[PLAYLIST] La voix du Portugal

Mis à jour le jeudi 06 octobre 2016 à 16h31

Comme notre 14 Juillet révolutionnaire, le 25 Avril est une date clé dans l’histoire du Portugal. En effet le 25 Avril 1974 fut le point de départ de la chute de la dictature salazariste, en place depuis 1933. Symbole communément admis de cette révolution, le fado.

[PLAYLIST] La voix du Portugal
Alfama rooftops seen from Miradouro de Santa Luzia © John Harper/Corbis

L’*Estado Novo * de Salazar paralysait depuis bien des années la société portugaise, l’isolant toujours un peu plus de la scène internationale. De plus, les colonies (Mozambique, Angola, Guinée -Bissau, SaoTomé -et -Principe, Cap -Vert ) étaient en révolte depuis le début des années 1960, impliquant le régime essentiellement dans une vaine quête de pacification, au détriment de la métropole. C’est cette révolte coloniale qui mettra le feu aux poudres et déclenchera la chute du régime de Salazar.

Pourquoi ce surnom de « Révolution des Œillets » ? Car l’un des points de rassemblement de la population de Lisbonne le 25 Avril sera le marché aux fleurs, richement pourvu en œillets en cette saison. Ainsi, certains militaires porteront l’œillet sur les canons de leurs fusils en guise de symbole. Autre symbole de ce soulèvement historique : le fado. Il fut tout d'abord l'instrument du régime salazariste afin de manipuler le peuple en valorisant un chant triste, machiste et misérabiliste. C'est pourquoi certains artistes en 1974 en ont brûlé des archives et ont repris à leur compte ce genre populaire accaparé par le pouvoir depuis quarante ans.

Le fado serait pourtant né il y a environ deux siècles dans le port de Lisbonne, entre les marins et les prostituées, le Fado do marinheiro est d’ailleurs unanimement consacré comme le premier fado. Incarnation de chaque couche de la société grâce à sa vocation à « mettre en scène » une histoire propre. L’histoire du fado s’est donc composée au fil des textes et des chanteurs. Ainsi par exemple au début du XXe siècle, il sera l’expression privilégiée de la lutte des classes, pour devenir durant la révolution de 1974, le symbole de l’émancipation de la société portugaise face à la dictature.

Etymologiquement, le terme de fado, vient du latin fatum, signifiant destin. Par ailleurs, fatum, vient de* fari * ou « dire ». Ainsi, chanter du fado c’est s’approprier son destin. Cependant, il restera longtemps l’apanage des maisons closes, tel le chant des sirènes attirant les hommes honnêtes sur les hauteurs du Bairro Alto. C’est dire le chemin qu’il a parcouru !

Traditionnellement, le fadode Lisboa est interprété par des femmes, et le XXe siècle retiendra la virtuosité de la grande Amalia Rodrigues. Néanmoins, il existe également une autre sorte de fado, celui de Coimbra, interprété exclusivement par des hommes car étroitement lié à des traditions académiques -tout de noir vêtus- à l’égard de l’uniforme imposé par l’université.

Petite sélection de différentes interprétations de fado venues de Lisbonne, de Coimbra ou d’ailleurs.

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