Où écouter des compositrices pendant l’été 2019 ?

L’association Présences Féminines propose un état des lieux des compositrices programmées dans les festivals de musique cet été, entre l’incontournable Clara Schumann et les créatrices d’aujourd’hui.

Où écouter des compositrices pendant l’été 2019 ?
Nadia Boulanger, programmée 10 fois dans les festivals cet été selon Présences Féminines, © Getty / Erich Auerbach

« Où est-ce que je vais, si j’ai envie d’écouter des compositrices cet été ? » Pour répondre à cette question, l’association Présences Féminines a mis en ligne un document qui recense les œuvres de compositrices programmées dans les festivals de musique en France. Dans un tableau sont ainsi affichés les dates et lieux des concerts, les œuvres et les interprètes. 

Réalisé par Roxane Ballester, ce guide estival de la musique écrite par les femmes constitue un état des lieux de la diffusion de leurs œuvres en 2019. « J’ai eu envie de voir si on programmait d’avantage de femmes, après l’indéniable prise de conscience concernant la place des femmes dans notre milieu », explique Claire Bodin, directrice de Présences féminines. 

Depuis une dizaine d'années, l’association, qui organise le festival Présences féminines dans le Var, met en avant le travail des compositrices, avec divers projets. « Après le temps de constat, ilétait également important de rendre visible toutes les actions qui favorisent les compositrices ». Et, même s’il faut « rester vigilant », et qu'il y a encore de « très emblématiques festivals qui ne programment aucune femme cet été », l’évolution est plutôt encourage, avec 75 femmes en 2019, contre 9 l’année dernière, sur une cinquantaine de festivals recensés. 

« Une évidence »

Parmi les manifestations qui mettent en avant les compositrices cette année, il y a le Festival International de quatuors à cordes du Lubéron, qui a construit sa programmation autour des femmes dans la musique. « C’était une évidence pour notre première édition en tant que directrices artistiques du festival », affirme Charlotte Maclet, premier violon du Quatuor Zaïde, « en tant que membres d’un quatuor féminin, nous sommes très sensibles à ce sujet. » La musicienne évoque notamment un « travail de mémoire nécessaire pour les compositrices qui ont été oubliées », et la nécessité, en tant que programmatrice, de diffuser l’œuvre de compositrices d’aujourd’hui. 

Celles d’Elisabeth Jacquet de la Guerre, Xu Yi ou encore Camille Pépin seront ainsi données dans le Lubéron. Sans oublier l'incontournable Clara Schumann. Programmée 17 fois en France cet été, selon les chiffres de Présences Féminines, « Clara Schumann c’est l’arbre qui cache la forêt, celle dont le nom symbolise l’invisibilité de toutes les autres », commente Claire Bodin. Derrière elle, Florentine Mulsant et Nadia Boulanger sont programmées 10 fois chacune. 

« Normaliser »

La musique de Clara Schumann résonnera également au Festival des Arcs qui, contrairement au Festival International de quatuors à cordes du Lubéron, n’a pas une programmation dédiée aux femmes cette année. « Nous l’avons déjà fait », déclare son directeur artistique, Eric Crambes. S’il reconnait l’utilité d’avoir mis l’accent sur les femmes artistes par le passé, il souhaite aujourd’hui s’inscrire dans une démarche « plus normalisée ». « Je suis récemment tombé amoureux du quatuor à cordes en mi bémol majeur de Fanny Mendelssohn, par exemple. Et j’avais absolument envie de le faire découvrir à tout le monde ». 

La démarche est encore différente pour le Festival Futura, manifestation qui occupe la première place du tableau de Présences Féminines, avec une vingtaine de compositrices programmées. « Ce n’est ni conscient ni volontariste, mais naturel », affirme son directeur artistique Vincent Laubeuf. Il explique que la parité est favorisée au sein de festival par le système d’appel d’œuvre sur lequel repose sa programmation. « Et grâce à tout ce qui s’est passé, les femmes osent plus envoyer leur travail aujourd’hui. Il y a deux ans, elles représentaient un quart des œuvres programmées, aujourd’hui c’est la moitié », assure-t-il. 

Dans le tableau, la musique électronique est un secteur dans lequel les femmes sont mieux représentées. « En revanche, on a une seule œuvre symphonique », précise Claire Bodin. Après le recensement, viendra le temps de l’analyse de cette liste, ajoute-t-elle.  « Et puis, on va désormais observer cela tout au long de l’année, au sein des structures de diffusion de la musique classique mais aussi au sein des lieux d’enseignement. Il y aura d’autres listes ».