Pratiques culturelles des Français : les concerts de musique classique attirent de moins en moins

Publiée tous les dix ans par le ministère de la Culture, la dernière étude sur les pratiques des français montrent que de moins en moins de personnes sont allées à un concert de musique classique. En revanche, l'écoute quotidienne de musique, tous styles confondus, est en forte hausse.

Pratiques culturelles des Français : les concerts de musique classique attirent de moins en moins
Une partie des musiciens de l'Orchestre de Paris sur la scène de la Grande salle de la Philharmonie lors d'un concert post-confinement sans public, © AFP / FRANCOIS GUILLOT

Cela fait maintenant un demi-siècle que le ministère de la Culture publie tous les dix ans environ, une grande étude sur les pratiques culturelles des français. Réalisée de février 2018 à mars 2019 avec un échantillon de 9 200 personnes de plus de 15 ans (elles étaient 5 000 en 2008), cette sixième édition est riche en enseignements concernant les grandes mutations de ces dernières années, en particulier avec la montée en puissance du numérique. 

Qui va au cinéma, au théâtre, dans les musées ou à la bibliothèque, et à quelle fréquence ? Quels sont les usages en déclin et ceux en fortes hausse ? Voici ce à quoi répond cette étude réalisée par le département des études, de la prospective et des statistiques du ministère de la Culture. La première grosse tendance que les auteurs font émerger, c'est la place croissante qu'occupe la culture dans la vie des Français, tout âge, milieu social ou situation géographique confondus.

Les sociologues du ministère expliquent cette hausse par le formidable essor du numérique ces dix dernières années. L'écoute de la musique en ligne, le visionnage de vidéos sur des plateformes de type Netflix et Youtube, ou encore les jeux vidéos occupent désormais une place prépondérante dans la vie de la plupart des français. Malgré tout, ce constat révèle également une importante fracture entre la culture dite patrimoniale (aller au concert, au cinéma, visiter une exposition ou un lieu du patrimoine) et celle dite numérique. 

La première connaît globalement un recul tandis que la seconde a explosé, et particulièrement chez les moins de 35 ans. Ces deux mondes vivent d'ailleurs leurs vies de façon parallèle, sans vraiment se croiser. Et c'est principalement la hausse de la culture numérique qui explique la stagnation, voire la baisse de certains usages de la culture patrimoniale. 

Le domaine de la musique est un exemple révélateur. Jamais autant de Français n'ont écouté de la musique, tous styles confondus. 81% des sondés déclarent écouter de la musique (hors radio), et 57% disent le faire tous les jours. Ils n'étaient que 34% en 2008, et 9% en 1973. Une pratique qui a explosé avec l'arrivée des plateformes de streaming audio comme Spotify ou Deezer. 

En parallèle, ils sont un peu moins nombreux à s'être rendus dans un concert de rock ou de jazz (11% en 2018 contre 13% en 1997). Idem pour la musique classique, dont la fréquentation des concerts continue de baisser. Seulement 6% des personnes interrogées y sont allées, elles étaient 9% en 1997. 

L'étude confirme également le vieillissement des spectateurs des concerts de musique classique, principalement représentée par la génération du baby-boom, qui est celle qui a le plus fréquenté les concerts classique, tendance que l'on observait déjà lors des précédentes études. Plus grave, les 15-28 ans ne sont que 2% à s'être rendus dans une salle de concert pour écouter de la musique classique dans le courant de l'année. Chiffre qui n'a jamais été aussi bas. Enfin l'étude confirme que ce sont toujours les milieux aisés et les plus diplômés qui constituent la majorité des spectateurs. 

Seuls les concerts de variété connaissent une hausse de leur fréquentation, portée par l'essor du rap. L'étude montre que ce ne sont plus les générations des 15-24 ans (10% en 2018) qui fréquentent majoritairement ces concerts, mais les 40-59 ans (19%). Enfin les festivals de musique poursuivent leur progression : 8% s'y rendaient en 1973, et 19% en 2018. Une pratique culturelle en hausse à tous les âges mais particulièrement chez les plus de 40 ans. 

Autre enseignement intéressant de cette étude, la pratique amateur d'un art est en baisse. 39% des personnes interrogées disent avoir une activité artistique régulière. Concernant la pratique musicale amateur seule ou en groupe, ils étaient 20% en 1988 et ne sont plus que 11% en 2018. Des pratiquants de moins en moins jeunes, de plus en plus féminins et plus en plus aisés, soulignent les auteurs. 

Enfin, l'étude révèle le formidable essor du jeu vidéo, la bonne santé des salles de cinéma, le déclin inexorable de la lecture et la désertion de la radio par les plus jeunes. Des enseignements qui devraient être autant de pistes pour Roselyne Bachelot, nouvelle ministre de la Culture, pour tenter de faire repartir un milieu qui souffre énormément des conséquences de la crise du coronavirus.