Nelson Goerner à Montpellier : « L’artiste doit donner son sang à l’œuvre »

Dans le cadre du Festival Radio France Occitanie Montpellier, le pianiste argentin Nelson Goerner a proposé une soirée consacrée aux œuvres pour piano de Chopin et Brahms.

Nelson Goerner à Montpellier : « L’artiste doit donner son sang à l’œuvre »
Le pianiste argentin Nelson Goerner au Festival de Radio France Occitanie Montpellier, © Jean-Baptiste Millot

De passage au Festival de Radio France Occitanie Montpellier, le pianiste argentin Nelson Goerner a conquis la salle Berlioz du Corum. Son récital Schubert, Brahms, Chopin et Poulenc est à réécouter sur francemusique.fr.

France Musique : Vous avez récemment sorti un disque consacré aux Nocturnes de Chopin. Il semble être un compositeur central dans votre carrière. Qu’a-t-il de si important pour vous ?

Nelson Goerner : La musique de Chopin n’a pas pris une ride. Elle nous parle toujours autant, elle est toujours aussi vivante. Elle est un repère dans la modernité et dans la rapidité du monde. Chopin nous a laissés une œuvre d’une grande sincérité qui convoque beaucoup de sentiments. 

Chopin a déjà été tellement joué et enregistré, comment réussir à proposer quelque chose de nouveau ? 

De fait, je crois que chaque interprétation est forcément nouvelle. Mais il ne faut pas que ce soit un but en soi. C’est le talent de l’interprète de faire entendre de nouvelles couleurs mais, en aucun cas il faut que ce soit un objectif. Ce qui compte, c’est l’artiste qui va chercher en lui quelque chose qui résonne et qui fait sens. Il n’y a pas de recette magique. Quand j’aborde une nouvelle œuvre, je me laisse guider pour aller en profondeur. L’artiste doit donner son sang à l’œuvre, et ce sera forcément une interprétation nouvelle. 

Vous avez sorti des disques Debussy, puis Chopin, avec à chaque fois, un nouvel éclairage sur les pièces musicales. Quel sera le prochain compositeur ? 

En ce moment, c’est Bach qui occupe mon esprit. J’essaie toujours de suivre mon intuition. Ce  n’est pas une question de date ou d’échéance, il faut sentir quand c’est le bon moment et ne pas hésiter à le saisir. Il faut être à l’écoute de ses envies. Par exemple, il y a quelques années, j’ai voulu commencer à travailler Debussy, compositeur que je ne connaissais pas très bien. Rapidement, je me suis rendu compte que je n’étais pas prêt, alors j’ai préféré attendre. Et naturellement, j’y suis revenu plus tard. Là avec Bach, je me sens prêt, j’en joue de plus en plus. 

Vous êtes le descendant d’une grande école pianistique argentine qui compte des musiciens mythiques comme Martha Argerich ou Bruno Leonardo Gelber. Vous sentez-vous appartenir à une certaine école esthétique ? 

Oui et non. J’ai reçu un apprentissage de la part de professeurs qui sont garants d’une tradition pianistique forte. Tous ont étudié auprès de Scaramuzza, et son apprentissage est parvenu jusqu’à moi. Mais cette notion d’école ne me plaît qu’à moitié puisqu’elle a un côté restrictif. C’est une aide, cela donne des pistes pour travailler, mais il ne faut pas en faire un absolu. Tous les jours, je pense à l’enseignement que j’ai reçu mais je ne ferme jamais les portes à d’autres pistes.