Philippe Sarde, un demi-siècle de musique de cinéma célébré au festival Lumière de Lyon

Mis à jour le jeudi 14 octobre 2021 à 18h01

Le Festival Lumière du film de Lyon fait cette année la part belle à un grand compositeur du 7e art : Philippe Sarde. Biberonné au chant lyrique par sa mère, c’est dans le cinéma qu’il fera toute sa carrière. Au point de rassembler les plus grands, de Sautet à Tavernier, en passant par Boisset.

Philippe Sarde, un demi-siècle de musique de cinéma célébré au festival Lumière de Lyon
Philippe Sarde a été ovationné par le monde du cinéma au Festival Lumière, mardi 12 octobre, à Lyon., © AFP / Nicolas Liponne

Le point commun entre Les Choses de la vie, La Grande Bouffe, La Guerre du feu ou Le Guignolo ? Ces films, parmi quelque deux cents autres, ont tous été mis en musique par Philippe Sarde, compositeur de tous les excès. Au cours de sa 13e édition qui prend place du 9 au 17 octobre, le festival Lumière de Lyon a rendu un vibrant hommage à cet homme qui se fait rare publiquement. Fidèle des réalisateurs Claude Sautet, Bertrand Tavernier, Pierre Granier-Defferre, Yves Boisset ou encore Jacques Doillon, il a traversé un demi-siècle de cinéma, travaillant aussi avec Jean-Jacques Annaud ou Roman Polanski.

Il a officiellement 73 ans mais « a beaucoup menti dans sa vie », a plaisanté le directeur du festival, Thierry Frémaux, en préambule d'une rencontre du musicien avec le public, mardi 12 octobre. Un jour, un journaliste lui rappelle sa date de naissance, le 21 juin 1948. Sarde lui soutient être né dix ans plus tard, ce qui lui aurait fait écrire la partition des Choses de la vie pour Claude Sautet, à l'âge de 11 ans. Un peu jeune. Quand le réalisateur vient le voir, un soir de 1969, Sarde a en réalité 21 ans. Il n'en reste pas moins d'une « précocité stupéfiante », considère Stéphane Lerouge, créateur d'une collection de disques sur le cinéma chez Universal Music.

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Fils d'une chanteuse lyrique, Philippe Sarde assiste très tôt aux répétitions à l'Opéra de Paris. Il grandit dans la musique et étudie au Conservatoire. Mais ce qui le fascine, c'est le cinéma. Son père, antiquaire, lui offre un projecteur, il visionne un vieux Fantômas. Le film est muet, il entreprend de le sonoriser, au piano. « J'ai compris alors que la musique pouvait transformer une scène », confie-t-il. Il n'aura de cesse, dès lors, d'être « scénariste musical » davantage que compositeur en intervenant sur le montage des films.

Un parcours éclectique mais toujours remarqué

Pour Coup de Torchon de Bertrand Tavernier, il fait changer la fin. « Elle n'allait pas du tout. J'ai dit à Bertrand : moi je vais te la construire musicalement, après tu monteras les images ». Pendant la rencontre au festival Lumière, la scène d'ouverture où Philippe Noiret allume un feu dans la savane africaine pour rassurer des enfants le temps d'une éclipse de soleil a été rediffusée, son visage projeté en ombre chinoise sur l'écran. Comme pour signer sa partition : un thème de thriller sur un rythme de tango. « L'un des fils rouges de son écriture, ce sont les grands mélanges : amalgamer des formations et des langages a priori incompatibles », analyse Stéphane Lerouge.

Dans César et Rosalie de Claude Sautet, un synthétiseur Moog est intégré à un orchestre. Pour Le Choix des armes d'Alain Corneau, Sarde inverse le schéma d'écriture traditionnel en plaçant deux contrebasses jazz solistes en avant d'un ensemble symphonique. « Changer d'univers, inlassablement, permet de ne pas se laisser enfermer dans un style, dans une cage. Le poison, c'est de faire toujours la même chose », estime le musicien qui a toujours refusé de céder à la mode du moment. Quitte à se fâcher avec Jean-Paul Belmondo : dans Le Guignolo de Georges Lautner, l'acteur voulait du disco pour la scène mythique où il survole Venise suspendu à un hélicoptère. Sarde impose une musique romantique, convaincu qu'elle vieillira mieux. Bebel refusera de retravailler avec lui.

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D'un extrême à l'autre, le compositeur convoque 220 musiciens pour La Guerre du feu de Jean-Jacques Annaud, avec le London Symphony Orchestra, les Percussions de Strasbourg et un chœur, mais peut aussi écrire pour une flûte seule dans Rêve de singe de Marco Ferreri. Il fait jouer Stan Getz, légende du saxophone ténor, pour Mort d'un pourri de Lautner.

Les années passant, celui qui a noué de grandes amitiés avec des cinéastes aujourd'hui disparus se trouve moins d'affinités avec la jeune génération. Très peu pour lui, le « sound design » des bandes originales « périmées en deux mois ». Des réalisateurs viennent encore le chercher, comme Bruno Podalydès ou Louis Garrel récemment. Mais « il y a un moment où il faut se dire qu'on a été au bout d'une certaine route », souffle-t-il.