Remous à La Seine musicale : Jean-Luc Choplin sur le départ ?

Mis à jour le jeudi 30 novembre 2017 à 10h32

Jean-Luc Choplin quitterait la direction de la nouvelle salle de spectacle de l’Ouest parisien. Concerts annulés, périlleux partenariat public – privé, quelles sont les raisons de ce départ ?

Remous à La Seine musicale : Jean-Luc Choplin sur le départ ?
Jean-Luc Choplin quitterait la direction de la nouvelle salle de spectacle de l’Ouest parisien. , © Maxppp / Vincent Isore

On a connu mandats plus longs… Selon nos informations, Jean-Luc Choplin s’apprêterait à quitter la direction artistique de La Seine musicale, seulement six mois après son ouverture. Une réunion devrait ce mercredi entériner son départ. Comment en est-on arrivé là ? La Seine musicale est un cas rarissime dans le paysage musical de PPP, partenariat public-privé. Côté public, on trouve le Conseil départemental des Hauts-de-Seine. Et côté privé, plusieurs entreprises sont impliquées : pour la construction, le groupement Tempo, réunissait InfraVia, Bouygues et Sodexo, et pour le fonctionnement, la société STS, filiale conjointe de TF1 et Sodexo, est aux commandes.

Pour Patrick Devedjian, président du Conseil départemental, le PPP est le modèle idéal, qui aurait permis, selon lui, de tenir les coûts et les délais. Le coût de construction de la Seine musicale, réalisée par les architectes Shigeru Ban et Jean de Gastines, s’est élevé à 170 millions d’euros, dont 120 millions apportés par le Conseil départemental. Mais dans les faits, c’est une autre paire de manche… Côté public, la direction artistique est supervisée par Laurence Equilbey, à la tête du bien nommé insula Orchestra. Et du côté privé, c’était donc Jean-Luc Choplin à qui était confiée la programmation. Premier écueil, et de taille : comment avoir deux directeurs artistiques dans une même maison ? Cela impose des réunions diplomatiques de haut vol, pour éviter les doublons et ne pas froisser les susceptibilités. Très rapidement, des tensions ont vu le jour entre Laurence Equilbey et Jean-Luc Choplin. Mais ce ne furent pas les seules.

Jean-Luc Choplin a eu du mal, c’est un euphémisme, à dialoguer avec les équipes de la STS. Il faut rappeler que dans son précédent poste au Théâtre du Châtelet, Jean-Luc Choplin bénéficiait d’importantes subventions publiques, en provenance de la ville de Paris. A la Seine musicale, ce n’est plus le cas : STS est une entreprise privée, cherchant à tirer profit de ses activités. Bien loin du mécénat d’un Bernard Arnault ou d’un François Pinault (qui avait d’ailleurs un temps souhaité installer ses collections sur l’île Seguin). Seul souci : comment gagner de l’argent en programmant de la musique classique, genre traditionnellement subventionné ? Car Jean-Luc Choplin devait programmer non seulement une centaine de dates dans la grande salle de 6000 places (destinée aux musiques actuelles, et qui peut légitimement être source de profits, à l’instar des Zeniths et autres Arenas), mais aussi une quarantaine de concerts dans la salle de 1000 places, dédiée, elle, principalement à la musique classique. On peut s’interroger : pourquoi le PPP ne s’est-il pas scindé en deux : la grande salle au privé et la petite au public ?

En l’état, la tâche de Jean-Luc Choplin était donc périlleuse. Il lui fallait résoudre l’équation impossible dépenses-recettes : inviter des artistes peu coûteux et remplir au maximum. D’où certaines productions « low cost » d’orchestres peu réputés, donnant l’image d’un « garage ». Et la question de la fréquentation est rapidement devenue problématique. A tel point que des concerts ont du être annulés ou reportés. Le récital du pianiste Arcadi Volodos a été supprimé au dernier moment car la billetterie avait vendu moins de 100 places…

Comment expliquer de tels flops ? La Seine musicale a été inaugurée en plein week-end du premier tour de l’élection présidentielle, ce qui (malgré la présence de TF1 dans le groupement privé) n’offrait pas la meilleure visibilité médiatique. Autre point noir : l’absence de fichier public. Lorsque la Philharmoniede Paris a ouvert ses portes à la Villette, les équipes avaient à disposition les fichiers clients des spectateurs de la Salle Pleyel et de la Cité de la musique. Mais à la Seine musicale, construction ex nihilo, aucun listing n’existait et il fallait monter des partenariats à la hâte. La question de l’accessibilité entre aussi en jeu : la salle se trouve au terminus de la ligne 9, et il faut ensuite une quinzaine de minutes de marche. Les projets ne manquent pas : l’ouverture d’une gare dans le cadre du Grand Paris express, l’éventuelle construction d’un pont… Il était même question un temps d’affréter des bateaux sur la Seine pour transporter les spectateurs. Mais en attendant, à l’heure actuelle, le temps de transport est plus que conséquent. Le PPP a aussi un impact artistique : la programmation manque de cohérence, de clarté pour le spectateur. Quelle est la ligne éditoriale d’une salle qui invite aussi bien Michel Sardou que Marc Minkowski ?

A cela s’ajoute enfin la concurrence de plus en plus forte à l’Ouest parisien, avec l’inauguration le mois dernier de l’U Arena de Nanterre, plus vaste enceinte fermée d’Europe, destinée à la fois aux événements sportifs et musicaux, et qui vient directement chasser sur les terres de la grande salle de la Seine Musicale. Et l’avenir n’est pas rose, avec la construction par LVMH d’une salle de concert au sein de l’ancien Musée des arts et traditions populaires, situé à côté de la Fondation Vuitton. Ce lieu, conçu par Frank Gehry, devrait accueillir à la fois des expositions de grande ampleur et des concerts de musiques symphoniques, avec notamment la possibilité d’ouvrir la salle sur le Jardin d’acclimatation et d’en faire le cadre de « Prom’s à la française ». Concurrence là directe pour la salle de 1000 places de la Seine musicale.

Reste maintenant à savoir si les concerts programmés par Jean-Luc Choplin et son équipe vont être maintenus au cours de la saison. Et autre interrogation : qui pour lui succéder ? En tout cas, le poste de directeur artistique de la Seine musicale est décidément maudit : avant Jean-Luc Choplin, et avant même l’inauguration de la salle, Laurent Brunner, le patron de Château Versailles Spectacles, avait déjà mis en place une programmation complète avant de quitter le navire.

Mise à jour, jeudi 30 novembre :

Après la parution de cet article, Laurence Equilbey déclare : « _j'ai été surprise et choquée par la phrase "Très rapidement, des tensions ont vu le jour entre Laurence Equilbey et Jean-Luc Choplin"_ . Je tenais à infirmer fermement cette assertion fausse et sans fondement. Ma relation à Jean-Luc Choplin a toujours été cordiale et notre respect mutuel est évident. Jean-Luc Choplin a assisté à tous les concerts que Insula Orchestra a donné ou organisé au sein de l'Auditorium de la Saine musicale tout comme j'ai eu beaucoup de plaisir à me rendre à ses productions. Son soutien a été sans failles et nos conversations riches et multiples. Je suis heureuse de pouvoir travailler à ses côtés ».