Myung-Whun Chung pour les 80 ans du Philharmonique de Radio France : " il y a beaucoup d'amour dans cet orchestre "

Pour célébrer le 80e anniversaire de l’Orchestre philharmonique de Radio France, qui de mieux placés que les musiciens et l'un des directeurs musicaux les plus emblématiques pour évoquer ce qui rend unique cette formation ?

Myung-Whun Chung pour les 80 ans du Philharmonique de Radio France : " il y a beaucoup d'amour dans cet orchestre "
Orchestre philharmonique de Nantes, © AFP

Du 15 au 17 septembre, Radio France et France Musique célèbrent en grandes pompes le 80e anniversaire de l’un de ses orchestres : le Philharmonique de Radio France. Créé en 1937, celui qui s’appelait à l’origine « Radio Symphonique » a connu une trajectoire brillante et audacieuse. A l'aise dans un vaste répertoire, le Philhar a su se rendre indispensable et incontournable dans le paysage musical mondial. Un succès que l'on doit aux différents chef d'orchestre qui se sont succédé et surtout aux musiciens de la phalange.

Pascal Oddon est violoniste, chef d’attaque, depuis 15 ans. Il se souvient qu’en tant que jeune musicien, il ne désirait qu’une seule chose : intégrer le Philharmonique. « Je ne me souviens plus très bien pourquoi d’ailleurs. C’était une évidence pour moi. J’avais écouté beaucoup d’enregistrements, il se disait qu’il y avait une bonne ambiance. L’orchestre avait le vent en poupe, c’était la formation qui montait. Il y avait surtout ce son. Difficile à décrire, une pâte sonore très ronde avec des teintes pastel, surtout dans le répertoire français ». 15 ans après y être entré, Pascal Oddon estime ressentir toujours la même joie et la même envie de toujours faire mieux.

Le violoniste de 42 ans est arrivé à l’orchestre en même temps que Myung-Whun Chung, directeur emblématique de l’histoire du Philharmonique. « C’est évidemment la période la plus marquante pour moi parce que c’est le seul directeur musical que j’ai vraiment connu. Mikko Franck est arrivé il y a peu de temps et je n’ai pas encore le recul nécessaire. L’ère Chung a été un formidable tremplin pour l’orchestre, tant sur le plan musical que médiatique. Il a fait grandir l’orchestre, il a magnifié le son, la qualité d’écoute. Il insistait toujours sur le fait que nous, les musiciens, devions jouer ensemble. Chung nous disait : " Moi, je vous suis ! " ».

Pascal Oddon n’est pas le seul à se souvenir de l’ère Chung comme étant l'une des plus fastes de l'orchestre. Renaud Guieu est violoncelliste tuttiste depuis 15 ans lui aussi. Le maestro coréen a toujours poussé les musiciens à avancer, à être plus ouvert, analyse-t-il. Renaud Guieu se souvient avoir fait connaissance avec le Philharmonique en tant que simple spectateur à la salle Pleyel grâce à une place de concert offerte par sa tante. « Ca a été un vrai choc. Je n’avais jamais ressenti une telle énergie, une telle sensation de bloc de la part des musiciens qui jouaient ensemble ». Le violoncelliste est entré au Philhar à l’âge de 21 ans dans un mélange de fierté et de beaucoup de pression.

Myung-Whun Chung dirige l'Orchestre philharmonique de Radio France. Le violoniste Pascal Oddon est le troisième violoniste en partante de la gauche
Myung-Whun Chung dirige l'Orchestre philharmonique de Radio France. Le violoniste Pascal Oddon est le troisième violoniste en partante de la gauche, © AFP / Loïc Venance

Si la période Chung a pu représenter un âge d’or pour l’orchestre, Renaud Guieu est ravi de l’arrivée de Mikko Franck en tant que directeur musical. « Pour avancer et vouloir toujours faire de mieux en mieux, il est important de savoir changer de direction, de façon de travailler. Mikko Franck est un chef extraordinaire ». Le chef finlandais a dirigé le Philhar la première fois en 2003, une date dont le violoncelliste qui fait également partie des représentants du personnel se souvient bien. « Nous avions joué Tristan et Isolde de Wagner et dès la fin du premier concert, nous sommes allés le voir dans la loge pour entamer une collaboration. Il s’était passé quelque chose qui n’arrive pas si souvent que cela avec les chefs ».

Clara Lefèvre-Perriot a elle aussi pu découvrir la direction de Mikko Franck. A 24 ans, cette altiste du rang vient tout juste d’intégrer l’Orchestre philharmonique de Radio France et a effectué sa première répétition ce mardi 12 septembre. La jeune femme oscille entre l’excitation et la panique. « Je suis un peu bouleversée. Je viens de réaliser que Mikko Franck est devenu mon chef, que les musiciens vont devenir mes collègues, que je vais apprendre à les connaître et faire partie d'un ensemble. C’est très émouvant ». Cette nouvelle recrue a surtout connu un gros coup de panique lorsqu'elle découvert que le RER était en grève et qu'elle allait certainement arriver en retard pour son premier jour.

Heureusement, tout s’est bien passé et Clara Lefèvre-Perriot a débuté la répétition très concentrée, « presque trop d’ailleurs et j’ai réussi à me détendre au fur et à mesure ». L’orchestre, elle le connaissait uniquement de réputation, elle n’avait jamais eu l’occasion d’y jouer lors d’un remplacement, par exemple. « J’ai toujours entendu dire que le niveau des cordes était le meilleur de France alors ça m’a évidemment donné envie d’y jouer et c’est une immense fierté d’en faire partie désormais ».

C’est ce qui ressort de la part des musiciens et aussi des chefs qui ont dirigé l’orchestre. L’atout majeur du Philharmonique, c’est la volonté d’avancer tous ensemble. Pour Myung-Whun Chung, l’ancien directeur musical du Philharmonique qui surnomme les musiciens ses « anges », c’est ce qui distingue cet orchestre de beaucoup d’autres. « Les musiciens aiment vraiment être ensemble. Cela peut sembler être quelque chose de naturel, mais c’est rarement le cas. Jouer dans un orchestre est une chose vraiment difficile. Il faut sans cesse s’adapter aux différents chefs d’orchestre qui ont des visions radicalement opposées ». Le maestro coréen loue les facultés d’adaptation et de calme des musiciens du Philhar : « Ils sont dans un état d’esprit très positif et ont toujours beaucoup de plaisir à être ensemble. Il y a beaucoup d’amour dans cet orchestre, je ne vois pas quel plus beau compliment je pourrais adresser aux musiciens ».

Le moral semble donc au beau fixe en cette rentrée 2017, « la première depuis 3 ans, on nous sommes sereins » confesse le violoncelliste Renaud Guieu. Après des moments compliqués sur fonds de rumeurs de fusion avec l'Orchestre national de France, les musiciens du Philharmonique estiment que les choses semblent être sur la bonne voie. Notamment au niveau des recrutements qui ont repris après une période de blocage. Les musiciens de l'Orchestre philharmonique de Radio France et Mikko Franck auront l'occasion de le montrer au public de l'Auditorium de la Maison de la Radio, ainsi qu'aux auditeurs de France Musique, ce vendredi 15 septembre lors du concert anniversaire. Au programme, le coeur du répertoire du Philhar : Debussy, Ravel et Stravinsky.