Performance interdite pour l’Orchestre symphonique de Téhéran en raison de la présence de femmes dans ses rangs

L’Orchestre symphonique de Téhéran n’a pas pu interpréter l’hymne national iranien en marge d'une compétition de lutte en raison de la présence de musiciennes dans ses rangs. En Iran, les femmes ne peuvent accéder aux stades depuis la révolution de 1979.

 Performance interdite pour l’Orchestre symphonique de Téhéran en raison de la présence de femmes dans ses rangs
orchestre symphonique de téhéran mea

Le chef Ali Rahbari ne décolère pas. Alors que l’Orchestre symphonique de Téhéran devait interpréter, en marge d’un grand évènement sportif (un championnat international de lutte ), l’hymne national iranien, sa participation a été annulée 15 minutes avant en raison de la présence de femmes dans l’orchestre, et donc dans le stade.

Car si les musiciennes se produisent habituellement en Iran avec l'orchestre, elles ne peuvent - en tant que femmes - entrer dans l'enceinte d'un stade depuis la révolution islamique de 1979. Un assouplissement de cette restriction s'était esquissé en juin dernier, à l'occasion d'une rencontre de volley-ball entre l'Iran et les Etats-Unis, rencontrant alors une vive opposition des ultra-conservateurs. Le président de la commission des affaires culturelles du parlement avait rétorqué : "Que vont voir les femmes qui sont autorisées à aller au stade ? Y a-t-il autre chose que le corps dénudé des hommes à cause des vêtements sportifs ? ".

Dans le cas de la présence des femmes dans l'orchestre, et donc dans le stade pour interpréter l'hymne iranien, la question semble avoir été vivement tranchée : “Tout d’un coup, ils ont annoncé que les femmes ne pouvaient jouer sur scène ” a déclaré Ali Rahbari à l’AFP, “J’étais choqué, et ai répondu qu’il m’était impossible d'accepter une telle insulte (...) on joue tous ensemble, ou on part ” a-t-il ajouté.

Si les femmes ne peuvent se produire seules sur scène depuis la révolution de 1979, c’est la première fois qu’une performance de la phalange iranienne est annulée à cause - indirectement - de sa composante féminine. Selon l’AFP, si le président iranien Hassan Rohani suit théoriquement les permis donnés aux artistes par le ministère de la culture, de nombreux concerts sont, dans les faits, annulés sans raison précise.

Toujours selon l’agence, les récentes annulations de concerts sont vues par certains Iraniens comme une tactique de pression de la frange ultra-conservatrice du pays sur le président Rohani, jugé modéré surtout vis-à-vis des États-Unis sur la question du programme nucléaire iranien. L’Ayatollah Ali Khamenei ne cesse depuis de répéter que l’Iran doit se protéger contre “l’infiltration” américaine.

Créé en 1937, l’Orchestre symphonique de Téhéran a connu une longue et riche histoire, marquée notamment par la figure de HeshmatSandjari, qui le dirige de 1960 à 1972 et accueille de grands artistes internationaux (Yehudi Menuhin, Isaac Stern, Zubin Mehta …). Après la révolution islamique de 1979, la direction de l’ensemble iranien est étroitement surveillée.

Né en Iran et formé en Europe, Alexander (Ali) Rahbari a dirigé l’orchestre de Téhéran pour la première fois en 2005 pour la 9ème symphonie de Beethoven, mais se voit contraint de démissionner après les vives attaques des conservateurs, qui l’accusent de promouvoir les valeurs occidentales. Il ne revint à sa direction qu’en 2013.

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