateurs est d’autant plus varié qu’il y a 6 000 places dans le Royal Albert Hall, et que tous les concerts sont quasiment complets. Nous sommes très heureux de cette diversité, tout comme de l’origine internationale des spectateurs. Pendant quelques heures, le public forme un ensemble composé d’histoires distinctes, de vies et de goûts différents.

Vous êtes aussi flûtiste, est-il commun en Grande-Bretagne de voir un artiste à la tête d’un festival de musique classique ?

Je suis toujours flûtiste, mais je préfère dire maintenant que « j’étais » flûtiste. Il faut faire des décisions dans la vie, à propos des choses que l’on peut faire, et du nombre de choses que l’on peut faire. J’étais flûtiste professionnel pendant des années, puis je suis devenu producteur à la BBC, ma carrière va en ce sens. Je pense que la bonne réponse à cette question est : il est bon d’avoir quelqu’un qui soit aussi musicien pour faire marcher un festival comme les Proms. Vous avez ainsi non seulement la connaissance, mais aussi la sensibilité de ce qu’est un musicien. On voit beaucoup d’orchestres, beaucoup de chefs, beaucoup de solistes… La vie des musiciens est très particulière, avec les déplacements internationaux qui y sont liés, connaître cette vie est donc très utile.

Les BBC Proms se terminent le 13 septembre prochain. France Musique diffuse de nombreux concerts depuis le Royal Albert Hall, disponibles à la réécoute sur francemusique.fr dès le lendemain de la diffusion :

- 21/08 : Andris Nelsons dirige l’Orchestre symphonique de la ville de Birmingham dans le War Requiem de Britten.
- 25/08 : Ivan Fischer dirige l’Orchestre du festival de Budapest dans un programme Brahms, Mozart, Schubert et Strauss.
- 26/08 : Ivan Fischer dirige l’Orchestre du festival de Budapest dans les 3ème et 4ème symphonies de Brahms.
- 27/08 : Myung-Whun Chung dirige l’Orchestre philharmonique de Séoul dans Debussy, Tchaïkovski, et Unsuk Chin.

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