Quel Pie Jesu écouter ?

Après les 'Ave Maria', un autre tube toujours à propos pour les enterrements, les mariages ou pour les stars de la pop qui s’essayent au classique : le 'Pie Jesu'. Pourquoi cet extrait d’un Requiem est-il devenu si célèbre et quelle version préférez-vous entre Fauré, Duruflé ou encore Lloyd Webber ?

Quel Pie Jesu écouter ?
Après les Ave Maria, un autre tube toujours à propos pour les enterrements, les mariages ou pour les stars de la pop qui s’essayent au classique : le Pie Jesu, © Getty / GraphicaArtis/Getty Images

« Pie Jesu Domine », ce sont les derniers mots de la séquence du Dies irae qui constitue elle-même, traditionnellement, un passage de la Messe des morts ou Requiem. Le texte en est simple : 

Pie Jesu, Domine, dona eis requiem.   
Dona eis requiem sempiternam.
Pieux Jésus, Seigneur, donne-leur le repos.                                                                
Donne-leur le repos éternel.

Pourtant les choses se compliquent parce qu’on ne retrouve pas les paroles du Dies irae dans toutes les versions du Requiem. Poème médiéval aussi appelée « prose des morts », le Dies irae est en fait intégré à la tradition grégorienne au milieu du XIIIe siècle et son inspiration apocalyptique ne convient pas à tous les compositeurs. Certains feront donc le choix de ne pas l’intégrer à leur Requiem ou bien de ne conserver que ces derniers vers, plus apaisés, Pie Jesu domine. C’est le cas de Gabriel Fauré.

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La version « star » (Fauré)

Pour composer sa messe des morts, Fauré reprend en fait le « rite parisien » sur lequel Eustache du Caurroy avait déjà composé son Requiem au début du XVIIe siècle. Dans cette version de la messe, pas de Dies irae mais un motet pour le Pie Jesu : ça tombe bien, Fauré, organiste et agnostique, souhaite composer une œuvre qui ne soit pas un opéra terrifiant mais « une berceuse de la mort ».

C’est ainsi que je sens la mort : comme une délivrance heureuse, une aspiration au bonheur d’au-delà, plutôt que comme un passage douloureux

L’œuvre connut différentes versions, pour orgue ou pour orchestre, et le Pie Jesu fut donné, du vivant de Fauré, avec une voix d’enfant ou de soprano. Apaisement lumineux, un brin mélancolique, la ligne en est simple et pure. Ici on l’entend chanté sobrement par la jeune Angela Gheorghiu :

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Et pour comparer les versions du Requiem de Fauré, on peut écouter La Tribune des Critiques de Disques !

L’outsider (Duruflé)

Pour ceux qui veulent varier de Fauré, il y a la composition de Duruflé. Dans la même veine de musique française, le compositeur publie en 1947 son Requiem qui mêle héritage symphonique et chant grégorien. Une musique très sobre et personnelle au moment où Boulez et Messiaen s’aventurent dans d’autres modernités. 

Organiste à Saint-Étienne-du-Mont, Duruflé envisageait à la sortie de la guerre d’écrire une suite pour orgue autour de la Messe des morts mais l’œuvre s’amplifie jusqu’à comprendre un chœur, deux solistes, un orchestre et un orgue. Le compositeur, homme pieux et discret, écrit son œuvre en ayant en mémoire son père disparu peu de temps auparavant mais également les victimes de la guerre.

Ce Requiem (...) est souvent dramatique, ou rempli de résignation, ou d’espérance, ou d’épouvante, comme les paroles mêmes de l’Écriture qui servent à la liturgie. Il tend à traduire les sentiments humains devant leur terrifiante, inexplicable ou consolante destinée.

Pour le Pie Jesu ce n’est plus la voix innocente de la soprane ou du jeune garçon mais celle un peu plus sombre d’une mezzo-soprano qui s'associe à la ligne du violoncelle. Lyrique mais sobre, un peu dramatique dans sa deuxième partie, assurément un concurrent de choix pour la version de Fauré. En voici l’interprétation de Cecilia Bartoli : 

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La version « pop » (Lloyd Webber)

Moins de sobriété chez Andrew Lloyd Webber (né en 1948). Le populaire compositeur de Cats et de The Phantom of the Opera écrit un Requiem en 1985 dédié à son père décédé trois ans plus tôt. Pour la grande première à New York on retrouve à la baguette Lorin Maazel et comme ténor Plàcido Domingo, ce qui n’est quand même pas rien. L’œuvre, débordante et opératique, permet également de découvrir Sarah Brightman, la nouvelle femme du compositeur. 

La chanteuse, star pop à la voix lyrique, fera le succès du Pie Jesu, l’interprétant dans ses concerts où se pressent des milliers de fan. Repérant ce succès, des chanteurs d’opéras comme Barbara Hendricks, Anna Netrebko, ou encore Malena Ernman l’ont à leur tour enregistré. 

Duo angélique, légèrement sirupeux, Plàcido Domingo (encore lui !) en a gravé une version avec Jackie Evancho très richement réorchestrée avec chœur et introduction débordante. À consommer avec modération.

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La version tragique (Lili Boulanger)

Née en 1893, Lili Boulanger est fille de musiciens et reçoit ses premières leçons de piano de Fauré lui-même. Prodige précoce, son talent de compositrice est rapidement reconnu puisqu’elle est la première femme à recevoir le prix de Rome en 1913. Cependant elle est doit lutter contre une tuberculose intestinale qui se manifeste dès ses deux ans et qui la fait beaucoup souffrir. 

C'est une musique à l'éloquence discrète, et à la fin, de sérénité pure : le chromatisme du début faisant place à une luminosité doucement diatonique qui suggère de façon émouvante une jeune compositrice en paix avec elle-même face à la maladie mortelle (Nigel Simeone)

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En 1918 la compositrice sait qu’elle va bientôt mourir. Elle dicte à sa sœur Nadia son ultime chef-d'œuvre, un Pie Jesu qu’elle considère comme « un requiem pour elle-même ». Pourtant l’œuvre est très sobre et n’est pas écrite pour chœur, à la différence d’autres compositions plus tourmentées comme le Psaume 130 : Du fond de l’abîme. On y entend une voix de soprano (ici un jeune garçon), un quatuor à cordes, une harpe et un orgue. Véritablement tragique.

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