Polémique autour du cachet d’une chanteuse au festival de Beaune

Dans une lettre ouverte, la contralto Sacha Hatala s’est indignée des conditions de son engagement lors d’un concert au festival de Beaune. Selon elle, le cachet recouvrait à peine ses frais de transport et d’hébergement et s'estime "arnaquée". La direction du festival lui répond.

Polémique autour du cachet d’une chanteuse au festival de Beaune
Gargouille des Hospices de Beaune, lieu du festival international de musique baroque et romantique de Beaune, © Radio France / Guillaume Decalf

C’est dans le train, de retour du festival international de musique baroque et romantique de Beaune (Côte-d’Or), que Sacha Hatala a écrit sa lettre ouverte. Sous le coup de « l’écoeurement » comme elle le reconnaît, la contralto a tenu à dénoncer les conditions de son engagement dans l’opéra Mitridate de Scarlatti, donné ce vendredi 21 juillet. « Je viens tout juste de me "faire arnaquer" » commence-t-elle, en expliquant vouloir se tourner vers le public afin « de tenter la sauvegarde du minimum de dignité nécessaire à la poursuite de mon métier de chanteuse lyrique ».

Sacha Hatala explique qu’une fois les frais de transport et d’hébergement retirés de son cachet (800€ brut soit 616€ net), il ne lui est resté que 256,47€ pour « trois jours de répétitions et quatre heures de concert ». La contralto d’origine slovaque, qui réside à Vannes et devait donc se déplacer et se loger à Paris où avaient lieu les répétitions, explique avoir « préféré jeûner pendant quatre jours, pour essayer de ne pas revenir les mains totalement vides face à [ses] trois garçons en bas âge et face à [son] époux ». Sacha Hatala se pose la question de la légalité d’un tel contrat, qui ne prendrait pas en charge les déplacements et hébergements de l’artiste.

Contactée par téléphone, la chanteuse explique que ce qui lui est arrivé est « révélateur de ce qui passe dans le métier. Nous sommes contraints de jouer avec les défraiements pour se payer ». Sacha Hatala parle d’un milieu où la plupart des artistes vivent dans une grande précarité et subissent la concurrence des « jeunes artistes prêts à jouer quasi gratuitement pour se faire les armes et un nom ».

Interpellée par la lettre ouverte de la contralto, la direction du festival de Beaune a tenu à lui répondre avec une lettre signée de Kader Hassissi, directeur de la manifestation. Point par point, il répond à la chanteuse en insistant sur le fait que Sacha Hatala n’avait visiblement pas pris soin de lire son contrat, ni de transmettre les « informations nécessaires pour [sa] rédaction définitive ». Le directeur s’étonne de constater que la chanteuse ne leur ait pas signalé qu’elle n’habitait pas Paris et qu’elle ait dû se loger par ses propres moyens alors qu’un hôtel avait été réservé pour les artistes non-parisiens.

Kader Hassissi poursuit en expliquant qu’à aucun moment Sacha Hatala n’a fait une demande « d’une quelconque prise en charge » des transports par le festival. Là encore, le festival ignorant l’adresse de la chanteuse, le contrat a été appliqué comme si elle était parisienne. Le transport étant donc à la charge des artistes résidant à Paris.

En ce qui concerne le montant du cachet (800€ brut), le festival se justifie en rappelant que le rôle de Pelopida, incarné par Sacha Hatala, est un « petit rôle » comportant un air de 2 minutes et quelques récitatifs. La lettre se conclut en rappelant que depuis 35 ans, le festival a engagé des centaines d’artistes et « qu’aucun des contrats établis n’a entraîné de contestation […]. Le festival ne saurait être tenu pour responsable de votre (Sacha Hatala, ndlr) propre silence et dénonce avec force vos propos quasi diffamatoires ».

Kader Hassissi a depuis proposé de prendre en charge l’intégralité des frais engagés par la chanteuse. Sacha Hatala reconnaît ne pas avoir bien pris le temps de lire son contrat en affirmant « préférer user de ce temps pour travailler la musique » car les plannings sont chargés pendant les festivals d’été.