Musique classique : retour sur les faits marquants de l’année 2018

Une année se termine, une autre s’apprête à démarrer... Il est l’heure de faire le bilan de ce qui a secoué, ému et fait vibrer le monde de la musique classique en 2018.

Musique classique : retour sur les faits marquants de l’année 2018
Didier Lockwood nous a quittés le 18 février 2018 à l'âge de 62 ans, © AFP / Joël Saget

Scandales

On avait quitté 2017 sur les nombreux cas de harcèlements sexuels qui avaient entachés le monde de l’art, et celui de la musique en particulier. James Levine, soupçonné d’avoir abusé ou harcelé sexuellement sept personnes entre 1970 et 1999, a été licencié par le Metropolitan Opera de New York. La célèbre institution a également porté plainte contre le chef d’orchestre et lui réclame près de 6 millions de dollars de dommages et intérêts. 

Autre scandale qui a beaucoup fait parler dans la torpeur du mois d’août, le licenciement surprise de Daniele Gatti à la tête du Concertgebouw d’Amsterdam. Dans une enquête du Washington Post, le maestro italien a été accusé de plusieurs cas de harcèlements sexuels commis entre 1996 et 2000. Daniele Gatti n’aura pas mis beaucoup de temps à rebondir puisqu’il a été nommé directeur musical de l’Opéra de Rome en ce début de décembre 2018. 

Julie Fuchs à l'Opéra Garnier
Julie Fuchs à l'Opéra Garnier , © AFP / Stéphane de Sakutin

En lien avec la libération de la parole des femmes, l’année fut aussi marquée par l’éviction de Julie Fuchs d’une production de l’Opéra de Hambourg, car la soprano était enceinte. La direction de la maison lyrique évoquait alors une prise de décision liée à des questions de sécurité et d’intégrité artistique de la mise en scène. La chanteuse et ses médecins la disaient pourtant en pleine forme. 

Une affaire similaire avait secoué le Ballet de Nice, où plusieurs danseuses estimaient avoir été licenciées en raison de leur grossesse.

L’année 2018 a été également marquée par des révélations sordides concernant neuf viols ou agressions sexuelles sur mineurs par un chef de chœur du Conservatoire de Tours. Incarcéré dans l'attente de son procès, il s’est suicidé en septembre dernier. « La plus mauvaise issue qui soit » avait regretté l’un des avocats des enfants concernés. 

Politique

Tout est politique, nous dit l’adage. La musique classique n’y échappe pas et plusieurs actualités de 2018 nous l’ont rappelé. 

La maison de Pierre Henry située dans le XIIe arrondissement de Paris
La maison de Pierre Henry située dans le XIIe arrondissement de Paris , © Maxppp / Benoît Hasse

Le sort réservé à la maison du compositeur Pierre Henry en est un premier exemple. Après le décès de ce dernier le 5 juillet 2017, le propriétaire de la maison a décidé de vendre à un promoteur immobilier, ce dernier ayant pour projet de la détruire. C’est pourtant dans ce lieu que le compositeur avait installé son studio, écrit la plupart des pages de l’aventure de la musique concrète, et transformé toutes les pièces en salles de concert. Heureusement, les 14 000 bandes magnétiques ont pu être récupérées par la Bibliothèque nationale de France et une partie de son matériel audio, ainsi que ses peintures concrètes sont conservées.

Au rayon politique, il y eut aussi la vague d’annonces faites par Françoise Nyssen, ministre de la Culture avant d’être remplacée par Franck Riester. De nombreuses décisions prises en faveur de la musique comme la création d’une chorale dans toutes les écoles élémentaires et les collèges, le renforcement des moyens accordés aux orchestres à l’école, le prochain lancement du pass culture ou encore le lancement du chantier du centre national de la musique. Des engagements dont on ignore s’ils perdureront en ces temps de crise politique. 

Disparitions

2018 a été, malheureusement, une année où des grands noms de la musique nous ont quittés. La disparition la plus brutale fut certainement celle de Didier Lockwood. Le violoniste de jazz et grand pédagogue est mort le 18 février à l’âge de 62 ans. De nombreuses personnalités lui ont rendu hommage en soulignant sa générosité, son engagement et son immense talent.

Jean-Claude Malgoire nous a quittés le 14 avril 2018 à l'âge de 77 ans
Jean-Claude Malgoire nous a quittés le 14 avril 2018 à l'âge de 77 ans, © Maxppp / Pierre Le Masson

Un autre immense musicien est mort le 14 avril dernier : Jean-Claude Malgoire, à l’âge de 77 ans. Le chef d’orchestre, hautboïste et musicologue, a marqué toute une génération de musiciens. Acteur majeur de la renaissance du baroque, Malgoire était vénéré par ses pairs. 

Deux monstres sacrés de la chanson sont eux aussi partis. Aretha Franklin est décédée le 16 août à l’âge de 76 ans. Avec 18 Grammy awards à son palmarès et 75 millions de disques vendus, elle était définitivement la Reine de la soul. Le 1er octobre, c’était au tour de Charles Aznavour de disparaître. Âgé de 94 ans, le chanteur était devenu aux yeux du monde entier l’ambassadeur de la chanson française.

Le monde lyrique a lui aussi perdu l’une de ses plus grandes divas. Montserrat Caballé s’est éteinte le 6 octobre à l’âge de 85 ans. Avec Maria Callas, elle était considérée comme l’une des plus grandes voix du monde. 

Bravo ! 

L’année 2018 a heureusement été l’occasion de se réjouir de plusieurs bonnes voire très bonnes nouvelles. A commencer par le carton plein de notre compositeur de musiques de film national, Alexandre Desplat. Cette année, il a remporté son deuxième Oscar pour la bande originale de La Forme de l’eau, film réalisé par Guillermo Del Toro. Une musique de film qui lui a aussi permis de remporter un Golden Globe et un Bafta. Pour couronner le tout, Alexandre Desplat a donné un concert événement le 6 décembre à la Maison de la Radio. Il dirigeait l’Orchestre national de France dans un programme constitué de ses plus belles partitions pour le cinéma ainsi que des œuvres personnelles. 

Chaque année connaît son lot de concours. 2018 a vu le sacre de la soprano Hélène Carpentier dans le concours de chant lyrique Voix Nouvelles. Le concours Long Thibaud Crespin a repris du service avec une nouvelle mouture dirigée par Renaud Capuçon. Cette édition 2018 consacrée au violon a décerné le 1er prix à Diana Tishchenko, ukrainienne de 28 ans. 

A signaler, deux lieux qui vont connaître une seconde vie grâce à la passion de certains. Tout d’abord, la Scala de Paris qui entame un nouveau chapitre de sa très longue vie de salle de concert. La maison de Georges Bizet à Bougival a, quant à elle, été rachetée par le département des Yvelines. Elle sera intégrée à un grand projet de Centre européen de musique. 

Pour terminer la rétrospective de cette année 2018, un cocorico ! Nathalie Piolé, productrice de Banzzaï tous les jours de la semaine sur France Musique, a été désignée Femme de médias de l’année lors des Victoires du jazz.