"Orfeo et Majnun", opéra sur cours à Aix-en-Provence

Dimanche 8 juillet, le Cours Mirabeau accueillait la production d’Orfeo & Majnun, opéra participatif conçu par Airan Berg et composé par Moneim Adwan, Howard Moody, Dick van der Harst, dans le cadre du festival d’art lyrique d’Aix-en-Provence. Récit d’une représentation au cœur de la ville.

"Orfeo et Majnun", opéra sur cours à Aix-en-Provence
Orfeo & Majnun, © Radio France / Aliette de Laleu

A notre droite, il y a la pharmacie, à gauche, la banque et devant nous s’érige la scène. Nous sommes le dimanche 8 juillet 2018, sur le Cours Mirabeau à Aix-en-Provence et la représentation de l’opéra Orfeo & Majnun va bientôt démarrer. Si certaines personnes sont assises pour assister au spectacle, beaucoup de spectateurs sont debout, installés tout autour de l’éphémère dispositif. 

Accoudés aux barrières, Mirna, Ricardo et Martha, s’apprêtent ainsi à assister à leur premier opéra. C’est la Parade(s), organisée le 24 juin à Aix dans le cadre du projet Orfeo & Majnun, qui les incite à venir ce soir. Pensées comme un véritable prologue à l’opéra, les activités proposées par les équipes du projet Passerelles du festival d’Aix, ateliers de création, déambulations musicales, participation de danseurs et de chanteurs amateurs, ont particulièrement séduit Martha. « J’ai beaucoup aimé l’engagement avec les jeunes et j’ai eu envie de voir la suite », explique-t-elle.  

«  Le monde est né dans un silence qui contenait tous les sons » 

Conçu par l’artiste Airan Berg, sur un livret de Martina Winkel, l’opéra Orfeo & Majnun est un projet européen qui fait se rencontrer sur scène le mythe grec d’Orphée et Eurydice et la légende perse de Leila et Majnun.  L’œuvre a été composée par Dick van der Harst pour la partie anglaise de l’opéra, Moneim Adwan pour la partie arabe du livret et Howard Moody pour le chœur. « Au début j’ai refusé, car je pensais que ce serait trop difficile de travailler avec deux autres compositeurs », confie Dick van der Harst, qui a finalement accepté car il « aime les challenges ». Moneim Adwan déclare quant à lui avoir tout de suite été partant car il a toujours « adoré les personnages de Leila et Majnun, leur histoire ». « C’était mon rêve de composer un opéra pour ces personnages », ajoute-t-il.  

À trois, le processus de création ne semble pas toujours avoir été très simple. « À certains moments, on composait chacun dans notre coin, puis on mettait nos travaux en commun. C’était difficile, parfois je découvrais que ce que j’avais écrit ne fonctionnait pas », raconte Moneim Adwan. Dick Van der Harst explique avoir « beaucoup réécrit » ses partitions, pour devoir notamment s’adapter aux voix des chanteurs arabes.   

Orfeo & Majnun
Orfeo & Majnun, © Radio France / Aliette de Laleu

« Très vite le charme opère » 

Durant tout le spectacle, sonorités orientales et occidentales dialoguent, portées par les voix des chanteurs et la musique. À cela s’ajoute le bruit de la ville qui enveloppe le Cours Mirabeau, des rires, des fracas de verre parfois, ponctués de pleurs d’enfants. Il y a aussi les cigales pour nous rappeler que l’on est bien dans le sud de la France, à Aix-en-Provence. « J’ai trouvé cela au départ surprenant, tous ces mélanges, mais très vite le charme opère », commente Monique à l’issue de la représentation. « Le cadre est enchanteur et il y avait beaucoup de monde », se réjouit-elle. Habituée du festival, cette production illustre selon elle l’évolution constante d’une manifestation qui se « modernise » d’année en année et devient de plus en plus actuelle. Avec un détail qui semble l’avoir particulièrement marquée « j’ai adoré le fait que les chanteurs portent des tennis sur scène, tout était très fluide, c’était très beau », glisse-t-elle avant de partir.

Orfeo & Majnun
Orfeo & Majnun, © Radio France / Aliette de Laleu