Portrait de Victorien Vanoosten : « ​Je ne saurais pas expliquer pourquoi le métier de chef d’orchestre m’a toujours attiré »

A l’occasion de l’édition 2016 des Talents chefs d’orchestre organisée par l’Adami le lundi 10 octobre à l'Auditorium de la Maison de la Radio, France Musique dresse les portraits des trois lauréats. Découvrez Victorien Vanoosten, chef d’orchestre de 32 ans.

Portrait de Victorien Vanoosten : « ​Je ne saurais pas expliquer pourquoi le métier de chef d’orchestre m’a toujours attiré »
Victorien Vanoosten, 31 ans, au sortir de la première épreuve du concours. (© Victor Tribot Laspière / France Musique)

Chef d’orchestre et pianiste, Victorien Vanoosten est actuellement chef assistant de Lawrence Foster à l’Opéra de Marseille. Passé par le CNSM de Paris où il obtient ses diplômes de piano, d'accompagnement vocal, d'écriture, de pédagogie et de direction d’orchestre, il a étudié la direction auprès des plus grands : Esa-Pekka Salonen, Alain Altinoglu, Peter Eötvos, Susanna Mälkki et Mikko Franck. Il s’est produit dans de nombreuses salles françaises et internationales et a été choisi par la Philharmonie de Paris pour s’occuper des orchestres Demos de la région PACA.

France Musique : Vous souvenez-vous le moment où vous avez su que vous vouliez devenir chef d’orchestre ?

Victorien Vanoosten : Ma première expérience en orchestre s’est passée à l’âge de 10 ans alors que je jouais du cor à l’époque. Très naïvement, je suis allé voir le directeur de mon conservatoire pour lui demander si je pouvais diriger. Il m’a évidemment répondu qu’il fallait que j’attende un petit peu, que je travaille mon solfège, mais il ne m’avait pas du tout découragé. Et c’est toujours resté dans un coin de ma tête. Je me suis par la suite plongé dans mes études de piano. C’est un travail très solitaire et cela me plaisait beaucoup de pouvoir jouer un des seuls instruments qui permet de jouer toutes les voix, toute l’harmonie d’un orchestre.

​Je ne saurais pas expliquer pourquoi le métier de chef d’orchestre m’a toujours attiré. Je crois qu’on le sait au fond de nous, il faut juste s’en rendre compte. C’est presque inévitable.

Il faut d’ailleurs une bonne part d’inconscience pour avoir envie de se retrouver face à 100 voire 200 personnes à l’opéra et d’avoir la responsabilité de des diriger (rires). Je ne pense pas être quelqu’un d’extraverti pourtant je n’ai de pas de problème à monter au podium.

Vous avez obtenu de nombreux prix et diplômes au conservatoire : piano, accompagnement, vocal, pédagogie, etc. Cette multitude de compétences a-t-elle nourri votre façon de diriger ?

J’ai toujours estimé que la direction d’orchestre est un aboutissement de toutes les connaissances qu’on engrange. J’ai commencé les études de direction à l’âge de 23 ans, ce qui est plutôt tard dans le métier. J’ai senti que j’avais suffisamment d’expérience grâce aux différents domaines dans lesquels je me suis consacré pour aller plus loin.

Je crois qu’il faut un bon bagage pour avoir la prétention de se présenter devant un orchestre en ayant des idées musicales. J’ai donc commencé la direction au conservatoire, puis au CNSM. Et c’est évidemment grâce aux rencontres que l’on fait que l’on apprend le plus. Je suis allé par la suite étudier à Helsinki, un séjour qui a été très important dans ma vision des choses. Ces différentes compétences m’ont également permis d’obtenir mon poste actuel, celui d’assistant à l’Opéra de Marseille. Le concours d’entrée était assez particulier parce qu’il y avait une épreuve de piano. Il fallait jouer un acte entier de Tristan et Isolde, des passages d’ Elektra tout en chantant les paroles. Le bagage qui était le mien m’a évidemment beaucoup servi pour remporter le concours.

Ces nombreuses expériences ont dû enrichir votre vision du rôle du chef d’orchestre, quelles sont les principaux enseignements que vous en tirez ?

Je pense être actuellement à un tout petit degré de compréhension de ce que doit être un chef. Cela a beaucoup évolué depuis mes débuts et je sais que les choses auront encore beaucoup changé dans 10 ans. Grâce à mes années de pratique du piano, je savais qu’une grande marge de progression était possible à condition de travailler très dur. La difficulté avec la direction, c’est que l’on travaille le plus souvent seul, sans son instrument qu’est l’orchestre.

Je pense être actuellement à un tout petit degré de compréhension de ce que doit être un chef.

D’un point de vue émotionnel, j’ai appris énormément de choses ces dernières années, notamment sur l’aspect « gestion humaine ». Par exemple lorsque je travaillais mon piano, j’étais très opiniâtre. Quand quelque chose ne fonctionnait pas, je réfléchissais pour trouver des moyens et je travaillais sans relâche jusqu’à avoir réglé le problème. Devant un orchestre, les choses sont très différentes. Il faut savoir comprendre les gens et ce n’est pas toujours facile. J’ai découvert qu’on obtient beaucoup plus de résultats en essayant de comprendre, plutôt qu’en faisant retravailler inlassablement un même passage ou en forçant les choses. C'est souvent le défaut que nous pouvons avoir, nous les jeunes chefs. Depuis j’ai appris à laisser passer des choses, à ne pas faire remarquer tout ce qui n’allait pas car on sait que cela va se régler. Il faut faire confiance aux musiciens qui savent autant que nous lorsqu’il y a un problème. Notre rôle se situe au-delà.

Vous travaillez actuellement à l’Opéra de Marseille, arrivez-vous à expliquer pourquoi c’est un domaine dans lequel vous vous sentez si bien ?

L’opéra, c’est mon rêve, c’est ma vie ! C’est l’art absolu. Surtout à Marseille où l’opéra est resté un art très populaire. Ici, le public aime la voix, les places sont très peu chères. J’adore travailler à l’opéra parce que tout peut arriver. Des problèmes techniques qu’il faut savoir régler rapidement, mais aussi le fait que les chanteurs n’auront jamais la même façon de chanter que la veille. Un soir de grande forme, ils peuvent tenir une note plus longtemps, les mouvements sur scène seront différents et les tempos devront s’adapter à cela.

L’opéra, c’est mon rêve, c’est ma vie ! C’est l’art absolu.

J’aime cet état où tout le monde est extrêmement concentré dans le partage pour servir une œuvre. Et quand je disais que tout peut arriver, c’est vraiment le cas puisque samedi dernier (samedi 24 septembre, ndlr) alors que je m’apprêtais à venir assister à la répétition générale d’ Hamlet d’Ambroise Thomas (dont la première a lieu mardi 17 septembre, ndlr), opéra pour lequel je me suis occupé de nombreuses répétitions scéniques, mon maestro Lawrence Foster a eu un petit coup de fatigue. Rien de grave mais il n’avait pas la force de diriger. Je suis arrivé au dernier moment parce que tout était déjà réglé et à un quart d’heure du début de la représentation, on vient me chercher pour me demander de diriger. J’étais en baskets rouges, j’ai demandé au maestro la permission de lui emprunter sa baguette et je suis parti dans la fosse. Ca a été une soirée incroyable parce que totalement imprévue et tout s’est bien passé parce que j’avais déjà beaucoup travaillé lors des répétitions. Pour me remercier, Lawrence Foster m’a donné la représentation de ce soir (jeudi 29 septembre, ndlr). Cela restera longtemps gravé dans ma mémoire parce que c’est un événement assez rare et qui a permis de lancer plusieurs carrières donc je croise les doigts !

Parallèlement à vos activités à l’opéra, vous vous occupez également des orchestres Demos pour la région PACA. Qu’est-ce que cela vous apporte dans votre métier de chef d’orchestre ?

J’ai toujours été intéressé par la pédagogie. Je donne des cours depuis l’âge de 15 ans et j’ai toujours intégré à mes récitals de piano une partie explicative où je prends la parole pour donner des clés afin de mieux connaître l’œuvre. Je me retrouve totalement dans le projet Démos. On apprend aux enfants à découvrir la musique mais surtout à leur faire jouer de la musique. Ce que je vais dire peut paraître un peu fort, mais selon moi, Demos est l’un des exemples que l’on peut mettre en place pour combattre certaines dérives de la société. L’art, l’apprentissage, le respect, ce sont les meilleures réponses qu’on peut donner à ces enfants.

Démos est l’un des exemples que l’on peut mettre en place pour combattre certaines dérives de la société. L’art, l’apprentissage, le respect, ce sont les meilleures réponses qu’on peut donner à ces enfants.

Des enfants qui sont issus de milieux sociaux compliqués, qui n’ont pas la chance d’être entourés comme il le faudrait. Grâce à la musique et à la pratique orchestrale, ils apprennent à travailler ensemble, à s’écouter, etc. C’est d’ailleurs grâce aux enfants de Démos que j’ai vécu l’un de mes meilleurs souvenirs. C’était à Marseille lors du concert de fin d’année, nous jouions dans un magnifique théâtre, toutes les familles étaient présentes dans la salle. C’était plein à craquer. Dans les coulisses, les enfants étaient comme d’habitude, ne se rendant pas encore compte de ce qui allait se passer. Lorsqu’ils sont entrés sur scène sous un tonnerre d’applaudissements, j’ai vu leurs yeux s’ouvrir avec une expression qui voulait dire « c’est pour nous ça ? ». Ils ont joué avec une énergie et un engagement incroyable. C’était très émouvant de voir la fierté des parents et celle des enfants. La rentrée de Démos a lieu dans 15 jours et j’ai hâte de les retrouver.

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