"On ne lâchera rien !" : entretien avec une comédienne qui occupe l'opéra de Nantes depuis une semaine

Cela fait une semaine ce mercredi que le théâtre Graslin, la salle d'opéra de Nantes, est occupée par des artistes. Entretien avec Kristine Maerel, comédienne, qui compte bien faire porter la voix des occupants jusqu'au gouvernement.

"On ne lâchera rien !" : entretien avec une comédienne qui occupe l'opéra de Nantes depuis une semaine
"On a la chance d'avoir des échanges très bienveillants et du soutien de la part de la direction de l'Opéra et de la Ville de Nantes", témoigne Kristine Maerel., © Les occupants du théâtre Graslin

Sept jours d'occupation et aucun signe de fatigue. Cela fait une semaine, ce mercredi 17 mars, que des artistes occupent le théâtre Graslin, la salle d'opéra du centre-ville de Nantes. L'occupation, qui se fait en bonne entente avec la direction et la mairie, a pour but d'alerter le gouvernement sur la précarité du monde du spectacle, touché de plein fouet par la crise sanitaire. France Musique s'est entretenu avec Kristine Maerel, comédienne, membre de la CGT Spectacle. Elle nous décrit la façon dans les occupants s'organisent au quotidien, et détaille leurs revendications.

FRANCE MUSIQUE : Pourquoi avez-vous décidé d’occuper le théâtre Graslin, la salle d’opéra de Nantes ? C’est un espace symbolique ?

KRISTINE MAEREL : "On avait commencé par occuper la Direction régionale des affaires culturelles (Drac) de Nantes, le 4 mars dernier. Ce même jour, les camarades parisiens ont occupé le théâtre de l’Odéon. On a tenu une Assemblée générale le mercredi 10 mars, où on a pris la décision d’occuper nous aussi un théâtre. On a choisi Graslin car c'est un très ancien théâtre à l'italienne, en plein centre de Nantes, qui est devenu un Opéra. Il est dans un endroit stratégique. Je tiens aussi à préciser que c’est un très beau bâtiment du patrimoine que nous n’abîmons pas, que nous respectons énormément."

Comment avez-vous été reçus par l’établissement ? 

"On est arrivés mercredi dernier, on était quarante ou cinquante. On s'est retrouvés à l'arrière de l'Opéra. À l'intérieur, il y avait des permanents du spectacle qui travaillent à l'Opéra, syndiqués à la CGT, qui nous ont permis de rentrer par la petite porte de derrière. 

D’emblée s’en est suivie une discussion avec la direction du théâtre, par l’intermédiaire de la direction technique. Et depuis, nous les rencontrons tous les matins pour faire le point sur nos besoins, sur ce qu’il faut respecter. Les occupants ont bénéficié d'une entrée particulière, pour ne pas gêner les captations de spectacle, qui continuent à avoir lieu. On respecte ainsi les autres intermittents qui ont la chance de travailler en ce moment. 

On a la chance d'avoir des échanges très bienveillants et du soutien de la part de la direction de l'Opéra et de la Ville de Nantes

Quand le plateau n’est pas occupé, on a accès à la salle de spectacle, ce qui nous permet de tenir des assemblées générales dans de très bonnes conditions. Sinon, on est dans le hall. On a aussi une petite pièce, à l’étage."

Cela fait donc une semaine que vous occupez les lieux. Vous vous êtes organisés, vous vous êtes répartis des tâches, des rôles ?

"On a créé trois commissions. Une commission chargée de la communication, interne et externe. Une commission régie et logistique, qui gère les repas, les entrées, les sorties, les barrières sanitaires à respecter, la vaisselle, l’aspirateur… des aspects très pratiques. Et la troisième commission, c’est celle qu’on a baptisé joyeusement le « comité des fêtes » : elle gère tout ce qui se passe à l’extérieur. Tous les jours à 13h on tient une Agora, où la prise de parole est libre. Puis, à partir de 15h, ont lieu des performances de 10 à 15 minutes, avec des artistes soit de chez nous, des occupants, ou des personnes extérieures qui se mobilisent plus ponctuellement.

Ça c’est bien organisé tout de suite, avec plein de bonne volonté

À noter aussi que tous les lieux occupés peuvent communiquer entre eux via l’application Signal. Tous les jours, des nouveaux se joignent à nous. Sans compter une visio-conférence par l'application Zoom, tous les soirs, avec les lieux occupés partout en France qui souhaitent participer."

"Tant que toutes les cases de nos revendications ne seront pas cochées, on sera là", assure Kristine Maerel.
"Tant que toutes les cases de nos revendications ne seront pas cochées, on sera là", assure Kristine Maerel., © Les occupants du théâtre Gaslin

Quelles sont vos principales revendications ? 

"La première, c’est le retrait de la réforme de l’assurance chômage, prévue au 1er juillet 2021. On demande aussi la réouverture des espaces de rencontres artistiques. Mais avant ça, on demande surtout un plan de reprise pour l’emploi. Parce que s’ils ouvrent et qu’on n’a pas de spectacle à proposer parce qu’on n’a pas pu travailler, ou qu’on n’avait pas les moyens, ça ne sert à rien. 

On ne lâchera rien ! Tant que toutes les cases de nos revendications ne seront pas cochées, on sera là

Surtout, on demande à ce que tout cela se fasse en concertation avec les professionnels du spectacle. Que ça ne soit pas une fois de plus décidé dans les bureaux par des technocrates, et qu’ils soient encore une fois complètement à côté de la réalité."