Paris version classique, une balade musicale en dix stations

Mis à jour le mercredi 03 août 2016 à 12h09

De Montparnasse à la tour Eiffel, en passant par les Tuileries ou le jardin du Luxembourg, voici une nouvelle manière de se balader – en musique – dans la Ville Lumière.

Paris version classique, une balade musicale en dix stations
©Getty

Dans un Etat français historiquement centralisé, il n’est guère étonnant de voir naître, s’instruire, et / ou faire carrière à Paris bon nombre des grandes figures du monde de la musique. Les compositeurs ont-ils rendu à la Ville Lumière les honneurs qui lui sont dus ? Quand on parle musique classique et Paris, on pense à Offenbach, miroir de la société parisienne au XIXe siècle, mais aussi, bien plus tôt, à Clément Janequin et à ses Cris de Paris … et force est de constater qu’avant d’être si abondamment mis en chanson, les lieux de la capitale ont inspiré bien des compositions.

Alors en route pour une balade musicale à travers Seine, parcs, passages couverts et autres (grands) boulevards : voulez ouyr les cris de Paris ?

*Retrouvez cette balade dans une carte interactive en bas de page, et en grand format sur une page consacrée. *

Etape 1 : la gare Montparnasse avec Offenbach

Première étape : Montparnasse ! En 1866, Jacques Offenbach compose La Vie Parisienne, opéra bouffe sur un livret signé Henri Meilhac et Ludovic Halévy narrant les aventures d'un couple de touristes à Paris.

Comment être plus moderne qu'en ouvrant l'œuvre par un chœur des employés de la ligne de l'Ouest ? La gare de Brest est inaugurée en 1865, et celle de Montparnasse est alors en plein changement, un nouvel édifice est en construction pour remplacer le premier, devenu trop petit. "Les employés de la ligne de l'ouest" accompagnent alors les voyageurs tout au long des 16 heures de voyage que compte le parcours.

A noter que lorsque Offenbach reprend La Vie Parisienne, en 1873, il transporte l'action à la gare Saint-Lazare, devenue alors la plus importante de Paris...

Etape 2 : Montparnasse avec Poulenc

En février 1945, Francis Poulencmet la dernière main à la partition de Montparnasse, mélodie sur un poème de Guillaume Apollinaire écrit en 1913. C'est justement à Montparnasse que Poulenc rencontre Apollinaire, furtivement, en 1917, alors que le quartier a remplacé, depuis déjà quelques années, Montmartre dans le coeur des artistes. Entre Poulenc et Apollinaire, Paris : Montparnasse, La Grenouillère, Voyage à Paris, mais aussi les Mamelles de Tirésias.

"La vérité est que Montparnasse remplace Montmartre, le Montmartre d'autrefois, celui des artistes, des chansonniers, des moulins, des cabarets, voire même des harschischopages, des premiers opionomanes et des sempiternels éthéromanes : tous ceux (parmi les Montmartrois du grand art) qui vivaient encore et que la noce expulsait du vieux Montmartre détruit par les propriétaires et les architectes, conspué par les futuristes parisiens, ou, d'ailleurs, tous ceux-là ont émigré sous forme de cubistes, de Peaux-Rouge, de poètes orphiques "

(Guillaume Apollinaire, La Vie anecdotique*, * Le Mercure de France, 16 mars 1914)

Etape 3 : Sainte-Geneviève avec Marin Marais

Marin Marais est encore élève de Monsieur de Sainte-Colombe lorsqu'il écrit sa Sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont-de-Paris, en 1723. La pièce est non seulement une reproduction du carillon de l'abbaye Sainte-Geneviève de Paris (partiellement détruite pour laisser place à l'église Sainte-Geneviève, devenue Panthéon, mais dont subsistent quelques bâtiments de l'actuel lycée Henri-IV, et surtout la bibliothèque Sainte-Geneviève), mais aussi, et surtout, un écho musical des scènes de vie de l'abbaye : marches, travaux, prières...

Etape 4 : le jardin du Luxembourg avec Jean Françaix

En 1971, le compositeur Jean Françaix compose une série de quinze portraits inspirés des toiles d'Auguste Renoir. Parmi ces pièces, Au jardin du Luxembourg, marche miniature sur la peinture éponyme du célèbre impressionniste. Transcrites pour piano à quatre mains, Jean Françaix dédie ces portraits à ses deux filles, amusement musical en parfaite adéquation avec le tableau de Renoir : entre espiègleries enfantines (cerceau, bac à sable) et grandes dames à chapeau.

Etape 5 : les Halles avec Reynaldo Hahn

Éminemment parisienne, l'opérette Ciboulette de Reynaldo Hahn s'ouvre au creux du ventre de Paris, les Halles du temps des pavillons Baltard. L'action se passe en 1867, et raconte les mésaventures de Ciboulette, maraîchère du carreau des Halles. Joli nom pour une maraîchère que celui de Ciboulette... Reynaldo Hahn le puise dans une opérette du grand Offenbach, Mesdames de la Halle, première oeuvre à grande distribution du compositeur présentée aux Bouffes-Parisiens. Créé au Théâtre des Variétés le 7 avril 1923, Ciboulette doit concurrencer auprès du public parisien les comédies musicales américaines, qui font alors fureur.

Etape 6 : le café Momus avec Puccini

Bienvenue au café Momus, 9 rue des Prêtres-Saint-Germain-l'Auxerrois, où se retrouvent les jeunes artistes désargentés dans les 1830 et 1840, dans le sillage de Nadar, Courbet, Baudelaire ou encore d'Ernest Renan. Le cadre rêvé pour Puccini, qui y installe les protagonistes de La Bohême dans le deuxième tableau. Pour susciter la jalousie de Marcello, Musetta chante dans le café Momus son air Quando men' vo soletta (Lorsque je m'en vais, toute seule...). Bien sûr, la joyeuse petite troupe n'a pas de quoi payer l'addition, et Musetta s'arrange pour que le riche et gras conseiller d'Etat - Alcindoro - qui l'accompagne s'en acquitte, avant de s'en défaire pour retrouver les bras de Marcello. La Bohème, en somme.

Etape 7 : le Louvre avec Debussy

Deuxième des trois pièces formant le recueil des Images oubliées * de Claude Debussy, *Souvenir du Louvre a été composé en 1894. La pièce est dédiée à Yvonne Lerolle (fille du peintre et ami de Debussy Henry Lerolle, et elle-même modèle, au piano, de Renoir et de Degas).

Etape 8 : les Tuileries avec Moussorgski

Sixième tableau issu des célèbres Tableaux d'une exposition de Modeste Moussorgski, "Tuileries. Disputes d'enfants après jeux" (1874) est inspiré d'une toile représentant une allée du jardin des Tuileries "avec beaucoup d'enfants et leurs gouvernantes" selon le dédicataire de l'oeuvre, Stassov. Contrairement aux autres compositeurs qui choisirent pour leurs œuvres un aspect particulier de la vie parisienne issu de leur propre expérience de la capitale, il faut noter que Modeste Moussorgski n'a jamais mis les pieds à Paris, et n'a même quasiment jamais quitté Saint-Petersbourg.

Etape 9 : la tour Eiffel avec le groupe des six

Ballet collectif réunissant Georges Auric, Arthur Honegger, Darius Milhaud, Francis Poulenc et Germaine Tailleferre autour d'un livret de Jean Cocteau, Les Mariés de la tour Eiffel * fut présenté au Théâtre des Champs-Elysées en 1921. Et quoi de mieux pour clore cette balade musicale qu'un petit-déjeuner sur une plateforme de la tour Eiffel ? C'est là le seul moment à peu près agréable de ce ballet ponctué par l'arrivée d'un lion dévorant les invités, une *fugue du massacre (Darius Milhaud) et une Marche funèbre (Arthur Honneger) pour ce que Cocteau décrivait comme la "poésie miraculeuse de la vie quotidienne ".

Etape 10 : Paris, avec Villa-Lobos

Le Brésilien Heitor Villa-Lobos a déjà plus de 35 ans lorsqu'il obtient une bourse pour étudier à Paris. Pour ce premier séjour, il s'installe au 13 de la Place Saint-Michel : c'est le début d'une relation privilégiée entre la ville et le compositeur. De retour au Brésil en 1930, il revient régulièrement, dont cette année 1948 pendant laquelle il compose cette petite pièce, Bonsoir Paris, issue de la comédie musicale Magdalena présentée la même année au Ziegfeld Theatre de Broadway.

Pour l'anecdote, lors de son séjour parisien entre 1952 et 1959, Heitor Villa-Lobos vécut à l'Hôtel Bedford, institution du VIIIe arrondissement... et cadre du Classic Club de Lionel Esparza sur France Musique !

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