Quand les opéras s’inspirent des sujets les plus improbables

Mis à jour le lundi 01 août 2016 à 17h27

Avec la sortie d’un opéra sur la vie de Steve Jobs, il est grand temps de se (re)plonger sur les productions contemporaines les plus originales : florilège des opéras les plus improbables.

Quand les opéras s’inspirent des sujets les plus improbables
Eva-Maria Westbroek interprète Anna Nicole au Royal Opera house de Londres en 2011 ©RobbieJack

A partir du moment où l’opéra s’inspire de la vie réelle, on peut s’attendre à tout. Et à n’importe quoi. Sexualité, animal au comportement étranges, star du X, ou encore séries TV, les opéras contemporains osent s’attaquer aux sujets les plus fous.

The (R)evolution of Steve Jobs

Dans la famille des opéras un peu fous, je voudrais SteveJobs. Le co-fondateur de la marque Apple sera la vedette d’une production jouée à l'opéra de SantaFe (Nouveau-Mexique) et intitulée The (R)evolution of Steve Jobs. Le compositeur MasonBates justifie le choix de SteveJobs, décédé en 2011 d’un cancer du pancréas :

*« J’ai pensé qu’il y avait un moyen d’écrire quelque chose sur un ingénieur créatif qui serait le clou de l’histoire. Et Steve Jobs est à la fois un créatif, un ingénieur et un humaniste. » *

L’opéra, qui verra le jour en 2017, retrace la vie professionnelle et personnelle de l’entrepreneur américain, mettant en scène sa relation avec sa femme, LaurenePowellJobs, et son père, Paul. Pour le livret, l'opéra de Santa Fe a fait appel au librettiste MarkCapbell, prix Pulitzer 2012 pour son opéra SilentNight sur la Première Guerre Mondiale.

Lolo Opéra

En France aussi, les opéras célèbrent les grandes figures contemporaines. Peut-être moins glorieuses, mais sur lesquelles il est intéressant de se pencher. LoloFerrari, par exemple, a connu son moment de gloire post-mortem il y a deux ans. Le théâtre des arts de Rouen a fait le pari un peu fou de célébrer l’ancienne actrice de X, connue (aussi) pour sa poitrine démesurée.
Aux côtés de Carmen ou Leonore (Fidelio ), Lolo devient un personnage d’opéra à part entière à travers 12 tableaux mis en scène par MichaëlDelaunoy.

FrédéricRoels, directeur du théâtre justifie ce choix en rappelant le thème de leur saison 2012-2013 : Les femmes rebelles. Pour lui LoloFerrari est « un exemple tragique des transformations qu’on peut imposer à son corps pour répondre à des fantasmes ». Après 25 opérations de chirurgie esthétique, LoloFerrari meurt en 2000 d’une overdose de médicaments. Toute sa vie, elle a subit les pressions de son mari pour pousser son corps à bout, et apparaître comme une icône dans l’industrie pornographique.

Réécouter le reportage de France Culture sur Lolo Opera.

Anna Nicole

Les anglo-saxons aussi ont leur LoloFerrari:AnnaNicoleSmith. _* L’Américaine a fait l’objet d’un opéra en 2011, donné au *_Royal Opera House de Londres. Les parallèles entre les deux femmes sont nombreux : Anna Nicole Smith commence comme strip-teaseuse au Texas, avant d’être repérée par un photographe. Manipulée par cet homme, elle passe alors sous le bistouri et subit de nombreuses opérations de chirurgie esthétique qui vont augmenter sa (légère) ressemblance avec MarylinMonroe, son idole.

La jeune femme épouse un milliardaire (qui décède deux ans plus tard, à l'âge de 90 ans), se bat pour récupérer l’héritage, perd son fils de 20 ans, et meurt en 2007 d’une overdose de médicaments. L’opéra, composé par Mark Anthony Turnage sur un livret de Richard Thomas, divise les critiques mais a néanmoins été remonté l’année dernière, toujours au Royal Opera House.

L’opéra du colvert nécrophile et homosexuel

Si le titre de l’opéra fait penser à une vaste blague, cette histoire de canard homosexuel et nécrophile est inspiré d’une étude très sérieuse, publiée en 2003. L’auteur, Kees Moeliker, est conservateur au Musée d’histoire naturelle de Rotterdam. Il étudie en 2003 le cas de ces canards au comportement étrange et publie son étude qui lui vaut un Prix Ig Nobel (qui récompense les découvertes absurdes).

Inspiré par ce livre, Dan Gillingwater compose donc un opéra qui sera donné ce week-end au Kings Place de Londres. Si jamais le résumé vous a plu, n’hésitez pas à réserver vos billets !

The Enchanted organ

L’opéra « célèbre la sexualité » * tout en dressant une satire de l’industrie pornographique. *The Enchanted organ commence par un jeu de mot puisqu’organ en anglais a deux significations : orgue et organe, et on ne sait pas si cet organ fait référence à la voix ou au sexe. Et dans le corps de cet opéra en deux actes, les chanteurs passent de l’oratorio baroque aux anciens hymnes grecs, avec une pointe de Casse -Noisette et des bandes-sons de films X des années 70.

Ce melting-pot musical est dirigé par le duo GordonBeeferman (à la composition) et CharlotteJackson (pour le livret).

Gloria – a pigtale

Imaginez sur scène un sanglier, des grenouilles et des vaches, cinq hommes sandwichs (ou plutôt hotdogs) et, dans le rôle principal, un cochon en quête d’amour. Gloria – a pigtal ressemble à peu près à ce tableau, avec en fond sonore : du jazz, du blues, de la musique bavaroise et une pointe de Mahler et de Wagner .

Volontairement loufoque, cet opéra imaginé par la troupe britannique Mahogany Opera Group souhaite « créer des nouveaux opéras, d’une nouvelle manière. » Mis en musique par HKGruber sur un livret de RudolfHertfurtner, l’opéra a été donné l’année dernière au Royaume-Uni.

Breaking Bad Ozymandias

Fans de la série, le directeur artistique du One World SymphonySungJinHong, réalise votre rêve. L’opéra Breaking Bad met en scène WalterWhite et son univers : on y parle donc trafic de drogue et problèmes familiaux, on y entend même les « Yeah, Bitch », de Jesse, son acolyte.

La production de One World Symphony sortie en 2014 s’inspire aussi, en parallèle, du poème épique Ozymandias, écrit par Percy Bysshe Shelle en 1818. Le sonnet fait référence au pharaon RamsèsII, à son empire et à sa puissance. L’opéra mérite bien des félicitations puisqu’il arrive à réaliser l’impossible : relier RamsèsII et WalterWhite.

Bonus

Pour rester dans le cocktail explosif opéra et séries TV, la troupe Carmen à tout prix parodie Game of thrones avec des personnages criants de vérité et un arrangement musical proche des plus grands opéras. A écouter sans modération.

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