Ouverture de la saison de la Scala de Milan, entre faste musical et contestation sociale

La Scala de Milan a ouvert sa saison 2014/2015 avec Fidelio de Beethoven. Une soirée qui a marqué le départ de Daniel Barenboim à la direction musicale du théâtre. La représentation a également donné lieu a des incidents sur fond de manifestation anti-austérité en Italie.

Ouverture de la saison de la Scala de Milan, entre faste musical et contestation sociale
Affrontement entre les manifestants et la police devant la Scala de Milan (© MaxPPP/Mourad Balti Touati)

La Scala a triomphé dimanche avec Fidelio de Beethoven, ouvrant une saison 2014/2015 qui s'annonce intense avec un programme démultiplié en vue de l'Exposition universelle Milan-2015 et marque le départ de son directeur musical Daniel Barenboim.

Comme chaque 7 décembre, jour de la Saint-Ambroise, le patron de la ville, le gratin politique, économique et culturel de l'Italie avait rendez-vous dans le plus célèbre théâtre du pays pour le début de la saison lyrique, principal événement mondain de l'année à Milan. La représentation a aussi donné lieu à des manifestations contre les mesures d'austérité en Italie et à quelques affrontements aux abords du théâtre.

Le spectacle, dirigé par le maestro israélo-argentin, dont c'était la dernière "première" à la Scala et qui était mis en scène par la Britannique Deborah Warner, a été salué par douze minutes d'applaudissements nourris par un public sur son trente-et-un. Je suis "profondément heureux ", a déclaré M. Barenboïm immédiatement après les rappels. "La concentration de tous était merveilleuse, à couper au couteau ", a-t-il lancé.

"Une soirée comme ça ne s'improvise pas (...) Je sens que tout ce que nous avons fait depuis 2005 a suivi une ligne, et est arrivé au point où nous sommes arrivés aujourd'hui ", a-t-il dit, remerciant le public milanais et italien pour sa "chaleur humaine ". M. Barenboïm sera remplacé par le chef d'orchestre Riccardo Chailly.

Dirigé par Daniel Barenboim et mis en scène par Deborah Warner, "Fidelio" de Beethoven a triomphé sur la scène de la Scala. (© LaPresse/MaxPPP)
Dirigé par Daniel Barenboim et mis en scène par Deborah Warner, "Fidelio" de Beethoven a triomphé sur la scène de la Scala. (© LaPresse/MaxPPP)

La Scala vient aussi de changer de surintendant avec le départ de Stéphane Lissner, remplacé par Alexander Pereira. Après La Traviata de Giuseppe Verdi en 2013, le choix pour la première s'était porté cette année sur Fidelio, unique opéra de Ludwig van Beethoven. L'oeuvre, inspirée d'une histoire vraie survenue du temps de la Révolution française, raconte comment une jeune femme, Leonore, grimée en homme et se faisant appeler Fidelio, brave tous les dangers pour délivrer son mari Florestan de la prison où l'a fait jeter son ennemi. Une sorte de "mythe d'Orphée inversé ", selon Mme Warner.

La soprano allemande Anja Kampe, qui a déjà interprété 75 fois le rôle-titre dans le passé, et a fait ses classes à l'Accademia de la Scala, très émue, a estimé "avoir réalisé un rêve ". La soirée "n'aurait pas pu se dérouler mieux ".

Affrontements devant le théâtre

Mais le faste de la soirée, qui se conclura par un dîner de gala tout aussi sélect, ne peut masquer les profondes difficultés auxquelles fait face l'Italie. Les syndicats, vent debout contre la réforme du marché du travail que le gouvernement de Matteo Renzi vient de faire adopter au Parlement, ont lancé un appel à une grève générale pour le 12 décembre.

Et comme chaque année, le spectacle lui-même a servi de caisse de résonance à l'exaspération des chômeurs, mal-logés et autres victimes de la crise économique dans laquelle se débat l'Italie depuis des années. Parmi les grands patrons et hauts responsables présents au spectacle figurait aussi la directrice du FMI Christine Lagarde, qui a qualifié le spectacle de "magnifique ". M. Renzi en revanche était absent, de même que le président italien Giorgio Napolitano.

Christine Lagarde, directrice du FMI, à l'ouverture de la saison de la Scala de Milan. (© MaxPPP)
Christine Lagarde, directrice du FMI, à l'ouverture de la saison de la Scala de Milan. (© MaxPPP)

Des affrontements entre manifestants et policiers ont fait deux blessés parmi ces derniers dimanche. Quelque trois cents manifestants brandissant des pancartes proclamant "Combattez le pouvoir " et "Nous résistons! " ont lancé des engins incendiaires et des cocktails Molotov en direction de la police devant la Scala, selon les autorités.

L'opéra italien lui-même se trouve dans une crise profonde, avec plusieurs de ses 14 théâtres au bord de la faillite, notamment à Rome. La Scala tire mieux son épingle du jeu, soutenue par ses nombreux sponsors privés et par une billetterie saine grâce au tourisme. Elle devrait aussi bénéficier de la prochaine tenue à Milan de l'Exposition universelle (du 1er mai au 31 octobre 2015), à laquelle sont attendus 20
millions de visiteurs. Pour profiter de cette manne, le théâtre a prévu de rester ouvert en continu, une initiative inédite dans son histoire.

Mais même ainsi, les comptes de la Scala demeurent fragiles, a reconnu le surintendant Pereira, qui a supplié cette semaine les sponsors de ne pas l'abandonner, faute de quoi "le système peut s'écrouler ".

Avec AFP

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