Réforme des retraites : le gouvernement ouvre les négociations avec l'Opéra de Paris

Après 20 jours de grève et 45 représentations annulées, le gouvernement a transmis à l'intersyndicale de l'Opéra de Paris ses propositions de réforme du régime spécial.

Réforme des retraites : le gouvernement ouvre les négociations avec l'Opéra de Paris
Mardi 24 décembre. Le ballet de l'Opéra de Paris danse une scène du Lac des cygnes sur le parvis du Palais Garnier, © AFP / STEPHANE DE SAKUTIN

La scène n’est pas banale et d’une beauté foudroyante. Mardi 24 décembre, sur le parvis de l’Opéra Garnier, le ballet de l’Opéra de Paris danse un extrait du lac des cygnes devant un parterre de badauds et de touristes aux yeux ébahis. En fond de scène, des banderoles affichent « Opéra de Paris en grève » et « Culture en danger ». L'Orchestre et le Chœur de l'Opéra ont de leur côté entonné La Marseillaise.

« Même si on est en grève, on a voulu offrir pour le 24 décembre un moment de grâce », a déclaré à la presse le danseur et élu à la caisse des retraites Alexandre Carniato. « Malgré un temps extrêmement frais, les filles ont voulu relever le défi et les musiciens les accompagner », a-t-il ajouté.

Ce 24 décembre, cela fait 20 jours que la grève traverse l’Opéra national de Paris. Déjà 45 représentations d’opéras et de ballets ont été annulées, une perte de recettes de billetterie estimée à près de 8 millions d’euros selon la direction. Si la grève touche aussi durement l’Opéra de Paris, c’est qu’elle est l’une des deux seules institutions culturelles, avec la Comédie Française, à bénéficier d’un régime spécial de retraites. Une caisse de retraite de 27 millions d’euros, dont la moitié financée par l’Etat.

Dispositions spécifiques que la réforme souhaitée par le gouvernement entend supprimer. Créé en 1698, et aménagé au fil des années, ce régime spécial permet notamment aux danseurs du ballet de prendre leur retraite à 42 ans pour des raisons évidentes de conditions physiques. Pour l’instant, aucune piste n’a été donnée pour savoir quels serait l’impact de la réforme sur leur corps de métier. 

« On nous inculque depuis l'âge de 8 ans qu'on a une mission régalienne et qu'on va danser pour l'Opéra de Paris qui représente la France », souligne Alexandre Carniato, 41 ans. « L'ensemble de l'Opéra est touché » par la réforme des retraites, déclare pour sa part à l'AFP Eloïse Jocqueviel, 23 ans, danseuse du corps de ballet qui a participé au spectacle. « C'est notre art qui est mis en danger ». Les danseuses ont choisi l'acte 4 du Lac des Cygnes, « l'un des ballets les plus difficiles" qu'elle ont dansé « sur du marbre dans le froid ».

« Je suis entrée à l'école de la danse à 8 ans, j'ai quitté ma famille et aménagé ma scolarité. Avec 5 heures de danse par jour, à 17-18 ans, on est nombreux à avoir des blessures chroniques, des tendinites, fractures de fatigue, douleurs au genoux (...) On est nombreux à ne pas avoir notre baccalauréat », énumère-t-elle.

Le gouvernement avance ses propositions

Selon Le Figaro, l’intersyndicale de l’Opéra de Paris a rencontré Stéphane Lissner, directeur de l’institution, lundi 23 décembre. Une réunion au cours de laquelle le directeur a fait part des propositions des ministères de la Culture et de la Santé pour accompagner la réforme. Mais il y a peu d’espoir semble-t-il de voir la situation s’améliorer avant le 31 décembre, date de fermeture hivernale de 10 jours de l’Opéra. 

Mardi 24 au matin, les salariés de l’opéra ont reçu un courrier de Stéphane Lissner où il détaille le cadre des négociations qui doivent s’ouvrir. On y apprend que le gouvernement souhaite prendre le temps, « jusqu’à l’automne 2020 » pour établir les nouvelles « règles de transition vers le régime universel ». La fin du régime spécial ouvrirait la voie à trois axes de négociations, sur les rémunérations au moment de l’entrée à l’Opéra pour maintenir « l’excellence et l’ambition artistique », une étude sur les conditions de travail et la pénibilité mais « hors du champ de la retraite » et enfin un dispositif spécifique pour les danseurs afin de les accompagner dans leur reconversion professionnelle en fin de carrière. 

Dans son courrier, Stéphane Lissner affirme qu’il est « clair que les danseurs ne danseront pas jusqu’à 62 ans » et se dit « rassuré sur le fait que le projet du gouvernement prendra réellement en compte les particularités de l’Opéra de Paris ». Le directeur poursuit sur la nécessité de se « mettre au travail sans tarder, comme certaines autres entreprises à régime spécial l’ont fait ». 

Lissner conclut en espérant pouvoir « rapidement sortir de cette crise grave » et précise qu’« àprès dix-neuf jours de grève et plus de quarante spectacles annulés, et alors même que les grévistes sont parfois très peu nombreux, je voudrais vous dire, avec une certaine solennité, que la situation devient sérieuse pour notre établissement ».

Avec AFP