Qui est Alexandre Bloch, nouveau directeur de l'Orchestre national de Lille ?

Après avoir été porté pendant 40 ans par Jean-Claude Casadesus, l'Orchestre national de Lille inaugure sa saison en accueillant son nouveau directeur musical, Alexandre Bloch. Rencontre avant la passation officielle lors de deux concerts fin septembre.

Qui est Alexandre Bloch, nouveau directeur de l'Orchestre national de Lille ?
Alexandre Bloch © Ugo Ponte / onl

« La longévité est due au désir d’agir et à la capacité d’aimer, » disait Jean-Claude Casadesus récemment sur France Musique. A 80 ans passés, le patron de l’Orchestre National de Lille confiait au micro de la chaîne que le temps est venu pour lui de passer la main, même si son énergie reste intacte et le bilan positif. 40 ans à la tête d’un orchestre qu’il a remis sur pied et auquel il a donné une identité : 35 disques et des tournées dans 31 pays du monde entier. Un orchestre avec un ancrage fort et un engagement, pionnier en France, auprès des populations dans ce Nord que Jean-Claude Casadesus a apprivoisé et qui l’a adopté, jusqu’à le suivre dans les projets les plus ambitieux.

En témoigne ce spectaculaire auditorium – le Nouveau Siècle – inauguré en 2013, à la pointe des nouvelles technologies avec un studio d’enregistrement intégré, qui est devenu la résidence de son orchestre. Sa succession se concrétise en ce début de saison 2016/2017 en la personne d'Alexandre Bloch, nommé directeur musical de l'Orchestre national de Lille en mars dernier, et qui prendra officiellement ses fonctions lors de deux concerts les 29 et 30 septembre prochain.

« La succession de Jean-Claude a été mûrement réfléchie et préparée depuis deux ans », nous explique le directeur général de l’orchestre François Bou, qui a lui-même repéré les candidats et suivi de près toutes les étapes de la sélection. A l’image du Capitole de Toulouse avec Tougan Sokhiev, du Philharmonique de Radio France avec Mikko Franck ou de l'Orchestre philharmonique de Los Angeles avec Gustavo Dudamel, l’Orchestre national de Lille a fait le pari de la jeunesse, mais pas du jeunisme à tout prix :

« Alexandre a été choisi parce que c’était le seul à proposer un projet sur mesure pour l’Orchestre national de Lille, et non pas pour n’importe quel orchestre, un projet qui s’inscrit dans la continuité. Sa jeunesse est effectivement un facteur d’identification fort pour un public de l’avenir, mais ce qui nous a intéressé, ce sont d’abord ses grandes ambitions pour l’orchestre sur le plan artistique. Et Alexandre n’est pas seul, nous formons un binôme et défendons ensemble l’orchestre auprès de nos partenaires. Mais il faut souligner que l’Orchestre national de Lille fait aujourd’hui partie de l’ADN de la région, même si nous nous trouvons dans une situation difficile et qu’il faut rester vigilant. Grâce à tout le travail qu’a accompli Jean-Claude Casadesus, son capital sympathie est certainement plus grand qu’ailleurs ».

Qui est ce chef français d'à peine 32 ans, remarqué en 2012 lorsqu'il rafle le premier prix au Concours International Donatella Flick à Londres ?

Ecoutez le portrait d'Alexandre Bloch dans l'émission Le parti d'en jouer

D'un enthousiasme contagieux, Alexandre Bloch a un regard franc et une spontanéité désarmante. Il aime Brahms et la voile, est adepte des smartphones et ne craint pas les expériences musicales croisées, comme ce Stravinski remix de 2015, un Oiseau de feu en version hip-hop proposé par la compagnie de Farid Berki et par l'Orchestre national de Lille. Violoncelliste au Conservatoire d'Orléans, il se découvre la vocation de chef en jouant dans des orchestres de jeunes. Sa vraie passion, c'est de fédérer les énergies autour d'un projet musical commun : « Un orchestre, c’est une microsociété. Un chef touche à la fois à la psychologie, à la sociologie et à la diplomatie. J’aime beaucoup le dialogue et le partage, gérer la vie en groupe. Faire dialoguer différentes énergies dans le partage de la musique, c’est selon moi le rôle principal du directeur musical.»

Il fait ses classes de composition et de direction d’orchestre au CNSM de Paris, avant de se lancer dans une carrière internationale. Après le Concours Donatella Flick, il intègre comme chef assistant le prestigieux LSO. Et dans la foulée, lorsque Mariss Jansons se trouve souffrant pour une Mort et transfiguration en octobre 2012, c'est à Alexandre Bloch qu'on pense, et il se trouve propulsé devant le Concertgebouw d'Amsterdam..

« C'est un peu comme se retrouver embarqué dans une formula 1, tout en sachant qu'on vient de passer le permis... »

Les invitations s'enchaînent, et Alexandre Bloch dirige au Royaume-Uni, en Allemagne et en France, avec, entre autre, l'Orchestre national de Lille ; une première rencontre dont il garde encore un souvenir fort :

« Le premier contact il y a deux ans était une vraie rencontre. J'étais un jeune chef français issu de l'école française... A l'étranger, vous êtes toujours un peu aidés par un certain exotisme, pas chez vous. Les premières répétitions étaient musclées. C'est un orchestre avec beaucoup de tempérament, et même s'ils n'étaient pas toujours faciles pendant les répétitions, les musiciens étaient d'autant plus passionnés au concert. Grâce à cette première expérience assez dense, j'avais l'impression de déjà bien connaître la formation, ce qui n'est pas toujours le cas lorsqu'on est chef invité et que notre temps avec l'orchestre est compté ».

Chef invité principal des Düsseldorfer Symphoniker depuis 2015, Alexandre Bloch a l’agenda bien rempli pour la saison à venir avec de prestigieuses formations de par le monde. Cependant, il souhaite aussi construire dans la durée :

« Lorsque le poste de directeur musical à l'Orchestre national de Lille s'est ouvert, je me suis tout de suite décidé à présenter mon projet. A l'époque j'étais à un point de ma carrière où je voulais pouvoir me poser et travailler dans le temps avec une formation, apprendre à la connaître et pouvoir m'investir sur du long terme. En tant que chef invité, on passe trop peu de temps avec un orchestre pour pouvoir le faire. En plus, en cette période trouble de conflits et de crise économique, je ressens le besoin de m'investir en tant que musicien, d'essayer de faire la différence sur le plan social et auprès des jeunes, ce que l'Orchestre national de Lille a su si bien défendre depuis des décennies. Et donc tout collait parfaitement bien ».

Un engagement auprès de "son" orchestre et de "son" public, qui passe tout d'abord « par un travail artistique de fond, qu’on aille encore plus loin dans l’excellence afin d’obtenir une place encore plus affirmée sur l’échiquier des orchestres européens. » rajoute François Bau. « Ensuite il y a cette identification et cette accessibilité d'Alexandre Bloch qui va nous permettre de renouveler notre image auprès du public, et enfin, d’adapter nos façons de transmettre la musique aux gens d’aujourd’hui. Aux jeunes, certes, mais aussi à toutes les générations. Tout le monde doit se sentir concerné. Une des spécificités de cet orchestre, et il faut que cela continue, c’est d’amener la musique au plus grand nombre sur le territoire, et Alexandre possède cette conviction et cette détermination-là. »

Concerts participatifs, vidéos pédagogiques, réseaux sociaux, réalité augmenté, buzz...la boîte à outils d'Alexandre Bloch parle aux nouvelles générations, un bagage que le chef a apporté de ses deux années de résidence en tant que chef assistant au London Symphony Orchestra, le meilleur en matière d'innovation pédagogique. Et de son expérience avec Antipodes, ensemble qu'il a fondé pour expérimenter les concerts décodés (voir la vidéo ci-dessus). Avec l'Orchestre national de Lille, Alexandre Bloch veut poursuivre sur le même chemin :

« La musique, c'est le partage, et il faut qu'elle parle à tous. Ce serait dommage que quelqu'un qui ne connaît pas Steve Reich sorte du concert déçu, parce qu'il a passé toute la soirée à attendre une mélodie, alors qu'il n'y en a pas dans cette musique. Avec seulement quelques clés, il peut aborder l'œuvre d'un autre angle, l'apprécier, et donc revenir. »

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