ProQuartet, cocon des jeunes quatuors à cordes, fête ses 30 ans

Pour qu'un quatuor à cordes atteigne l'excellence, il faut travailler dur : milliers d'heures de répétitions, vie commune parfois asphyxiante, gestion administrative. Peu de structures proposent ce type de formation, c'est le cas de ProQuartet qui accompagne les ensembles depuis 30 ans.

ProQuartet, cocon des jeunes quatuors à cordes, fête ses 30 ans
Le Quatuor Van Kuijk, en résidence à ProQuartet lors de la Nuit du Quatuor au musée de l'Orangerie à Paris en octobre 2015, © Radio France / Victor Tribot Laspière

En 30 ans d'existence, ProQuartet a vu passer dans ses murs la quasi totalité de la fine fleur du quatuor à cordes européen. Au total, les formations proposées par la structure dont le sous-titre indique « Centre européen de musique de chambre » auront bénéficié à plus de 300 ensembles dont 230 quatuors à cordes, 35 trios avec piano et 30 ensembles divers. Sans aucun doute, il s'agit de l'un des acteurs français les plus influents en matière de musique de chambre. Voire même à l'international puisque près de la moitié des groupes sont étrangers.

En ce moment même, ProQuartet accueille en résidence six ensembles dont deux trios avec piano, et quatre quatuors. Dans l'une des deux salles des locaux de la structure situés dans le IVe arrondissement de Paris, trois membres du Quatuor Akilone (la première violoniste était absente pour cause de grippe) déchiffrent Ainsi la Nuit d'Henri Dutilleux. Les musiciennes ont intégré le dispositif de résidence de ProQuartet en septembre 2016 après avoir remporté le 8e concours international de quatuors à corde de Bordeaux ainsi que le concours ProQuartet. Un moment clé de la vie de l'ensemble selon la violoncelliste Lucie Mercat : « C'est vraiment arrivé pile au bon moment pour nous puisque suite aux deux concours, notre quatuor a évolué d'un seul coup. De nombreuses dates de concert sont tombées et autant de questions pratiques en réaction. ProQuartet nous accompagne depuis ce moment et cela nous fait beaucoup de bien de nous sentir soutenues ».

La structure a été créée par Georges Zeisel en 1987 avec le souci d'accompagner et de soutenir la musique de chambre en France. Trois types de formation y sont dispensées : les résidences pour les ensembles repérés par l'équipe dirigée par Pierre Korzilius (à la tête de ProQuartet depuis 2015) qui peuvent durer jusqu'à trois ans, les masterclass auxquelles les ensembles postulent ou s'inscrivent et enfin les activités proposées aux musiciens amateurs.

Former des professionnels

Mais c'est avant tout la formation des musiciens professionnels qui est le cœur de la mission de ProQuartet. Fabienne Masoni, administratrice de la structure, explique qu'à « la sortie du conservatoire, les musiciens ne peuvent pas tout connaître. Il faut qu'ils "mangent de la scène" comme on dit. Mais pour ce faire, il faut les accompagner en leur proposant tout d'abord des petites scènes pour ne pas se brûler les ailes, puis des plus importantes, rencontrer les compositeurs de leur temps, leur faire comprendre la nécessité de transmettre à leur tour auprès du public et des musiciens plus jeunes. Notre rôle est de créer un cocon dans lequel ils peuvent se construire et mûrir ».

Le jeune Quatuor Akilone n'a pas encore reçu son premier cours avec un professeur mais apprécie d'ores et déjà la possibilité d'avoir une salle pour répéter. « C'est un peu le nerf de la guerre à Paris. Nous habitons toutes des appartements trop petits pour répéter à quatre », explique Emeline Conce, première violoniste de l'ensemble. Les musiciennes espèrent également que cela leur permettra de trouver un agent qui leur correspondra et peut-être d'enregistrer un disque. Mais ce qu'elles recherchent avant tout, c'est une certaine stabilité financière afin de leur permettre de se construire sereinement et dans la durée.

Le Quatuor Akilone, l'un des derniers ensembles à avoir été sélectionné en résidence à ProQuartet
Le Quatuor Akilone, l'un des derniers ensembles à avoir été sélectionné en résidence à ProQuartet, © Damien Richard

Et c'est grâce aux différents professeurs rencontrés qu'elles y parviendront explique Louise Desjardins, l'altiste du groupe. « Le plus intéressant est de suivre l'enseignement de quelqu'un qui ne nous connaît pas et va apporter des pistes de travail auxquelles nous n'avions pas forcément pensé. Parfois, nous sommes toutes réceptives, parfois seulement l'une d'entre nous l'est, mais ce n'est pas grave puisque nous nous nourrissons beaucoup du ressenti des autres membres du quatuor. C'est ce qui fait qu'un ensemble de musique de chambre se construit au fil des mois et des années et développe une personnalité propre ».

Tendre vers la perfection musicale

Pour un quatuor, le plus dur est certainement de réussir à tendre vers la perfection musicale et donc de travailler essentiellement dans ce sens. Mais la durée et la renommée d'un ensemble dépendra également de nombreux autres facteurs : communication, administration, gestion et surtout bon fonctionnement des relations humaines. Les membres d'un quatuor passent leur journées ensemble, partent en tournée ensemble, dorment dans les mêmes hôtels, passent plus de temps ensemble qu'avec leur proche. Un choix de vie difficile et qui crée régulièrement des tensions.

Là aussi, ProQuartet prodigue, de façon peut-être plus informelle, des conseils. Les ensembles en résidence bénéficient de l'expérience des professeurs qui ont tous été confrontés à ce type de problèmes, l'équipe de ProQuartet est également là pour leur servir d'oreille extérieure. Patricia Nydegger, responsable de la formation professionnelle, explique qu'elle a toujours été « portée par la force de ces musiciens qui n'ont pas fait le choix d'une vie facile ». Elle essaie d'être toujours attentive et bienveillante avec eux pour les soutenir dans les moments de doute. « Je les encourage toujours à parler entre eux, que la clé d'une bonne entente, c'est la communication interne. J'ai l'impression que c'est peut-être plus simple dans un quatuor de filles que chez les garçons mais ils finissent tous par apprendre à se parler ».

C'est en effet toute la complexité et la beauté du quatuor à cordes. C'est ce qu'explique la violoncelliste Louise Mercat : « Nous sommes quatre personnalités différentes mais nous n'avons qu'une seule voix lorsque nous faisons de la musique. Et nous avons évidemment besoin de notre voix à chacune lorsque nous sommes en dehors du quatuor. C'est un équilibre subtil et fragile, qui évolue sans cesse. Pour que cette voix unique du quatuor à cordes soit intéressante, il faut bien sûr que nous aussi ayons des choses à dire individuellement. C'est un travail acharné mais tellement riche ».

De nombreux concerts sont organisés par Proquartet pour promouvoir la richesse et le talent de ces nombreux ensembles de musique de chambre. Ils viennent conclure les masterclass données par des professeurs comme Menahem Pressler, Güinter Pichler, Natalia Prishepenko ou l'ensemble du Quatuor Diotima. Et pour célébrer ses 30 ans, ProQuartet propose pour la seconde fois, sa Nuit du quatuor lors de la Nuit Blanche à Paris en octobre prochain. Onze quatuors se succéderont de 19h à 6h au musée de l'Orangerie dans la salle des Nymphéas de Claude Monet.