Portrait du Fauteuil n°38 de l’Athénée - Théâtre Louis-Jouvet

Velours rouge, pieds sculptés et vernis, léger embonpoint au niveau du siège, fauteuil n°38, né en 1893 à la Comédie-Parisienne (actuel théâtre de l’Athénée), est rayonnant, malgré ses près de 120 ans. Après quelques opérations, et une remise en forme complète en 1996, il déclare pouvoir assumer son service de fauteuil pour de nombreuses années. Portrait.

Portrait du Fauteuil n°38 de l’Athénée - Théâtre Louis-Jouvet
Visuel Athénée 603 380

Fauteuil n°38 se souvient de tout : son père, fauteuil d’orchestre n°120, sa mère, chaise de balcon n°10, son enfance à la Comédie-Parisienne, les belles années Louis Jouvet, les grandes transformations du théâtre… Aujourd’hui, il se prépare à recevoir les spectateurs de la Grande Duchesse, l’opéra bouffe d’Offenbach monté par la compagnie Les Brigands du 12 décembre au 5 janvier.

Mémoire de bois, il se rappelle ses parents, ce qu’ils lui ont conté de leur vie parisienne. Fraîchement arrivés à Paris, ils s’installent rue Boudreau en 1883, dans l’Eden-Théâtre qui vient d’ouvrir ses portes. Années fastes dans un édifice colossal, surnommé « bazar des mille et une nuit s » ou encore « gouffre de la rue Bourdeau ».
Au jeune fauteuil n°38, ils racontent les couleurs des spectacles orientaux, les riches heures de Charles Lamoureux, qui fait de l’Eden-théâtre un temple de la musique wagnérienne. Ils narrent aussi le souvenir des troubles liés à la création française de *Lohengrin*, en 1887, et la peur de voir leur vie arrachée par les spectateurs en colère.

Décors de Lohengrin à l'Eden-Théâtre (crédits : BnF )
Décors de Lohengrin à l'Eden-Théâtre (crédits : BnF )

Né en 1893, Fauteuil n°38 passe les premières années de sa vie aux côtés de ses parents, qui demeurent à l’Eden-Théâtre. La Comédie-Parisienne, où il vit alors, est une salle construite dans l’ancien foyer du théâtre parental. Plus intimiste, sa façade est située elle aussi rue Boudreau.

Le drame arrive en 1895 : après de nombreuses fermetures, l’Eden-Théâtre, un temps rebaptisé « Grand-Théâtre », est détruit, pour faire place à l’actuel square de l’opéra. Les parents de fauteuil n°38 disparaissent. Dans le même temps, la Comédie-Parisienne est renommée « Athénée-Comique », et sa façade est déplacée de la rue Boudreau au square de l’Opéra.

Aux sombres souvenirs de Fauteuil n°38 succèdent ensuite les grands bonheurs, à commencer par la période Louis Jouvet, de 1934 à 1951. L’homme sait tout du théâtre, pour en avoir assumé de nombreuses fonctions. Tour à tour machiniste, costumier, peintre, et éclairagiste, il passe plus de temps que quiconque en compagnie de Fauteuil n°38. A l’Athénée, Louis Jouvet assure la renommée du théâtre, et défend tant la création contemporaine que la redécouverte du théâtre classique.

Louis Jouvet dans Knock
Louis Jouvet dans Knock

Fauteuil n°38 se souvient aussi de la succession de Louis Jouvet, et des directions de Françoise Grammont, de Françoise Spira, ou encore de Pierre Renoir. Devant lui se produisent les plus grands : Jean Marais, Pierre Dux,Pierre Brasseur … Vint ensuite la direction de Pierre Bergé, et la tutelle de l’Etat, pour un franc symbolique, en 1982.

Une seconde vie commence pour lui en 1996, à l’occasion du centenaire du théâtre. Pour retrouver la splendeur des lieux, Patrice Martinet fait rénover l’ensemble du bâtiment, dont les fauteuils. Remis à neuf, fauteuil n°38 regarde l’avenir avec beaucoup de sérénité.

Cette saison, Fauteuil n°38 n’a pas l’occasion de chômer. La saison de l’Athénée – Théâtre Louis-Jouvet a commencé le 25 septembre dernier, avec la représentation de Pierrot Lunaire de Schoenberg, et Paroles et musique, un texte de Beckett. A partir de décembre, la Compagnie Les Brigands s'y produit dans La Grande Duchesse, sur La Grande Duchesse de Gerolstein, de Jacques Offenbach. Parmi ses projets, fauteuil n°38 sera très bientôt au centre d’une campagne de publicité de France Musique visant à promouvoir la réécoute des émissions et des concerts sur son site Internet.

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