Renaud Capuçon aux confins de l'Empire russe

Le violoniste est l’une des grandes têtes d’affiche de l’édition 2017 du Festival Radio France Occitanie Montpellier. Accompagné par l’Orchestre national de France dirigé par Emmanuel Krivine, il joue pour la première fois de sa carrière le « Concerto pour violon » de Khatchaturian. Entretien.

Renaud Capuçon aux confins de l'Empire russe
Renaud Capuçon pendant les répétitions sur la scène du Corum de Montpellier, © Radio France / Guillaume Decalf

Vous proposez un concert parfaitement dans le thème du festival qui commémore le centenaire de la Révolution russe avec le Concerto pour violon de Khatchaturian. Quel lien avez-vous avec le répertoire russe ?

C’est la première fois que je joue ce concerto. Au départ, je comptais présenter le n°1 de Prokofiev mais j’ai accepté le challenge de travailler un nouveau concerto car il était totalement dans le thème de cette soirée appelée « Aux confins de l’Empire ». Je suis très heureux de le jouer car c’est une œuvre que je connaissais mal. Elle a beaucoup d’allure et qui va plaire au public. C’est très daté dans l’écriture car quand on compare avec ce que pouvait composer Schönberg, Stravinsky ou Berg à la même époque ou plus tôt. Ce concerto illustre extrêmement bien l’époque, la Russie des années 1940. On imagine très bien le cuirassé Potemkine par exemple. Concernant le répertoire russe en général, je suis évidemment beaucoup plus familier de Prokofiev, Chostakovitch ou Tchaïkovsky. Ce qui est étrange, c’est que j’ai toujours tendance à me dire que la musique russe n’est pas vraiment faite pour moi alors que finalement j’ai toujours beaucoup de plaisir à la jouer. Il est vrai que 80% du temps, on me demande de jouer le répertoire germanique ou français. J’ai donc un rapport plutôt limité avec le répertoire russe.

Le violon est pourtant très associé à la musique russe. C’est l’instrument-roi, celui qui symbolise le mieux l’âme russe.

Je me suis produit plusieurs fois en Russie et à chaque fois j’ai été frappé par l’accueil qu’on me faisait. Il y a un amour du violon dans ce pays qui est incroyable. Et il y a également une vraie passion pour les musiciens français. J’ai envie de retourner jouer en Russie plus souvent car c’est un pays que je connais mal. On sent tout de suite que la musique a une place très importante dans la société. Lorsqu’on joue dans la salle Tchaïkovsky à Moscou, on sent qu’il y a une âme, que les gens ont soif de musique.

Pendant l’ère soviétique, la musique avait un rôle très politique. Pensez-vous qu’en tant qu’artiste, vous avez un rôle à jouer dans la société ?

Oui, lorsque les artistes vont jouer à l’étranger par exemple, ils apportent la culture française. Je me rends souvent compte de la responsabilité. C’est presque comme une représentation officielle. A partir du moment où on communique avec le public, à leur transmettre des émotions. C’est comme un dialogue. Il y a donc une évidence de partage et cela implique que les deux parties sont au même niveau. Lorsque le public est jeune, c’est de l’ordre du dialogue éducatif par exemple. Il faut toujours avoir à l’esprit que ceux qui viennent au concert, le font peut-être pour la première fois. C’est une vraie responsabilité pour leur donner le meilleur de nous-mêmes, pour accrocher leur attention et qu’ils comprennent qu’il y a un message dans la musique, que ce n’est pas uniquement du divertissement.

Vous avez un agenda très chargé ces derniers jours. On vous a vu au Concert de Paris pour le 14 juillet, vous enchaînez une série de 19 concerts en très peu de temps, votre dernier disque est disque d’or, etc. Tout vous réussi en ce moment.

Je suis dans une bonne période depuis un certain temps en effet. Vous vous en apercevez parce qu’il y a des signes extérieurs. Mais ce qui est excitant, ce ne sont pas les chiffres des ventes de disques, ou le fait qu’on me voit à la télévision pour le 14 juillet, même si j’ai adoré le faire. J’ai sorti d’autres disques qui se sont beaucoup moins vendus mais qui ont une symbolique plus forte pourtant. Je suis surtout heureux parce que je fais un métier que j’aime. Je monte sur scène pour jouer de la musique avec des amis, j’essaie d’apprendre des nouvelles choses sans cesse, c’est ça la vraie satisfaction.