Renaud Capuçon, ses amis, ses amours, son violon

Mis à jour le mercredi 27 janvier 2016 à 10h24

Renaud Capuçon fête ses 40 ans dont 36 passées avec un violon dans la main. Loin de l’image du musicien solitaire, le violoniste virtuose s’est toujours entouré d’artistes, devenus avec le temps des amis précieux qui le considèrent comme un personnage hors norme.

Renaud Capuçon, ses amis, ses amours, son violon
©ChristopheAbramowitz/RadioFrance

Au studio 106 de la maison de la radio, l’heure est aux répétitions et aux balances. Techniciens, producteurs et artistes préparent l’émission Carrefour de Lodéon : “Renaud Capuçon and friends” qui doit être diffusée mercredi 27 janvier sur France Musique à l’occasion d’une journée consacrée au violoniste. La date n’est pas anodine : c’est le jour de l’anniversaire de Renaud Capuçon. Il souffle ses 40 bougies.

Arrivé depuis 9h ce matin-là, Renaud Capuçon s’active entre la scène, sa loge et les coulisses pour que tout soit prêt à être enregistré le soir-même en public. Sans quitter son violon des mains, il accueille les invités venus participer à l’émission. Pour la plupart ce sont des amis de longue date : Gérard Caussé, Nicholas Angelich, Patrick Bruel, Khatia Buniatishvili, Jérôme Ducros**, Guillaume Gallienne, et sa femme Laurence Ferrari**.

« Il y a chez lui une forme de perfectionnisme au bon sens du terme, une volonté de présenter le meilleur de lui-même au public », Jérôme Ducros, pianiste.

Le violoniste à la carrière internationale accorde la même importance aux personnes venues l’écouter dans un petit festival qu’au Carnegie Hall. « Il est honnête avec tout le monde. C’est une façon d’être consciencieux, poursuit Jérôme Ducros, si l’on reprend un programme qu’on a joué je ne sais combien de fois, on va répéter la veille. Même s’il revient du Japon et qu’il est fatigué par le décalage horaire, Renaud va mettre un point d’honneur à peaufiner le concert qui, présenté sans répétitions, serait déjà bien ».

Plus que perfectionniste, Renaud Capuçon est exigeant, avec lui-même déjà, mais aussi avec les autres musiciens et ses élèves. La jeune Raphaëlle Moreau suit les cours du violoniste à Lausanne depuis trois mois. Elle définit son professeur comme “super” et “génial” mais aussi “très très exigeant” : « Parfois on peut refaire 50 fois une mesure jusqu’à ce que ça sonne bien », commente-t-elle. Pour son ami Patrick Bruel, cette dureté dans le travail est justifiée : « C’est quelqu’un qui ne supporte pas de décevoir ».

Toujours en quête d’excellence, Renaud Capuçon voit la musique comme une évolution et non comme quelque chose de fini. Même si son but ne sera jamais atteint, il travaille tous les jours pour atteindre l'inaccessible : la perfection dans la musique.

De gauche à droite, Renaud Capuçon, Jérôme Ducros et Gérard Caussé ©ChristopheAbramowitz/RadioFrance
De gauche à droite, Renaud Capuçon, Jérôme Ducros et Gérard Caussé ©ChristopheAbramowitz/RadioFrance

« Une tête qui marche bien »

Cette volonté, il la doit à son admiration pour de grands musiciens comme Isaac Stern - dont il a récupéré le violon, un Guarnerius de 1737 -Christian Ferras ou encore Adolphe Busch. « Il a besoin d’aller vers ce qu’il y a de plus intense, de plus fort, de meilleur, et il a besoin d’admirer », confie l’altiste Gérard Caussé. Jusqu’à ses 20 ans, Renaud Capuçon reste la plupart du temps chez lui à étudier. Ce besoin d’admirer forge une personnalité timide et réservée. « Avant, il était impressionné par les autres car il avait besoin d’aller vers des êtres un peu exceptionnels. C’était une forme d’humilité et de respect par rapport à ce que ces personnes incarnaient pour lui », analyse Gérard Caussé, qui le connaît depuis de nombreuses années.

Aujourd’hui à 40 ans, Renaud Capuçon s’est construit une immense carrière. Il la doit à son talent de musicien mais pas seulement. Le violoniste ne joue pas la musique, il la pense, l’analyse, la décortique. « Une tête qui marche bien », résume Jérôme Ducros. L’admiration qu’il voue pour les grands musiciens repose sur leur jeu mais aussi sur leur capacité à comprendre et penser la musique. Aujourd’hui, il se donne la même priorité : mettre sa pensée au service de son intuition et de son jeu.

C’est ce qu’il applique aussi dans son partage de la musique classique. Déjà au conservatoire, Renaud Capuçon organise des concerts avec des musiciens de tous les horizons. Il construit un programme réfléchi autour d’une thématique, « précurseur pour l’époque » souligne Jérôme Ducrosqu’il côtoyait déjà au conservatoire de Paris. Le violoniste passe alors de petit organisateur de concert à fondateur de festivals. Le premier qu’il créé prend forme à Chambéry, sa ville natale, en 1996. Les Rencontres artistiques de Ber Air se construisent autour de la proximité entre musiciens et festivaliers. Les artistes sont logés dans les familles ce qui créé une intimité rarement présente dans cet univers de la musique classique.

Ses talents de fédérateur le poussent à organiser un deuxième festival, à Aix-en-Provence, en 2013. Le Festival de Pâques est inspiré du Festival de Pâques de Salzbourg (fondé en 1967 par Herbert von Karajan ) qui mêle toutes les générations. De la musique pour les familles à la musique pour experts, Renaud Capuçonconstruit son programme avec ses propres goûts musicaux mais toujours dans le soucis de construire quelque chose sur la durée. « Renaud est toujours dans une programmation à long terme. Il pense son festival comme une chose qu’il va développer dans le temps. Il gravit des paliers en pensant aux spectateurs qu’il va conquérir », souligne Gérard Caussé.

Renaud Capuçon se concentre avant l'enregistrement de l'émission ©ChristopheAbramowitz/RadioFrance
Renaud Capuçon se concentre avant l'enregistrement de l'émission ©ChristopheAbramowitz/RadioFrance

Le goût de la transmission

Si Renaud Capuçon profite de sa notoriété pour partager la musique avec la création de festivals, il développe plus discrètement son goût de la musique en donnant des master class et des cours de violon au conservatoire de Lausanne. Un professeur précieux car doté d’une grande expérience : « Il a travaillé avec des personnalités musicales incroyables », commente son élève Raphaëlle Moreau. La jeune violoniste a travaillé 5 ans avec un professeur russe qui lui a appris la théorie et le contrôle de son instrument. Depuis 3 mois qu’elle côtoie Renaud Capuçon une fois par semaine Raphaëlleconstate déjà les progrès : « J’ai évolué dans mon jeu car avec Renaud, tout est plus dans la sensation, la spontanéité, le naturel ».

Si son goût pour la transmission s’établit entre les murs des conservatoires, les élèves ne sont pas les seuls à en profiter. Chez lui aussi, Renaud Capuçon aime parler de son travail et de sa passion pour la musique, notamment avec sa femme, la journaliste Laurence Ferrari. Depuis qu’elle partage sa vie avec le musicien, cette pianiste amateur pense avoir beaucoup appris de son mari : « J’avais des affinités avec la musique classique mais il m’a ouvert les portes de cet univers : la connaissance des musiciens, des grands chefs, des orchestres... Un savoir que je n’avais absolument pas. »

Même si la vie d’un violoniste est prenante, la priorité de Renaud Capuçon reste sa famille : sa femme Laurence Ferrari, et Elliott, leur fils de 5 ans, qui s’est mis au violon et au piano. Il essaye aussi de rester très présent auprès de ses amis, malgré un emploi du temps très chargé. « Il n’a même plus le temps de voir sa femme », plaisante Patrick Bruel. Un constat partagé par Jérôme Ducros qui souligne tout de même la fidélité de son ami « aussi bien en amitié que professionnellement ».

Son autre grande préoccupation repose sur l’attention qu’il porte à son violon, le “Vicomte de Panette” comme il l’appelle. Renaud Capuçon le considère comme la prunelle de ses yeux. Celle qui partage sa vie depuis plus de 10 ans, peut en témoigner : « L’attention au violon est permanente. Quand il fait trop chaud, il se demande où est son violon, quand il fait trop sec il pense à l’humidifier. Mais ce comportement reste naturel, c’est comme l’air qu’il respire », témoigne Laurence Ferrari.

Pendant les répétitions de l’émission Carrefour de Lodéon : “Renaud Capuçon and friends ”, le violoniste rayonne. Car ce mardi 12 janvier 2016, le musicien a rassemblé les trois éléments qui comptent le plus dans sa vie : ses amis, sa famille et son violon.