Première édition du festival des Fleuropéenes à Fleury-Mérogis

Pour la première fois en France, les détenus ont pu voter cette semaine à l’intérieur des prisons. C’était à l’occasion des élections européennes qui se tiennent ce dimanche 26 mai 2019. Pour accompagner ce nouveau dispositif, la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis a organisé un festival.

Première édition du festival des Fleuropéenes à Fleury-Mérogis
La maison d'arrêt de Fleury-Mérogis, © AFP / Philippe Lopez

Sur plus de 4 000 détenus à Fleury-Mérogis, 472 pouvaient voter aux élections européennes dont le scrutin était organisé du lundi 20 au mercredi 22 mai dans la Maison d’arrêt située dans l’Essone. « Jusqu’à présent les modalités de vote étaient le vote par procuration ou la possibilité de demander une permission de sortie pour aller voter. Là, l’idée, c’est vraiment de faciliter la démarche », explique Elise Waldbaum, directrice de l’association Lire c’est vivre qui gère les bibliothèques de la maison d’arrêt. Ce nouveau dispositif de vote par correspondance a été porté par le gouvernement actuel qui a tenu à rappeler qu’il est très rare qu’un détenu soit privé de ses droits civiques. 

Pour accompagner ces élections, un festival a été organisé au sein de Fleury-Mérogis, les Fleuropéennes. « Avec le pôle culture du Service pénitentiaire d’insertion et de probation, Lire c’est vivre et le Point d’accès aux droits, on a souhaité sensibiliser les personnes détenues à la thématique de l’Europe et au vote. On sait que c’est un scrutin qui mobilise assez peu, même à l’extérieur, donc c’est aussi notre rôle de faire connaitre aux personnes détenues leurs droits et les possibilités qui en découlent », ajoute Elise Waldbaum. 

Mozart et le Brexit

L’objectif des Fleuropéennes est de promouvoir la diversité culturelle en Europe. Pendant les 3 semaines précédant le scrutin, 6 concerts de musiques différentes ont été donnés, en italien, lusophone, ou encore bulgare. C’est l'oeuvre de Mozart que sont venus interpréter 4 musiciens de l’orchestre Philharmonique de Radio France, parmi lesquels Jean-Pascal Post, clarinettiste : « La venue elle-même au sein de la prison est assez impressionnante, on sent qu’on passe dans un monde d’enferment, avec énormément de grilles, on longe des cellules, c’est rude, mais très rapidement, dès qu’on se met à jouer avec mes amis du quatuor à cordes, on oublie qu’on est en prison. » Le musicien était accompagné des violonistes Cyril Baleton, et Martin Blondeau, l'altiste Aurélia Kowalski et du violoncelliste Jérôme Pinget. 

Ces concerts étaient suivis de conférence portant sur des thèmes d’actualité. Thibaud Harrois, maître de conférences en civilisation britannique à Paris III, est venu parler du Brexit. Il a ensuite répondu à plusieurs questions posées par les détenus portant sur le régime monarchique en Angleterre, les quotas laitiers ou encore l’influence des Etats-Unis sur l'Union européenne : « Je pense que c’est un bon reflet des débats qu’il peut y avoir sur la question européenne ou celle du Brexit. Il y avait des questions de curiosité, donc c’est très bien, des questions orientées sur des a priori très négatifs sur l’Europe, sur le Royaume-Unis aussi et au stade où j’en suis, je ne suis plus surpris par ce genre de questions. D’autres étaient surprenantes, dans le bon sens, avec de l’intérêt et de bonnes connaissances, donc c’était positif ».

« On va tous voter »

L’expérience fut positive aussi pour les détenus que nous avons rencontrés : « Ça nous permet de s’occuper, de parler d’autres choses, de s’informer sur ce qui se passe dehors », explique Axel*. « Oui je vais voter bien évidemment, mais je ne sais pas encore pour qui », affirme Houcine. « On va tous voter, je savais même pas qu’il y avait 34 listes. En tout cas ça fait plaisir, on a pu poser nos questions et avoir nos réponses », ajoute Lucas, qui a interrogé Thibaud Harrois sur la situation des entreprises françaises installées en Angleterre. Et dans les intentions de vote, presque tous les candidats étaient représentés.

* les prénoms ont été modifiées