Quelle politique culturelle pour l’Union européenne ?

Les élections européennes de ce dimanche 26 mai confirmeront-elles le désamour ou le désintérêt des citoyens pour l'Union ? De plus en plus de voix s'élèvent pour analyser ce divorce en raison du manque de place accordée à la culture. L’occasion de se pencher sur la politique culturelle européenne.

Quelle politique culturelle pour l’Union européenne ?
Berlin, 19 mai 2019. Un homme avec le drapeau européen peint sur le visage lors d'une manifestation contre la montée du populisme en Europe , © AFP / Omer Messinger

Si l’Europe politique naît en 1957 avec le traité de Rome sur des bases principalement économiques, il faudra attendre 1992 et le traité de Maastricht pour que la culture entre dans les compétences de l’Union. Outre les fonds structurels qui bénéficient plus ou moins directement à la culture (investissement dans la construction de salles de concert, par exemple), le budget dédié au soutien de projets culturels est de 1,46 milliards d’euros, soit 0,15% du budget total de l’UE. 

Ce budget est géré par Europe Créative, un programme qui vient principalement en aide aux projets en lien avec les médias (56%). Autant dire que cela ne représente vraiment pas grand-chose pour le spectacle vivant (31%), dont la musique. Le reste étant affecté au soutien de l’entrepreneuriat dans l’industrie culturelle.  

« Au regard des défis que l’Europe doit relever, ce budget n’est pas suffisant » estime Pascal Brunet, directeur du Relais Culture Europe, la structure publique qui représente la politique culturelle de l’Union en France. La question est de trouver des solutions pour résister aux mastodontes américains, les fameux Gafa (Google, Apple, Facebook et Amazon, etc.) et leur stratégie d’expansion très agressive. « Il va falloir muscler ce budget parce que sans culture, sans approche sérieuse de la culture, le projet européen ne pourra pas être ce qu’il pourrait être » poursuit Pascal Brunet. 

L’Union Européenne a tout de même su montrer des signes encourageants de prise en compte de la révolution industrielle et culturelle provoquée par les Gafa. C’était le cas lors de la réforme du droit d’auteur adoptée par le parlement européen en mars dernier. Un signal fort de la volonté des 28 pays membres de s’unir pour peser face à Google et consorts. 

Si actuellement l’Europe vise à soutenir essentiellement la culture d’un point de vue économique, elle vient parfois en aide à des projets qui réfléchissent à l’évolution des pratiques culturelles et artistiques. Plusieurs projets portés par des structures françaises reçoivent des subventions européennes. C’est le cas d’Eeemerging, un programme de soutien aux ensembles de musiques anciennes, créé et porté par le festival d’Ambronay. Ou encore l’Académie du festival d’art lyrique d’Aix en Provence. Un programme européen qui regroupe plusieurs acteurs du monde de l’opéra pour soutenir l’émergence des jeunes talents. 

« Le monde de l’opéra a bien réussi à se structurer au niveau européen » analyse Pascal Brunet. « Non seulement, ils réfléchissent à comment écrire un opéra contemporain, comment améliorer les modèles économiques des maisons lyriques, mais ils se fédèrent aussi pour répondre à des problématiques de diversité. Comment montrer sur une scène que quelque chose a changé en termes de diversité et de notre rapport au monde ? Faire que tous ces débats contemporains se retrouvent dans nos façons de montrer et de faire » explique-t-il. 

Remettre la culture au cœur de l’Europe

L’élection de ce dimanche 26 mai visant à renouveler les 751 députés qui composent le parlement européen pourrait atteindre un niveau record d’abstention. Ce désamour ou désintérêt pour l’Union européenne peut s’analyser, selon certaines voix, par la trop faible place accordée à la culture dans le projet politique. C’est notamment le cas de Jean-Noël Tronc, le directeur de la Sacem qui a récemment publié Et si on recommençait par la culture ? Plaidoyer pour la souveraineté européenne. 

Un essai dans lequel il plaide pour un replacement de la culture au centre du projet afin de le rendre désirable aux yeux des citoyens. Il est justement l’invité de Musique Matin, vendredi 24 mai sur France Musique. Un avis largement partagé par Pascal Gallois, chef d’orchestre, bassoniste et directeur du Conservatoire municipal W. A. Mozart dans le 1er arrondissement de Paris. Il est à l’initiative de Nouvelle géographie musicale européenne, un programme qui vise à réaffirmer l’importance de la musique et des compositeurs en Europe. 

« Les générations précédentes de compositeurs ont beaucoup échangé et voyagé, comme Bach ou Beethoven par exemple. L’Europe s’est finalement toujours faite en musique. Et cette identité européenne existe toujours, elle tellement évidente qu’on ne la voit plus. Nous, les musiciens français, nous avons la chance d’avoir un héritage magnifique, issu de combats de nos prédécesseurs, de Berlioz jusqu’à Boulez. Et pour l’entretenir, je pense qu’il faut refonder l’Europe, à partir de la culture, et avec le but précis de faire connaître par d’autres biais la musique contemporaine » plaide Pascal Gallois. 

La commission européenne a récemment proposé d’augmenter de 30% le budget de la culture pour la période 2021-2027. Mais il faudra trouver une solution pour remplacer la part de financement importante du Royaume-Uni, qui s’apprête à quitter l’UE. A l’aube des élections européennes, difficile de savoir si le futur parlement européen fera une place de choix pour la culture, et donc la musique.