"Pass sanitaire" : les festivals contraints de réagir dans l'urgence

Le 12 juillet, le président de la République annonçait l'obligation de présenter un "pass sanitaire" valide pour accéder aux lieux de culture accueillant plus de cinquante personnes. Les festivals réagissent dans l'urgence pour satisfaire à cette nouvelle obligation, effective dès le 21 juillet.

"Pass sanitaire" : les festivals contraints de réagir dans l'urgence
Les festivals s'adaptent dans l'urgence à l'exigence d'un pass sanitaire, obligatoire dès le 21 juillet., © Maxppp / Maxppp

« Le pass sanitaire me paraissait inéluctable. La question restait de savoir « quand » et « comment ». Pour le « quand », c’est arrivé très vite, et s’agissant du « comment », il y a beaucoup d’improvisation. » Directeur du festival Debussy à Argenton sur Creuse, Clément Sapin s’adapte aux dernières exigences gouvernementales annoncées lundi 12 juillet par le président de la République : la présentation obligatoire d’un pass sanitaire pour accéder aux lieux culturels accueillant plus de cinquante personnes. « Le décret n’est toujours pas sorti, et le festival commence dans quarante-huit heures », nous indiquait-il lundi 19 juillet.

Au festival de Beaune, les quelques jours précédant le prochain concert vendredi 23 juillet seront très intenses pour prévoir la meilleure organisation possible : « nous appliquerons les consignes strictement, et je ne doute pas que les gens seront tout à fait disciplinés ». La joie des retrouvailles après deux ans d’absence donne à la directrice artistique du festival Anne Blanchard toutes les raisons d’être rassurée quant à la mise en place du dispositif. Et on trouve la même confiance chez le directeur du festival du Chaillol, Michaël Dian, qui porte néanmoins une attention toute particulière à la communication et à la pédagogie autour de cette nouvelle restriction. « 80 % des spectateurs réservent en ligne. Nous leur adresserons un mail la veille du concert pour leur rappeler la nécessité de présenter le pass à l’entrée. Cela permettra d’éviter des situations de frustration ou de colère – nous voulons prévenir les émois. »

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Sous réserve de prescriptions ultérieures, cette nouvelle mesure permettra aux spectateurs d’assister aux concerts sans masques – une grande première depuis la reprise des spectacles l’été dernier. La promesse de sécurité garantie par cette restriction de libertés permettra un retour aux conditions habituelles, une fois le barrage passé : « je me dis au moins que le pass permettra de vivre un festival plus normal que l’an dernier », concède Clément Sapin

Un kit d'accompagnement et beaucoup de questions

Pour mettre en place ces nouvelles mesures, rien de plus simple a priori : il suffira aux organisateurs de télécharger l’application TousAntiCovid Verif, et de scanner les QR codes présentés par les festivaliers. Un « kit » proposé par le gouvernement accompagne les professionnels de l’événementiel pour cette opération.

Dans l’application pourtant, les choses ne sont pas si évidentes. « Le pass sanitaire nous oblige à mobiliser deux bénévoles supplémentaires à l’entrée », précise Anne Germain, directrice du festival Lyrique-en-mer à Belle-Île en mer. Une exigence parfois difficile à satisfaire, lorsque les ressources humaines sont déjà très limitées. Autre sujet technique handicapant, celui du réseau qui viendrait à manquer dans certains lieux reculés ou en altitude… rendant impossible toute vérification des pass sanitaires. « Cette préoccupation fait partie de la très longue liste de questions qui ne trouvent pour l’instant pas de réponses », nous indique Aurélie Foucher, déléguée générale de Profedim, le syndicat des producteurs, festivals, ensembles et diffuseurs indépendants de musique. Au festival itinérant de Chaillol, la direction devra s’adapter à un nouveau lieu pour chaque concert, sans compter sur l’habitude…

La peur d'exclure 

Derrière ces enjeux techniques et logistiques, la grande question de l’accès de tous aux concerts demeure et préoccupe les organisateurs qui se battent envers et contre tout depuis un an pour d’offrir leurs concerts à des publics les plus larges et variés possibles. « La mise en place du pass peut revêtir un aspect excluant et va à l’encontre de notre démarche, celle d’accueillir un maximum de personnes désireuses d’écouter de la musique », regrette Clément Sapin. Pour cette raison, le festival Debussy a immédiatement pris la décision de mettre en place un stand de tests antigéniques à l’entrée pour éviter à tout prix des renoncements à cause des difficultés que pourraient représenter la réalisation d’un test, parfois loin de chez soi.

Ce même choix a été opéré à Belle-Île en mer, même s’il suppose de nouvelles difficultés d’organisation : « nous attendons de pouvoir récupérer le matériel des tests et devons encore nous assurer d’obtenir les autorisations pour qu’ils soient valables. Nous avons sollicité l’hôpital, qui est déjà surchargé par la vaccination… », précise Anne Germain. Si tout se met en place correctement, les spectateurs qui voudront se faire tester avant le concert seront pris en charge une heure et demi en avance.

Heureusement, la majorité des spectateurs semble suivre et soutenir les festivals : à Chaillol comme à Argenton-sur-Creuse, les annulations déclarées après l’annonce du président de la République lundi 12 juillet restent marginales. Mais tous ne sont pas logés à la même enseigne ; Aurélie Foucher évoque un festival dans le Sud-Ouest qui a dû rembourser 200 places sur les 260 vendues… à quatre jours du concert seulement. « Les conditions n’étant plus les mêmes que celles prévues lors de la vente du billet, le remboursement paraît naturel… mais on ne sait pas si le fonds de compensation de billetterie et le fonds de soutien aux festivals prendra en charge cette nouvelle perte. Le frein porté aux réservations à venir est plus difficile à quantifier, mais on ne peut pas négliger non plus l’effet rebutant de ces mesures. »

Beaucoup de précipitation donc, qui laisse un goût amer : « cette nouvelle obligation crée énormément d’inquiétude et de complexité, surtout avec une mise en place au 21 juillet après une annonce le 15… » Le syndicat Profedim s’est d’ailleurs associé au référé-liberté déposé le 15 juillet en Conseil d’Etat pour contester la rapidité de la mise en œuvre de cette décision qui donne l’impression aux professionnels de la culture d’être une fois encore stigmatisés.