Rencontre avec Aurélie Maestre, scénographe de Didon et Enée à Aix-en-Provence

Des difficultés techniques inhérentes au Théâtre de l’Archevêché, aux références et métaphores déployées sur scène, la scénographe Aurélie Maestre nous raconte l’histoire du décor de la production de Didon et Enée, créé au festival d’Aix-en-Provence.

 Rencontre avec Aurélie Maestre, scénographe de Didon et Enée à Aix-en-Provence
Didon et Enée, © Festival Aix-en-Provence

Le mardi 10 juillet, le prologue interprété par Rokia Traoré dans Didon et Enée au Théâtre de l’Archevêché à Aix-en-Provence a dû cohabiter pendant quelques instants avec un autre spectacle qui, lui, se jouait dans la rue : la joie des supporters après la victoire de la France en demi-finale de la Coupe du monde. Pendant quelques instants, les bruits des klaxons se mêlaient au texte écrit par Maylis de Kerangal. Difficile de ne pas côtoyer les bruits de la ville, lorsque l’on est un théâtre en plein air, situé au cœur de la cité. 

Si ce cadre rend uniques les représentations à l’Archevêché, il peut aussi parfois apporter son lot de contrariétés, et pas seulement sonores.  « C’est très agréable de voir un opéra dans la cour de l’Archevêché, de regarder le ciel, de sentir l’air, mais tous ces éléments sont aussi assez distrayants, et faire un opéra intime et intense sur cette scène n’est pas simple », déclare Aurélie Maestre, qui signe les décors de la création de Didon et Enée, un opéra de Purcell mis en scène par Vincent Huguet

À cela s'ajoutent des difficultés techniques, comme l’espace très réduit sur scène : « entre 16 et 18 mètres d’ouverture et 10 mètres de profondeur ». « Il faut donc essayer de s’inscrire dans le lieu », déclare Aurélie Maestre, avant d’ajouter, « on ne peut pas faire un décor à l’archevêché sans penser à l’archevêché, ce qui n’est pas le cas de tous les théâtres ».   

Le bateau des sorcières
Le bateau des sorcières, © Festival Aix-en-Provence

Carthage, le mur des lamentations et Marseille 

A la fin du monologue de Rokia Traoré, un rideau étoilé se lève pour révéler le décor dans lequel sera chantée l’œuvre de Purcell. Un immense mur s’étend sur tout le long de la scène, avec à sa droite, un escalier. On aperçoit également un radoub. « Quand on travaille sur un décor, il y a les métaphores que l’on contrôle et celles que l'on fait sans faire exprès », déclare Aurélie Maestre.  

Pour cette scénographie, elle explique être partie du réel, de Carthage et de ses ruines, du mur des lamentations, des digues portuaires, « inconsciemment inspirées »  de sa ville de Marseille.  C’est ensuite dans l’agencement de ces éléments que s’installe le symbole, le peuple qui ne peut quitter le sol et Didon qui demeure en haut. Et puis « il y a des symboles qui ne nous apparaissent pas tout de suite », ajoute-t-elle. Ici, c'est le cas du bateau des sorcières : « une fois sur le plateau, les gens m’ont dit  "on dirait une arme, on dirait une lame de métal". Je ne m’en étais même pas rendue compte ». 

« Chaque pierre a été discutée » 

Pour un tel décor, la maquette doit être rendue environ un an avant la première. En amont, 6 mois de recherche sont nécessaires avec le metteur en scène. Puis, arrive le temps de la discussion avec les ateliers de construction et du théâtre. Pour Didon et Enée, Aurélie Maestre tient à citer la sculptrice avec qui  « chaque pierre du mur a été discutée », pour raconter la ville de Carthage, sa fondation et sa destruction.  

Aurélie Maestre
Aurélie Maestre, © Festival Aix-en-Provence