Paye ta note, le site qui dénonce le sexisme ordinaire dans la musique

Lundi 7 janvier, une musicienne a créé un site pour dénoncer de manière anonyme le sexisme ordinaire dans le monde de la musique. En quelques jours à peine, elle recevait déjà une cinquantaine de témoignages.

Paye ta note, le site qui dénonce le sexisme ordinaire dans la musique
Capture d'un message publié sur Paye ta note, le site qui dénonce le sexisme dans le monde de la musique., © Payetanote.com

« Elle joue bien ok, mais elle est mignonne ? ». Depuis le 7 janvier, on peut lire ce genre de témoignages sur le site Paye ta note, qui souhaite dénoncer le sexisme ordinaire dans le monde de la musique. Un sexisme discret, presque invisible, qui passe par des réflexions, des gestes ou comportements déplacés, condescendants ou à caractère sexuel. 

La fondatrice, Agathe Thorez (nom d’emprunt) pense à cette plateforme depuis plusieurs mois mais a eu un déclic en revenant de tournée : « Ce ne sont pas les propos tenus par les hommes qui m’ont motivé mais ceux des femmes qui les couvraient », affirme-t-elle. Un sexisme tellement bien intégré dans ce milieu que les femmes en deviennent parfois partie prenante. 

Un réseau puissant

De retour d’une tournée où ce constat était particulièrement présent, la jeune femme a donc décidé de lancer ce site et a reçu en quelques jours une cinquantaine de témoignages : « Pour le moment je publie tout, c’est comme une photographie, un espace d’expression libre et anonyme ». L’anonymat est respecté pour les personnes mentionnées dans les propos et pour celles qui témoignent. « On ne peut pas dénoncer dans notre milieu quand on est une femme car les scènes nationales, les programmes, les festivals et les salles sont montés en réseau, donc quelqu'un qui dénonce des propos ou du harcèlement sexuel risque de se faire “griller” », avance la fondatrice du site qui a souhaité rester anonyme elle aussi. 

Selon une étude de l’institut de sondage LH2 pour le Conseil supérieur de l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes, 80% des femmes confient avoir déjà été confrontées au sexisme sur leur lieu de travail. Il n’est donc pas étonnant de constater que le sexisme touche aussi le monde de la musique.

Les spécificités du monde de la musique

Mais il existe des spécificités liées à ce monde professionnel. Pour la musicienne à l’origine du site, le rapport à la scène peut être porteur de réflexions sexistes sur la tenue ou le comportement : « La scène transforme le rapport à la femme, on leur demande d'être sur-sexualisées, de jouer un rôle ultra féminin. Souvent on demande aux chanteuses d'être à la fois bonne chanteuse, bonne musicienne mais aussi l'objet de tous les fantasmes masculins dans la salle ». 

Un constat amplifié par les témoignages publiés sur le site, comme « Bon, toi tu es la chanteuse, donc tu dois être sexy » ou encore « Tu devrais mettre une robe pour chanter, ça serait mieux ». Des injonctions qui peuvent autant venir de personnes travaillant dans le milieu que de spectateurs. Une mentalité qui puise aussi ses racines dans les méthodes de communication des artistes aujourd’hui selon la créatrice du site : « Sur n’importe quel programme de festivals où l’on fait venir une soliste, les femmes sont en décolleté, en robe, certaines dans des positions lascives ». 

A qui la faute ? 

Pour elle, le problème ne vient pas des musiciennes mais du manque de représentation de femmes aux postes à responsabilité : « Si on avait davantage d’équilibre, on subirait moins ce rapport, cette omerta. Quand une femme recrute, elle va moins regarder la poitrine d’une artiste. On serait dans un autre rapport à l’image et cela permettrait aussi à certaines femmes de s’identifier ».

Le manque de modèles féminins serait aussi l’un des freins à l’accès des femmes aux postes à responsabilité, que ce soit au niveau de l’administratif (4 des 28 maisons d’opéra en France sont dirigées par des femmes), que sur la scène (en 2016, on comptait 21 cheffes d’orchestres pour 586 hommes en France). « Les femmes ne se sentent pas à leur place et cherchent une légitimité qui n’est pas apportée par l’histoire de la musique savante occidentale constituée d’hommes », avance Agathe Thorez.

Outre la dénonciation du sexisme, la musicienne souhaite aussi pouvoir aider les victimes car parmi les témoignages reçus, certains sont alarmants et relèvent plus du harcèlement ou de l’agression sexuelle, comme ce musicien d’orchestre qui commente l’arrivée d’une nouvelle recrue : « Pas mal la fournée cette année », avant de lui mettre la main aux fesses. Agathe Thorez va donc développer prochainement sur Paye ta note un espace où l’on pourra trouver des informations sur les démarches administratives ou juridiques à envisager si l’on est victime et que l’on souhaite dénoncer actes ou propos.