Polémique Gautier Capuçon : le violoncelliste renonce à ses cachets

Son projet de tournée estivale dans de petits ou moyennes ville de France avait déclenché la polémique à la vue des importants montants que Gautier Capuçon réclamait, le violoncelliste annonce finalement qu'il jouera gratuitement. De nombreux musiciens s'étaient indignés de son manque de solidarité.

Polémique Gautier Capuçon : le violoncelliste renonce à ses cachets
Gautier Capuçon , © Getty / Brill

Son initiative avait fait beaucoup parlé. Le violoncelliste star Gautier Capuçon en tournée cet été dans les villes de France qui souhaitent l'accueillir afin de donner des récitals gratuits pour le public. Mais un article de La Lettre du musicien a déclenché la colère de nombreux musiciens sur les réseaux sociaux en révélant le montant des cachets demandés aux municipalités par le musicien. 

Gautier Capuçon avait en effet mis en place un barème en fonction du nombre d'habitants dans les villes où il se produira. 2 800 euros pour les communes de moins de 3 000 habitants jusqu'à 9 800 euros pour celles de plus de 60 000 âmes. Ce à quoi, il fallait ajouter l'hébergement du violoncelliste et de sa famille. Durement touchés par les conséquences de la pandémie, de nombreux musiciens se sont indignés des montants, très supérieurs aux cachets habituels. 

Le cachet minimum pour une représentation est effet fixé à 101,85€ bruts pour les musiciens classiques. Des montants qui peuvent aller jusqu'à 800€ par concert pour des solistes renommés, et évidemment au-delà pour les plus médiatisés d'entre eux. 

Devant la polémique, Gautier Capuçon a finalement renoncé à se faire payer et jouera gratuitement. Information dévoilée par le Parisien lundi 8 juin au soir. "J'ai compris que les petites communes n'avaient pas de budget alloué à la culture" a déclaré le violoncelliste au quotidien. Il prendra à ses frais l'ensemble de la tournée et a indiqué entendre "la souffrance du milieu de la culture, dévasté par la crise".

S'il a commencé par trouver l'initiative plutôt positive, Guilhem Fabre, pianiste, a vite déchanté quand il a appris le montant des cachets. Le pianiste et directeur artistique d'Unopia, un projet de concerts itinérants dans les zones géographiques où il y a peu d'offre musicale, a été dérangé par "l'opération de communication" menée par Gautier Capuçon. "Sa tournée est présentée comme quelque chose d'extraordinaire parce qu'il va jouer dans des petites villes mais nous sommes déjà nombreux à organiser des concerts de ce type. Alors que l'on parle du monde d'après, c'est assez dingue de constater la pauvreté artistique de ce qu'il propose : les grands tubes du violoncelle, accompagné par un iPad. C'est l'inverse de que l'on essaie de faire avec Unopia, où l'on mise sur une programmation différente" explique Guilhem Fabre

C'est l'autre élément qui a fait grincer les dents de nombreux musiciens classiques, le fait que Gautier Capuçon parte en tournée avec un iPad, et non pas un ou une pianiste. "Dans une petite commune, faire venir un piano constitue un coût supplémentaire important" s'est défendu le violoncelliste dans l'article du Parisien.

Les concerts Unopia avec camion-scène, un piano, des décors et quatre musiciens sont vendus 2 500 euros aux communes ou festivals. "Les musiciens vont toucher environ 250€ nets, un cachet qui correspond aux heures de répétition et à la représentation.Ca peut aller jusqu'à 400€ en fonction du musicien et des conditions. Même si je n'ai rien contre le talent de Gautier Capuçon, les cachets qu'il demande, en lien avec la pauvreté du dispositif artistique, est vraiment dingue" rétorque Guilhem Fabre. 

Au-delà de l'importance des cachets qu'il demandait, c'est surtout le manque de solidarité de Gautier Capuçon avec les musiciens classique qui est pointé du doigt. Les jeunes musiciens dont la carrière démarre, les musiciens confirmés qui ont vu tous leurs concerts annulés les uns après les autres, etc. Les mois à venir vont être compliqués pour la plupart d'entre eux. Guilhem Fabre a lui accepté de revoir à la baisse ses cachets, "l'important c'est de faire ce qu'on aime, de jouer le plus possible". Intermittent, il peut pour l'instant bénéficier des dispositifs de soutien mis en place par le gouvernement. "Les indemnités que je perçois actuellement représentent 85% de mon loyer, donc il ne va pas falloir que ça dure trop longtemps" s'inquiète-t-il.

Avec son projet Unopia, le camion-scène devrait pouvoir rapidement reprendre la route. Une vingtaine de concerts devraient être maintenus à partir de la fin du mois de juin. La jauge du public sera revue à la baisse, et les chaises seront désinfectées toutes les 30 minutes.