Renaud Capuçon : « Je n’ai pas la science infuse, je ne fais qu'ouvrir les portes »

Concertiste, chambriste, organisateur des festivals... l'arc de Renaud Capuçon est bien fourni. L’enseignement, la casquette qu'il porte depuis quelques années, lui va comme un gant. Le "Supervioloniste" a-t-il une recette miracle ?

Renaud Capuçon : « Je n’ai pas la science infuse, je ne fais qu'ouvrir les portes »
Renaud Capuçon JS 603

Nous l’avons vu à l’œuvre lors d’une masterclass donnée aux jeunes violonistes il y a deux ans à l'Institut du monde arabe à Paris : Renaud Capuçon aime autant partager la musique avec ses complices qu’avec des élèves. « La musique, c’est le partage. C’est un peu fleur bleue de le dire, mais ce serait quand même dommage de ne pas en profiter. »

Grand concertiste et chambriste, Renaud Capuçon donne régulièrement des masterclass et enseigne depuis deux ans à la Haute école de musique de Lausanne. Le regarder enseigner, c’est un plaisir, on a envie de saisir un violon. Le sien est toujours sur l’épaule, les exemples fusent, les images aussi. Les plus drôles ?
« Imagine que ton archet est un poussin. Si tu le sers trop fort, fini le poussin ! » ou
« Le vibrato, c’est comme du maquillage. Si on en abuse, c'est vite ridicule. » Cela ne peut pas être plus clair…

Comment enseigne-t-il ?

« Enseigner, c’est savoir s’adapter à chaque élève. Cerner ses défauts et ses qualités pour pouvoir lui donner des clés de travail. L’idée n’est pas de me copier parce que je n’ai pas la science infuse, je ne fais qu'ouvrir les portes. »

Qu'enseigne-t-il ?

« Pour commencer, ce que m'a appris le grand maître Isaac Stern : de ne pas s'excuser de monter sur scène. Prendre son violon, c'est aussi prendre la parole devant un public. Et avoir des choses à dire .»

Comment devient-on un supervioloniste ?

« On ne le devient pas, cela n’a aucun sens. Ce que je dis à mes élèves, c’est qu’il faut toujours garder les yeux rivés sur la musique, et seulement la musique. Ne jamais se laisser distraire par l’ambition ou l’envie de plaire. » Et continuer à prendre le travail très au sérieux, quel que soit le niveau. « Ce qui est important, c’est de travailler lentement pour aller vite. L’efficacité ne rime pas forcément avec la rapidité.»

Un dernier conseil personnel aux jeunes violonistes en devenir ?

« Prévoyez des heures gratuites de baby-sitting chez les voisins. Un bon rapport avec le voisinage peut être décisif pour une carrière. Ou choisir un endroit aux murs très épais, notamment pendant les premières années. Et le dernier grand atout, c'est d'anticiper sur ses déplacements avec l'instrument : avoir des amis, de la famille ou des relations qui travaillent pour les compagnies aériennes ou autres sociétés de transport, cela peut vous sauver la vie...»

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