Paul Dukas : mais qui est-il vraiment ?

Compositeur autocritique et discret, célèbre surtout pour une de ses oeuvres, "l'Apprenti Sorcier", Paul Dukas demeure encore largement méconnu. Eclipsées par le poème symphonique, les oeuvres de Dukas, aussi riches que rares, témoignent d'une profonde intelligence musicale.

Paul Dukas : mais qui est-il vraiment ?
150 ans naissance de Paul Dukas

Un élève ordinaire

Né en 1865 au sein d’une famille de musiciens, c’est à quatorze ans que Paul Dukas  (1865-1935) entre au Conservatoire de Paris dans la classe d’harmonie de Théodore Dubois.  Elève ordinaire, il décide rapidement que le piano ne lui convient pas. Il abandonne cette formation et se tourne vers la classe de composition dirigée par le professeur Ernest Guiraud. Entre 1882 et 1889 Dukas se met au travail et compose une vingtaine d’œuvres qui rencontreront un faible succès. 

En 1888 il arrive second au Prix de Rome avec sa cantate intitulée Velléda. Encouragé par ce premier succès, il participe de nouveau au concours en 1889 avec une nouvelle cantate, Semelée. Cependant cette dernière sera rejetée  par le jury, malgré le soutien d'un de ses membres, Camille Saint-Saëns : « Gounod se mit en quatre pour m'empêcher de l'obtenir » écrit Dukas en 1899. 

Démotivé, Dukas décide de clore ses études et de rejoindre le régiment afin d'y effectuer son service militaire et de se livrer à « des occupations très antimusicales » selon lui.

Critique et compositeur autocritique

C’est à 25 ans que Paul Dukas  quitte le conservatoire. Dans un premier temps – pour des raisons financières – il se tourne vers la critique musicale dans les plus grands journaux de son temps, dont La Revue hebdomadaire, Minerve, La Chronique des arts, La Gazette des beaux-arts et Le Courrier musical. Critique prolifique, avisé et toujours mesuré, il devient une référence dans ce milieu et écrira entre 1892 et 1905 près de 400 articles, notamment sur l'art lyrique, genre qu'il affectionne particulièrement.

Il fait ses débuts de compositeur à Paris avec la création de l’ouverture de Polyceute écrite en 1891 par Charles Lamoureux.  Mais il faudra attendre 1897 avant qu’il ne rencontre un véritable succès populaire avec son célèbre l’Apprenti Sorcier, inspiré par le poème Der Zauberlehrling  de Goethe.  S’en suit avec succès son opéra Ariane et Barbe-Bleue créé à l’Opéra Comique en 1907.

Malgré le succès de ses oeuvres, ce sera en tant que compositeur de l'Apprenti Sorcier que le nom de Dukas restera gravé dans la mémoire collective du XXe siècle lorsque le poème symphonique est utilisé par Walt Disney comme bande originale pour son nouveau projet cinématographique révolutionnaire, Fantasia (1940).

De la critique à l'enseignement

En 1910, Dukas se lance dans l’enseignement et devient titulaire de la classe d’orchestre du Conservatoire de Paris, puis inspecteur de l’enseignement musical avant de diriger en 1928 la classe de composition et d’orchestration où il aura notamment pour élèves : Olivier Messiaen, Maurice Duruflé, Jean Hubeau, JehanAlain, Claude Arrieu, Yvonne Lefebure, Elsa Barraine et Georges Favre.

En 1912, Paul Dukas décide de ne plus publier sa musique, un choix ferme jusqu'à la fin de ses jours.Reconnu dans le monde musical comme un professeur et compositeur talentueux, son perfectionnisme le pousse, dans les années 1920, à détruire un grand nombre de ses partitions dont une seconde symphonie, un poème symphonique, une sonate pour piano et violon, un drame lyrique et deux ballets. Son dernier chef d’œuvre, le ballet La Péri créé en 1912, échappe de peu à la destruction grâce aux efforts de Vincent d'Indy. 

Si l'oeuvre de Dukas se résume aujourd'hui en seulement cinq heures de musique, sept œuvres principales dont Polyeucte, la Symphonie en ut, l'Apprenti sorcier, la Sonate pour piano, Ariane et Barbe-Bleue et La Péri, celle-ci fera l'unanimité par sa qualité et sa clarté. « Peu m'importe d'avoir l'air de ne rien faire si c'est pour mieux faire », écrira Dukas à d'Indy en 1894, critiqué par ce dernier de ne pas composer assez. 

Ainsi, Dukas marquera toute une génération par le perfectionnisme et l’élaboration à l’extrême de ses rares compositions : « L’œuvre de M. Dukas toute entière nous semble marquée comme l’effort continu d’une personnalité pour se dépasser elle-même, au sein d’un ordre supérieur où il ne subsiste plus que le souvenir sublimé, l’essence intellectuelle de ce qu’elle fut en tant qu’individualité immédiate  », écrit à son sujet le philosophe Gabriel Marcel.

Peu avant sa mort à Paris le 17 mai 1935, le compositeur modèste Paul Dukas laisse une dernière remarque cryptique à propos de son oeuvre musicale : « La bouteille que j'ai lancée à la mer ? Je ne m'illusionne guère sur le nombre de ceux qui auront déchiffré le message qu'elle contenait. »