Présidentielle 2017 : le décryptage des musiques utilisées par les candidats

A l’approche de l’élection présidentielle, nous avons demandé au pianiste compositeur Jean-François Zygel de commenter les musiques utilisées dans les clips officiels de campagne des candidats.

Présidentielle 2017 : le décryptage des musiques utilisées par les candidats
La campagne officielle de l'élection présidentielle 2017 a débuté ce lundi 10 avril. , © AFP

Dernière ligne droite avant le premier tour des élections présidentielles, qui aura lieu le 23 avril 2017 (et le 22 avril pour les territoires d’outre-mer). Les affiches envahissent les panneaux publicitaires et, sur nos petits écrans, les clips officiels se succèdent.

Comment la musique est-elle utilisée dans ces films de campagne ? Nous avons posé la question au pianiste compositeur Jean-François Zygel.

Jean-François Zygel en concert à Toulouse, en juillet 2016.
Jean-François Zygel en concert à Toulouse, en juillet 2016., © AFP / ALAIN PITTON / NURPHOTO

« Après plusieurs écoutes attentives, je dois tout d'abord avouer que c'est plutôt consternant de banalité, la plupart des candidats (ou plus sûrement leurs équipes de communication) n'ayant rien trouvé d'autre à utiliser que ce que l'on nomme "musique au mètre" à la télévision et "musique d’ascenseur" dans la langue courante. Donc des musiques que l'on oublie à peine les a-t-on entendues…

Il est étonnant de constater un tel laisser-aller du côté de la musique, alors que les images proposées sont, sinon convaincantes, du moins choisies avec beaucoup plus de soin et de professionnalisme.

Si Nathalie Arthaud, Jean Lassalle, Jacques Cheminade et François Asselineau se passent presque totalement de musique, les sept autres candidats font des propositions musicales dont certaines sont assez paradoxales.

La plus religieuse

Le clip de Benoît Hamon est pour la plus grande partie accompagné d'une musique pour trompette et orchestre signée Georges Delerue. Il s'agit d'un pastiche de Haendel au cours duquel éclate dans l'aigu, à la trompette, un choral de type luthérien. « Alleluïa, gloire au plus haut des cieux », semble clamer la trompette, tandis que s'affiche à l'écran le slogan « Faire battre le cœur de la France. »

La plus contradictoire

Tandis que le texte lu par Emmanuel Macron insiste de nombreuses fois sur l'idée de mouvement (« Faire avancer la France », « Remettre la France en marche », « la France sur le chemin du progrès ») s'installe une musique entièrement fondée sur une note unique inlassablement répétée (un mi). Une musique immobile et hypnotique, pour soutenir un texte parlant de mouvement et de changement.

La plus lyrique

La première partie du clip de Jean-Luc Mélenchon fait entendre un pastiche de musique répétitive américaine, alternant d'un bout à l'autre les deux accords les plus simples de la musique : do majeur et la mineur. Les arpèges tournoyant du piano solo sont discrètement soutenus par les cordes, tandis que s'affichent à l'écran les vers d'un poème particulièrement lyrique : Nous sommes la révolution citoyenne toujours recommencée / Quel que soit le problème la solution est le peuple / C'est le peuple lui-même qui se refonde et s'amalgame en un tout / Allez, viennent les jours heureux et le goût du bonheur.

La plus exotique

Tandis que se déroule une étonnante chorégraphie contemporaine, nous entendons une musique qui nous fait voyager du Moyen-Orient à l'Amérique latine en passant par l'Afrique du Nord (le son d'une darbouka, ndlr : un instrument de percussion). Une musique très "agence de voyage", faisant la part belle aux percussions et aux modes orientaux, pour un appel de Philippe Poutou à la révolte et au vote ouvrier se terminant le poing levé.

La plus cohérente

Première séquence : des roulements de percussions menaçants accompagnent les mots chômage, bureaucratie, matraquage fiscal, dette, pauvreté, insécurité, terrorisme, qui apparaissent en grand au centre de l'écran. Seconde séquence : pendant que François Fillon déroule ses solutions, s'élève une musique en majeur dont la ligne mélodique conquiert petit à petit tout l'espace sonore.

Les plus obsédantes

« D'aussi loin que je me souvienne, j'ai toujours ressenti un attachement viscéral, passionnel à notre pays, à son histoire. J'aime la France », nous déclareMarine Le Pen. « J'aime la France. Je suis bercé depuis l'enfance par ses paysages, ses terroirs, son histoire, ses valeurs », affirme pour sa part Nicolas Dupont-Aignan. Mais la musique choisie n'est ni du Debussy, ni du Berlioz, ni du Rameau, mais une sorte de musique de jeu vidéo passe-partout et internationale, à la scansion répétitive et obsédante. »