Petite histoire de la 5ème symphonie de Beethoven

Beethoven, à l’honneur en ce moment à la Philharmonie de Paris avec l’exposition Ludwig van, a composé l’une des oeuvres les plus célèbres de la musique classique, sa 5ème symphonie, reconnaissable dès quatre premières notes.

Petite histoire de la 5ème symphonie de Beethoven
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Pom pom pom pooom. Pom pom pom pooom. La 5ème symphonie de Beethoven figure parmi les oeuvres les plus célèbres au monde. Se plonger dans son histoire, c’est comprendre pourquoi et comment Beethoven l’a composée et de quelle manière elle a été utilisée au fil des années pour devenir aussi connue.

Les débuts de cette oeuvre n’étaient pourtant pas des plus favorables. Nous sommes à Vienne, le 22 décembre 1808, au Theater an der Wien. Ludwig van Beethoven n’entend quasiment plus et va devoir assurer à la direction et au piano un programme très chargé pour une seule soirée. Sa 6ème symphonie, l’air Ah ! Perfido, le Gloria de sa messe en ut majeur, son 4ème concerto pour piano qu’il interprète, une petite pause puis, en seconde partie, la 5ème symphonie, le Sanctus et le Benedictus toujours de la messe en ut majeur, une improvisation au piano par Beethoven et, enfin, sa Fantaisie chorale.

Avec ce programme, la représentation dure plus de quatre heures et tourne au fiasco. La salle non chauffée par une froide soirée d’hiver joue beaucoup dans la difficulté pour le public d’apprécier les nouvelles oeuvres présentées par le compositeur, pianiste et maestro. L’orchestre n’y met pas du sien et, après une seule répétition, livre une performance désastreuse de la 5ème symphonie face à son compositeur, sourd et agacé.

Dans une lettre écrite en 1809, il raconte cette soirée ratée : « Les musiciens surtout étaient indignés quand par inadvertance une petite erreur dans le passage le plus simple du monde fut commise. J'imposai soudain le silence et criai à tue-tête : Reprenez ! »

De l’ombre à la célébrité

La 5ème de Beethoven passe inaperçue, jusqu’à ce qu’un homme prenne sa plume, Ernst Theodor Wilhem Hoffmann, plus connu sous le nom d’E.T.A. Hoffmann. Compositeur, romancier, dessinateur, critique musical, il publie en 1810 un essai intitulé La musique instrumentale de Beethoven, dans lequel on retrouve une critique de la 5ème symphonie.

Aucune oeuvre instrumentale de Beethoven ne corrobore toutes les précédentes avec autant d’affirmation que cette incomparable, excellente, méditative Symphonie en ut mineur. Sa longue critique associe le terme “romantique” à la musique du compositeur et prône le pouvoir expressif et émotionnel de la musique instrumentale de Beethoven. Pour lui, la 5ème symphonie représente l’ultime oeuvre du compositeur : « C’est irrésistible comme cette magnifique oeuvre transporte l’auditeur à travers des climats grandissant jusqu’au royaume spirituel de l’infini ».

Grâce à cette critique élogieuse, la 5ème de Beethoven commence à susciter la curiosité, avant de s’inscrire dans l’histoire.

Extrait du 3ème mouvement de la 5ème de Beethoven ©GettyImages
Extrait du 3ème mouvement de la 5ème de Beethoven ©GettyImages

Pompompom

Si cette symphonie devient célébrissime, c’est en grande partie grâce à sa très reconnaissable ouverture. « Le début le plus agressif dans une symphonie », a commenté le chef d’orchestre allemand Christoph Eschenbach. Un motif tellement imposant et caractéristique qu’il inspire plus tard d’autres compositeurs, comme Brahms pour le 2ème mouvement de son Requiem allemand, ou Mahler dans sa 5ème symphonie.

Écoutez le Mot du jour de Corinne Schneider “Pompompompom”

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le motif s’ancre dans la culture et dans la politique. Il sera utilisé par la BBC pour annoncer les émissions clandestines. Dès que les auditeurs entendent 4 coups de timbales, trois brefs et un long, ils reconnaissent le début de la 5ème de Beethoven ou - en langue morse - la lettre V de victoire. « Aucun compositeur avant Beethoven n’aura investi avec une symphonie une telle résonance politique », analyse le maestro John Eliot Gardiner.

La légende raconte que Beethoven aurait qualifié ce motif avec cette célèbre phrase : « Ainsi, le destin frappe à la porte », sans que personne ne le confirme. Depuis, chacun y va de son interprétation de ces premières notes symboliques. Un hymne à la liberté, un acte révolutionnaire ou romantique, personne ne peut dire ce que voulait Beethoven dans ces quelques mesures qui deviendront les plus célèbres de l’histoire de la musique.

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