La Pop, une péniche qui devient instrument de musique

La péniche La Pop amarrée dans le XIXe arrondissement de Paris accueille un spectacle original qui permet au public de se retrouver à l’intérieur d’un instrument de musique…

La Pop, une péniche qui devient instrument de musique
Photo du spectacle L'Oreille de Denys, prise lors d'une répétition avec des scolaires., © AdrienLeroy/La Pop

« Tout va bien se passer », assure la comédienne Chloé Giraud à la classe venue assister à la répétition de L’Oreille de Denys. Le spectacle, proposé par la péniche La Pop, plonge le public dans une ambiance toute particulière, mêlant réel et imaginaire. Le réel, c’est de faire croire au public que rien n’est prêt, que les musiciens ne sont pas accordés, et qu’il ne faut surtout pas marcher sur cette trappe au sol, marquée d’une croix noire. Les élèves y croient dur comme fer, et plongent dans le récit imaginaire. 

L’Oreille de Denys s’inspire d’un mythe, celui du tyran de Syracuse : « Le tyran, appelé Denys, enfermait dans une carrière de pierres à Syracuse tous ses ennemis. Cette carrière avait des propriétés acoustiques très belles donc il venait écouter, par un conduit acoustique, les plaintes, les pleurs et les souffrances de ses prisonniers et il adorait ça », explique Jeanne Candel, metteuse en scène du projet. La péniche représente la carrière, le public ce sont les prisonniers, et Denys est interprété par Thibault Perriard, batteur de jazz. 

On a fait l’inventaire de tous les endroits qui pouvaient sonner : ce mur, les escaliers, la terrasse... 

Sur le pont de la péniche, il a installé son terrain de jeu : « On a fait l’inventaire de tous les endroits qui pouvaient sonner : ce mur, les escaliers, la terrasse... » Le musicien a ensuite installé des systèmes un peu partout : un maillot accroché à une corde qui tape contre une paroi, des billes qui roulent sur une plaque en fer, une pédale de grosse caisse qui tape contre un hublot fermé… Autant de bruits qui résonnent à l’intérieur de la péniche et accompagnent le spectacle. 

Grâce à cette installation inédite et ingénieuse, la musique prend une dimension nouvelle  : on ne sait pas d’où proviennent les bruits. Utilisés par surprise, ils effraient, utilisés comme accompagnement, ils subliment et rythment le chant de la soprano Anne-Emmanuel Davy ou la clarinette basse de Florent Hubert. 

Des élèves impliqués dans le processus de création

Chaque artiste dans ce spectacle n’est pas cantonné à un rôle : « Quand on écrit, on part des personnes avec qui l’on travaille et l’on s’adresse à elles non pas comme à de purs musiciens ou purs comédiens », assure Jeanne Candel. Cette flexibilité se retrouve tout au long du spectacle où Florent, Chloé, Anne-Emmanuelle et Thibault interprètent chacun un personnage, toujours à la frontière entre le musicien et le comédien. 

L’Oreille de Denys est un spectacle tout public en cours d’évolution. La troupe La vie brève accueille des classes pour leurs répétitions et leur demandent de faire un retour écrit ou dessiné de ce qu’ils ont compris et ressentis. Aram Kebadjian, dramaturge sur le projet, fait un petit bilan des retours de la classe venue assister à la répétition la semaine précédente : « On se rend compte que le personnage marquant c'est Denys, tout le monde l’a représenté, alors que c'est celui qu'on ne voit pas puisqu'il apparaît à la fin et dans le noir. »

Les dessins sont très variés puisqu’en effet, Denys (le batteur Thibault Perriard dans le spectacle), passe son temps à jouer et faire résonner des sons de la péniche au dessus du public. Quant aux les textes, ils permettent à la troupe de « comprendre ce qui est clair ou non, ce qu'il faut continuer à expliciter ou au contraire si on avance sur de bonnes bases », poursuit Aram Kebadjian. 

A la fin de la répétition, les quatre artistes échangent avec l’équipe artistique sur ce qui a bien fonctionné, ce qu’il faut retravaillé, ce qu’il faut supprimer et se préparent pour les représentations qui ont lieu les 21, 22 et 23 décembre, un spectacle accessible à partir de 8 ans.