Récupscène, le « Bon Coin » du spectacle vivant

Créée sur le modèle du Bon Coin, la plateforme numérique Récupscène permet de mettre en relation des structures du spectacle vivant pour vendre ou acheter des décors, du matériel scénique ou des costumes. Une démarche écologique et économique bien venue dans un secteur fragile.

Récupscène, le « Bon Coin » du spectacle vivant
Février, 2019. Les ateliers de décors de l'Opéra national du Rhin à Strasbourg, © AFP / ABDESSLAM MIRDASS / HANS LUCAS

Que faire d’un décor de théâtre ou d’opéra qui ne sert plus ? De matériel audio ou lumière obsolète ou encore d’un chapiteau de cirque qui cesse son activité ? Ces questions, la plupart des structures du spectacle vivant se les posent régulièrement. Et jusqu'à présent il n'était pas évident d'y répondre. C'était sans compter sur Yann Burlot et Marc Labourguigne, un comédien et un directeur technique, qui ont eu l'idée de créer Récupscène. Tous les deux travaillent dans la compagnie La Part des anges, dirigée par Pauline Bureau. 

Au détour d'une conversation, ils se sont rendus compte qu'ils avaient la même idée : créer un endroit où l'on pourrait donner une deuxième vie à des éléments de décors au lieu de les stocker inutilement pendant des années avant de les jeter dans une déchetterie. « Un jour, j'ai rencontré un technicien du Théâtre du Rond-point qui m'a expliqué que chaque année avec ses collègues, ils remplissaient une benne de camion de décors préalablement casséset qu’ils allaient tout jeter à la poubelle. On parle de bois, de métal et à l’époque dans laquelle nous vivons, ce sont des matériaux qu’on peut récupérer » explique Yann Burlot.

C’est ainsi qu’est née l’idée de Récupscène. S’il existait quelques petites initiatives isolées sur le web, il s’agit de la première plateforme de ce type à avoir un rayonnement national, voire européen. La première volonté des deux fondateurs est surtout écologique. « L’idée c’est d’arrêter de jeter ce qu’on peut réutiliser. Dans chaque théâtre, dans chaque salle, il y a des choses qui traînent. Au bout de quelques années, on jette tout alors qu’on peut les revendre », plaide Yann Burlot. 

Plateforme numérique conçue sur le modèle du Bon Coin, Récupscène permet à qui veut, professionnels et particuliers, de publier gratuitement des annonces. En plus de l’aspect écologique, Récupscène défend également une vision économique. Notamment pour les structures qui perdent de l’argent en stockant du matériel inutilement, et qui finit par se dégrader. Yann Burlot est convaincu que son site internet peut bénéficier à des petites structures du spectacle vivant, ayant des budgets généralement très contraints. 

« Nous sommes très contents parce que le Théâtre du Vieux-Colombier, qui dépend de la Comédie Française, va publier des annonces pour donner du matériel sur Récupscène. On peut vendre, acheter, louer et aussi donner. C’est aussi ça le but, que les petites compagnies profitent de la mise sur le marché d’un matériel professionnel, qui est aux normes, à un prix défiant toute concurrence » poursuit Yann Burlot. 

Depuis le lancement de Récupscène en juin 2018, plus de 1600 structures ou particuliers se sont inscrits, avec environ 15 000 connections par mois. On y trouve des annonces très variées, comme un stock de costumes de soldats romains, une calèche, des projecteurs lumières ou encore des instruments de musique.

En ce moment, les utilisateurs peuvent acheter du matériel audio provenant du Théâtre du Châtelet. La salle parisienne vient de rouvrir après deux ans et demi de travaux et le service technique en a profité pour renouveler ses équipements et donc vendre les anciens. « Jusqu’à présent, c’était très compliqué pour nous de revendre notre matériel, explique Cyril Auclair, responsable adjoint du service son et vidéo du Châtelet. Puisque nous touchons des subventions de la ville de Paris, on ne peut pas revendre comme ça notre matériel. C’est très complexe de passer par des structures ou des sociétés qui doivent d’abord racheter notre stock avant de le revendre. Avec un site comme Récupscène, ça devient beaucoup plus simple de donner une seconde vie à ce matériel et de bénéficier d’une belle visibilité sur internet ». 

Cyril Auclair explique que son équipe se préoccupe de plus en plus de ces notions d’écologie et de réutilisation du matériel. « L’idée principale c’est de permettre à d’autres structures ou d’autres compagnies d’acquérir ces équipements. On essaie à tout prix de ne pas jeter du matériel qui est encore utilisable et exploitable » conclut le responsable adjoint. 

Site pour l’instant entièrement gratuit, Récupscène réfléchit actuellement à la mise en place d’un modèle économique pour commencer à gagner de l’argent. A terme, les deux créateurs envisagent de prélever un petit pourcentage sur les ventes. Ils devraient également mettre en place un système de livraison pour les objets les plus volumineux.