Réforme des collèges : quelles conséquences pour l'éducation musicale ?

A l'occasion des débats autour de la réforme des collèges qui divisent le monde des enseignants, nous nous sommes penchés sur l'éducation musicale : comment est-elle enseignée ? La réforme changera-t-elle la donne ? Précisions par Isabelle Bougault, professeur de musique.

Réforme des collèges : quelles conséquences pour l'éducation musicale ?
© KidStock/Blend Images/Corbis

Son cours de musique hebdomadaire se déroule dans une classe sans chaises ni tables. Quelques percussions, un piano, et un grand espace central où les collégiens sont invités à découvrir la musique par l'écoute et l'expression corporelle.

« Je fais très souvent l'entrée en cours avec les percussions corporelles. Le fait de faire travailler à la fois la tête, les mains et les pieds, et de maîtriser le mouvement en même temps, permet de mieux se concentrer sur la suite.»

Isabelle Bougault est professeur de l'éducation musicale au Collège de Lentilly. Dans la préparation de ses cours, elle s'inspire des pédagogies alternatives, Dalcroze notamment. Nous sommes en effet très loin des cours magistraux, de la flûte à bec et des élèves démotivés.

« On ne se pose que rarement pour discuter de ce que l’on écoute. En général, j’essaye de faire en sorte que la partie que l’on peut qualifier de théorique, soit la plus pratique possible, je privilégie une écoute active. Par exemple, pour introduire la notion de la phrase musicale, je vais inviter mes élèves à marcher dans l’espace et de changer de trajectoire dès qu’ils entendent un changement en musique. Ainsi, lorsqu’on arrive à l’analyse de la notion même, ils ont déjà écouté l’œuvre six ou sept fois et ils l’ont déjà intégrée.»

Un cadre défini et les approches multiples

Au collège, une heure par semaine est réservée à l’éducation musicale, dans le cadre de deux heures par semaine dédiées à l’éducation artistique. Que préconisent les programmes sur le contenu et les supports des cours ?

« Les professeurs d'éducation musicale ont la liberté de choisir leur méthode pour faire passer les bases des apprentissages en musique », se réjouit Isabelle. « J'ai choisi la mienne, mais il n'y en a pas deux pareilles. Les autres collègues travaillent sur la création en passant par le rap ou le slam, d'autres sur les musiques assistées par l'ordinateur, d'autres encore font découvrir aux élèves la pratique instrumentale (en sachant que la flûte à bec n'a jamais été un objectif en soi dans les programmes)... »

Dans son établissement, ils sont deux enseignants à enseigner la musique; ils appliquent les méthodes différentes, mais ont deux axes principaux communs : produire et percevoir.

« Le programme définit un certain nombre de notions - temps, espace, style, dynamique, forme, simultané/ successif, voix - à introduire en classe au cours des 4 ans du collège. Rien n’est imposé ni du point de vue du répertoire ou du support d’écoute, ni sur le rythme des apprentissages. La seule contrainte, si l’on peut l’appeler ainsi, c’est de varier le plus possible, et de balayer du chant de Moyen Age, à la chanson française des années 30, de faire découvrir le lied, le rap, le slam, la musique extra-européenne, les standards de jazz…tout cela dans un contexte culturel, géographique et historique, mais sans avancer de façon linéaire ou chronologique. L’idéal, c’est d’introduire une notion par la comparaison des œuvres éloignées : par exemple, parler de l’ostinato en confrontant Steve Reich et la tarantelle italienne … »

Et la nouvelle réforme ?

Si l’éducation musicale ne semble pas touchée par la nouvelle réforme, comme l’explique Isabelle Bougault, c’est que la discipline a subi une refonte en profondeur en 2008 :
« Pour nous, il n'y a pas de grande révolution, ni sur l'esprit ni sur la terminologie. Déjà en 2008 les programmes par année ou par cycles ont été remplacés par un programme commun des collèges sur le principe curriculaire, avec un certain nombre des compétences à acquérir pour les élèves en quatre ans. Les élèves apprennent à parler des musiques, à les décrire, à les mettre en perspective et ainsi de suite..» Interdisciplinarité, apprentissages contextualisés, découverte active de la musique... « En fait, nous avons déjà mis en pratique les grands principes qui sont repris par la nouvelle réforme et qui vont dans le sens des principes généraux. »

L’inquiétude, selon Isabelle Bougault, se situe plutôt au niveau de l’organisation des enseignements, vieux serpent de mer de chaque réforme :

« On a évoqué la fusion des enseignements artistiques cela veut dire qu’on laisserait libre choix aux établissements de semestrialiser l’enseignement d’une discipline artistique à raison de deux heures hebdomadaires. Or, il nous semble primordial de reconnaître l’importance de la continuité dans l’enseignement de la musique, en gardant le rythme d'une heure par semaine sur toute l'année. » Une reconnaissance d'autant plus nécessaire, selon Isabelle Bougault, que les nouveaux textes remplacent le terme de l'énseignement, par celui de l'éducation :« La différence sémantique est primordiale. Lorsque l'on parle de l'éducation, on glisse de la notion du langage vers le culturel. A terme, l'éducation artistique pourrait être confiée non plus aux enseignants de musique, mais aux autres enseignants, voire aux intervenants. Et là, la place de la musique dans l'enseignement au collège serait véritablement remise en question...» Pour l'instant, les enseignants n'ont pas été consultés sur les nouveaux textes. La réforme n'a pas encore dit son dernier mot.

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