Point sur la grève à Radio France

Le mouvement social débuté jeudi 19 mars continue de perturber les antennes de Radio France, dont celle de France Musique. Explications sur les raisons de cette grève.

Point sur la grève à Radio France
Maison de la Radio, © Radio France

Voilà maintenant 9 jours que l'antenne de France Musique est perturbée quasi quotidiennement et tout porte à croire qu'elle le sera encore un 10e jour. Suite à une nouvelle assemblée générale, les salariés grévistes ont voté pour la poursuite de la grève jusqu'à aujourd'hui vendredi 27 mars. Une décision prise au lendemain d'une rencontre entre une délégation syndicale de Radio France et le ministère de la Culture et qui n'a visiblement pas comblé les attentes. L'intersyndicale a estimé que le cabinet de Fleur Pellerin et la direction de la Maison de la Radio se renvoient la balle et que personne n'ose prendre ses responsabilités.

Ils font en partie référence à la déclaration de la ministre mercredi à l'assemblée nationale qui rejette la faute sur le "gouvernement Fillon " qui s'était "engagé à augmenter de 13% sur 4 ans les moyens de Radio France " alors que les "ressources n'étaient pas disponibles ". Fleur Pellerin a aussi rappelé que l'Etat ayant "besoin d'exemplarité ", le gouvernement avait demandé à l'Inspection générale des Finances d'enquêter sur "les dépenses de train de vie de la présidence de Radio France ", en référence aux révélations sur les frais de rénovation du bureau de Mathieu Gallet et l'embauche d'un expert en communication.

Le président de Radio France était d'ailleurs convoqué au ministère ce jeudi 25 mars et il a été sommé de rendre sous 15 jours un plan stratégique pour le groupe comprenant des "propositions précises et fermes ", chose qui n'était pas le cas pour Fleur Pellerin afin d'élaborer le COM (contrat d'objectifs et de moyens). La ministre s'est également dite "préoccupée par ce mouvement qui dure ".

Des déclarations qui pour les syndicats indiquent que le gouvernement n'a aucunement l'intention d'accorder à Radio France la moindre rallonge budgétaire alors que le groupe connaît un déficit de 21 millions d'euros pour 2015.

La direction estime pour sa part être coincée entre la baisse des dotations de l'Etat et les charges croissantes. Parmi les pistes envisagées pour faire des économies, Mathieu Gallet a évoqué la monétisation des podcasts, la fin de la diffusion en longues ou moyennes ondes, l'élargissement des annonceurs publicitaires ou encore le transfert de l'Orchestre national de France au Théâtre des Champs-Elysées. Une idée qui a été réfutée par la Caisse des Dépôts, principal financeur du théâtre parisien, et qui déclare ne pas avoir été consultée en ce sens.

La fermeture d'antennes comme France Musique ou Fip a, selon les syndicats, été également envisagée avant d'être rapidement démentie par la direction de Radio France. En revanche, le président du groupe a confirmé en CCE extraordinaire son intention de mettre en place un plan de départs volontaires pour 200 à 300 salariés seniors. Une annonce aussitôt rejetée par la CGT.

Afin de mieux expliquer aux auditeurs, les sociétés de producteurs de France Inter, France Culture et France Musique ont conjointement signés une lettre ouverte à destination des auditeurs.

«Cette grève est pour vous

«Lettre ouverte aux auditeurs de Radio France,

«Nous sommes les voix qui, chaque jour, s’adressent à vos oreilles. A travers nos émissions, nos interviews, chroniques, reportages, documentaires, nous tentons au mieux de faire vivre les missions de la radio publique : "informer, éduquer, divertir". Nous, équipes de production des émissions de Radio France (animateurs, reporters, collaborateurs, chroniqueurs…) partageons les inquiétudes de l’ensemble des personnels de Radio France mobilisés depuis le 19 mars.

«Ce mouvement de grève a pour objet de défendre les radios de service public, et non des intérêts particuliers ou corporatistes. L’engagement budgétaire non tenu par l’Etat entraîne aujourd’hui un déficit grave qui menace l’existence de la radio telle que vous l’aimez et que vous la financez à travers la redevance audiovisuelle.

«Nous sommes consternés de voir les travaux de rénovation de la Maison de la radio si mal encadrés et si mal gérés, occasionnant le surcoût exorbitant que vous connaissez. Vos impôts, vos programmes et vos oreilles, doivent-ils payer pour cette incompétence? Le service public n’a ni la vocation, ni la possibilité d’être rentable. Or, cela semble être aujourd’hui la logique insidieuse de la présidence de Radio France et, au-delà, celle de sa tutelle, le ministère de la Culture.

«Conscients du contexte de crise économique et des efforts nécessaires, nous soulignons que de lourds sacrifices ont déjà été réalisés (en témoigne la baisse de 87,5 millions d’euros du budget entre 2010 et 2014).Une idée fausse voudrait que Radio France soit un lieu de gabegie, de privilèges et d’intérêts corporatistes. Savez-vous pourtant que la majorité des voix que vous entendez quotidiennement travaille dans le cadre de contrats saisonniers et précaires?

«Comment continuer à produire de la radio de qualité quand les moyens matériels (studios, salles de montage, camions-régie…) sont constamment rognés? Comment faire entendre les réalités d’un pays quand la plupart des émissions ne peuvent plus, faute de budget, envoyer de reporters au-delà du périphérique parisien?

«Comment conserver notre indépendance –celle à laquelle vous avez droit– quand se multiplient sur les antennes des partenariats ou des publicités plus ou moins déguisées? Si l’on suit la logique actuelle, la radio de demain ce sera: moins de reportages, moins de documentaires, moins de débats vraiment critiques, moins de concerts… Bref, une radio standardisée, calquée sur l’actualité ou sur les goûts majoritaires, une radio au rabais.

«Nous aimons passionnément nos métiers et, au nom de la confiance que vous nous témoignez, nous nous efforçons de travailler avec le plus de sérieux et d’esprit de responsabilité. Toutefois, dans ce climat de travail en constante détérioration, nous estimons de notre devoir de vous informer des risques qui pèsent sur la radio publique française.»

Les sociétés de producteurs de France Culture, France Inter et France Musique

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