Quand des photos d'inconnus inspirent un roman et un disque

Dans le livre/enquête/disque, Les gens dans l’enveloppe (édition JC Lattès), Isabelle Monnin imagine la vie d’une famille inconnue à partir de leurs photos qu’elle a achetées sur internet, avant de rencontrer ces gens et d’écrire un second chapitre. Le tout mis en musique par Alex Beaupain.

Quand des photos d'inconnus inspirent un roman et un disque
Des gens dans l'enveloppe

Le dernier livre d’Isabelle Monnin est à son image : original, multiple, et poignant. Invitée dans la Matinale culturelle de France Musique avec Alex Beaupain vendredi 2 octobre, son histoire, l’histoire de ce livre, de cette aventure, vaut plus qu’une rencontre matinale, elle mérite d’être racontée à l’écrit.

Les gens dans l’enveloppe débute en 2013. IsabelleMonnin achète sur internet des photos, un lot de 250 photos provenant d’un antiquaire. Elle les achète sûrement sur un coup de tête, ou peut-être est-ce pour compenser un manque : « J’ai un rapport très spécial à la photo parce qu’il existe peu d’images de moi petite », raconte l’écrivaine au micro de VincentJosse.

Après le coup de tête, c’est le coup de cœur. Un coup de cœur pour ces photos « intimes et personnelles, de souvenirs de famille banals, des photos ratées », et surtout pour ces gens, qu’elle ne connaît pas mais qu’elle pourrait connaître. Une vielle dame qui porte des lunettes aux verres fumés « même à l’intérieur », une petite fille, une autre vieille femme qui fait de la course à pied et pose devant ses coupes…

Des photos bavardes, avec une certaine tristess

Un an plus tard, IsabelleMonnin veut écrire leur histoire, imaginer leurs vies. Mais sa démarche la pousse tout de suite à vouloir écrire une seconde partie un peu particulière. « Je veux alors faire deux choses : raconter la vie des gens dans l’enveloppe et une fois terminé, aller les chercher, essayer de capter ce qu’a été leur vie et le mettre dans mon livre pour qu’il y ait un peu de leur vie aussi », explique la journaliste romancière.

IsabelleMonnin commence donc par raconter ces photos, ces souvenirs instantanés des années 70/80. Des images qui ne sont pratiquement pas légendées mais « elles sont bavardes, elles disent un décor, une certaine tristesse, une absence parce qu’il n’y a jamais de mère sur les photos », confie l’auteure.

Réécouter la Matinale avec Isabelle Monnin et Alex Beaupain

Alors dans son roman, elle imagine une mère partie en Argentine, laissant derrière elle une petite fille un peu triste : « C’est la seule enfant sur les photos, elle dégage quelque chose de l’ordre de la solitude et elle a une certaine gravité dans son visage. » Dans chaque personnage, Isabelle Monnin avoue avoir puisé dans sa propre vie.

Une fois le roman terminé, place à l’enquête. Isabelle Monnin retrouve son âme de journaliste (elle a travaillé comme grand reporter pendant 17 ans à l’Obs ) et se met en quête de retrouver cette famille et de les rencontrer aujourd’hui, en 2015. « L’enjeu n’est pas de comparer la réalité et la fiction, mais de proposer différents regards. » Et l’écrivaine n’a jamais eu peur d’être déçue : « Je savais que si je les retrouvais, leurs vies allaient être passionnantes », réplique l’ex journaliste.

Toutes les vies méritent d’être racontées

« Je me mets à la recherche du village », qu’elle retrouve grâce à une photo d’un clocher. Elle part donc à Clerval, dans le Doubs (sa région d’origine, un hasard), avec une crainte : ne pas les retrouver. Si le livre est sorti aujourd’hui, c’est bien que son angoisse s’est envolée : elle retrouve la famille et plus qu’une enquête, c’est une vraie rencontre. « Très vite un climat de confiance a été créé. Surpris au début, car ils avaient intégré que leurs vies n’avait aucun intérêt, ils se sont ensuite pris au jeu », se souvient Isabelle Monnin.

Après de nombreux échanges, la romancière, (re)devenue un peu journaliste poursuit son travail et écrit la seconde partie de son livre : l’histoire d’une famille qui un jour a donné (ou perdu) 250 photos, 250 souvenirs tombés un peu par hasard et un peu par chance, dans les mains magiques d’Isabelle Monnin.

Quand la musique se mêle au roman

C’est à peu près à ce moment là qu’AlexBeaupain entre sur scène. Amis depuis plus de 25 ans, il connaît assez bien IsabelleMonnin pour la suivre dans ce projet un peu fou : mettre en musique ces histoires, ces personnages. Le chanteur compositeur se met au travail et décide de faire lui aussi son travail en deux parties : un disque qui raconte ces histoires avec ses mots à lui, et un disque de reprises chantées par les personnages des photos, les vrais héros de l’histoire.

Pour Isabelle, ce disque est intimement lié à son livre : « C’est très émouvant parce qu’en tant que romancière, je cherche à entendre les voix des personnages pour les retranscrire. Dans ce disque, j’ai la voix des personnages et j’ai la voix des gens. C’est merveilleux : ce livre conservera leurs voix. »

AlexBeaupain écrit une chanson par jour après avoir rencontré cette famille du Doubs. « Ce sont des gens qui aiment beaucoup chanter et qui chantent bien à la base », témoigne le chanteur. Ce sont aussi des gens sympathiques, heureux de participer à cette aventure, et fiers d’être racontés ainsi, dans une version romancée, et dans une version réelle…

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