Réforme du collège : l'éducation musicale en decrescendo ?

Mis à jour le mercredi 19 octobre 2016 à 11h52

Quelle place pour l'éducation musicale dans la réforme du collège, effective depuis la rentrée 2016 ? Point avec Anne-Claire Scébalt, présidente de l'Association des professeurs de l'éducation musicale, à l’occasion de son Congrès bisannuel qui se tiendra à Lyon du 20 au 22 octobre.

Réforme du collège : l'éducation musicale en decrescendo ?
©Hill Street Studios/gettyimages

Quelle est la place de l’éducation musicale dans la réforme du collège, effective depuis cette rentrée ? Lorsqu'elle fut dévoilée en mars 2015, elle fit couler beaucoup d’encre : suppression du latin et du grec, disparition des classes bilangues ou des sections européennes, « affaiblissement des fondamentaux », comme le dénoncent certains syndicats...Cependant, les programmes d'éducation musicale ne font pas partie des matières en ligne de mire... Au premier abord, pour le moins, comme l’explique Anne-Claire Scébalt, professeur et présidente de l’Association des professeurs d’éducation musicale, qui organise son Congrès bisannuel à Lyon du 20 au 22 octobre.

« Au niveau des programmes, l’éducation musicale a subi des changements profonds en 2008, et la réforme actuelle n’y a pas apporté de modifications. A l’époque les programmes par année ou par cycles ont été remplacés parun programme commun des collèges sur le principe curriculaire, avec un certain nombre de compétences à acquérir pour les élèves en quatre ans. La grande nouveauté mise en place avec la rentrée 2016, ce sont les fameux EPI,les enseignements pratiques interdisciplinaires, qui incluent désormais l’éducation musicale. »

Comme le définissent les textes, les EPI « doivent permettre de construire et d’approfondir des connaissances et des compétences par une démarche de projet conduisant à une réalisation concrète, individuelle ou collective » et sont censés fédérer toutes les disciplines autour du projet défini par l’établissement. Pour l’éducation musicale, rien de plus évident, selon Anne-Claire Scébalt :

« Nous avons accueilli avec un grand intérêt l’idée d’officialiser le travail interdisciplinaire qui est, dans le domaine de l’éducation musicale, incontournable et pratiqué depuis toujours par nos professeurs dans la mesure où on n’enseigne jamais la musique hors de son contexte. C’est plutôt la mise en place des EPI qui nous inquiète, parce que les moyens et les heures qui leur sont accordés seront répartis selon les priorités du chef d’établissement. On va vers une éducation très locale, une inégalité sur le territoire qui est encore plus flagrante qu’avant. »

Une éducation musicale repensée...

Si les enseignants se mobilisent à la recherche des solutions, c’est parce qu’ils craignent que la musique puisse perdre au change.

« Aujourd'hui, la musique est présente dans de nombreux projets, » précise Anne-Claire Scébalt. « Néanmoins, c'est l'éducation artistique et culturelle de manière générale qui est fragilisée. Auparavant, toutes les disciplines concourraient à ce parcours d'éducation artistique et culturelle dans le cadre de l'histoire des arts, et qui - avant - était sanctionnée au brevet, ce qui n’est plus le cas. L’actuelle réforme propose aux élèves de choisir au cours de leur scolarité six options sur huit proposées, les options étant aussi hétérogènes que, par exemple, Corps, santé, bien-être Sciences, technologies et société, Langues et cultures de l’Antiquité ou Culture et la création artistique. Dès lors que culture et création artistique est un domaine au choix parmi d'autres, les autres disciplines ne sont plus obligées d'y participer.Nous nous posons la question de savoir si l’éducation artistique doit être laissée au choix des élèves, ou si elle devrait faire partie intégrante du socle des apprentissages obligatoires. »

C'est donc la place de la musique en tant qu’enseignement qui est remise en question, d’autant plus que l’organisation des modules optionnels revient encore une fois aux chefs d’établissement. Qui pourront les « semestrialiser » comme bon leur semble, déplore Anne-Claire Scébalt.

« Les élèves auront le droit à l’éducation musicale pendant un semestre, qui sera remplacée par les arts plastiques pour le suivant, une aberration pédagogique qui coupera court toute volonté de construire des projets ambitieux sur la durée, avec un vrai investissement, une vraie progression et du vrai contenu. »

En essayant d'accompagner la réforme, les enseignants cherchent des solutions pour réaffirmer la place de la musique au collège et lui donner un nouveau souffle. Le Congrès bisannuel de l’APEMU vient répondre à un besoin fort, estime Anne-Claire Scébalt. « La question centrale qui y sera posée est comment permettre à l’élève d’être l’acteur des apprentissages, de s'emparer du cours. »

Pédagogies collaboratives, nouvelles technologies au service de l’écoute et de la création ou pratique musicale en classe, voici quelques axes qui animeront les débats et les ateliers du 20 au 22 octobre à Lyon. Parmi les moments phares, une présentation de la méthode de l’éducation musicale « O passo » de Lucas Ciavatta, ou l’application de la classe inversée dans le contexte du cours de musique, afin d’optimiser le temps limité dans la classe pour favoriser la pratique musicale. Ou encore les ateliers de batucada, de l’improvisation ou de la création avec téléphones portables, ainsi qu’une réflexion autour de la voix adolescente, autant de pistes de travail que les enseignants pourront adopter pour enrichir leur palette de propositions en classe, espère Anne-Claire Scébalt.

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