Musique au collège : haut les chœurs!

Pour les chorales au collège, l’heure est à l’inquiétude. La rémunération des professeurs de l'éducation musicale encadrant une chorale serait revue à la baisse par la réforme des collèges qui rentrera en vigueur en 2016. Dans de nombreux établissements, cette mesure risquerait de mettre en péril la pérennité de cette pratique musicale. Explications.

Musique au collège : haut les chœurs!
Choeur des collégiens © Barry Lewis/In Pictures/Corbis

Alors que la nouvelle réforme des collèges annoncée pour la rentrée 2016 fait de « la formation de la personne et du citoyen », de la « transdisciplinarité » et de « l'éducation culturelle et artistique » ses priorités, les chorales au collège voient leur existence même remise en question.

Anne-Claire Scebalt, présidente de l’Association des Professeurs d’Education Musicale (l’APEMu) tire la sonnette d’alarme : la nouvelle réforme revoit à la baisse la rémunération des professeurs de l'éducation musicale qui encadrent une chorale au collège, une régression, selon elle, dans la reconnaissance de cette pratique musicale :

« Au moment où on parle de l'éducation à la fraternité et au respect des différences, les pratiques collectives ont une importance déterminante. La chorale en est une des plus fédératrices et des plus accessibles. Le Ministère de l'éducation nationale n'a eu de cesse de reconnaître ses portées éducatives et pédagogiques, à la fois par les textes de ces dernières années, et dans de nombreuses actions menées dans l'objectif de soutenir les projets des chorales à l'école. Avec moins de moyens, nos collègues ne seront plus en mesure de monter des spectacles ou de participer dans les projets transdisciplinaires. La chorale, si elle survit à la réforme, sera réduite à une activité complètement détachée de l'enseignement. »

Tous en choeur !

Depuis février dernier, l’APEMu se mobilise pour défendre auprès du Ministère de l’éducation nationale le dispositif actuel qui depuisla circulaire de 2011 encadre la chorale au collège : tous les établissements d’enseignement secondaire peuvent proposer, en plus du cours d’éducation musicale, une heure hebdomadaire consacrée à la chorale, sous réserve de l’aval du chef d’établissement et du recteur de l’académie. Une heure encadrée par le professeur de l’éducation musicale de l’établissement, qui permet aux élèves volontaires tous niveaux confondus, de se rencontrer autour d’un projet commun. Une heure de pratique musicale, qui implique un panel très large de disciplines : théâtre (43%), danse (29%), arts plastiques (18% ), langues étrangères, sans oublier les fondamentaux, et notamment le français, et qui permet aux élèves la découverte des univers musicaux aussi divers que la comédie musicale, la chanson, le classique ou le jazz. Le travail permet ensuite aux collégiens de monter sur scène ou participer à un concert, et implique souvent la création de nouvelles œuvres. Selon une enquête interne réalisée par l'APEMu en mars dernier, 75% de chorales participent à au moins deux concerts dans l'année.

Depuis une vingtaine d’années, en effet, le nombre de chorales dans le secondaire ne cesse d’augmenter : environ 300 000 élèves participent chaque année dans des spectacles impliquant les chorales scolaires, encadrés par pas loin de 7000 professeurs d’éducation musicale, selon la Fédération Nationale des Chorales Scolaires.

La Barcarolle "Les contes d'Hoffman" Offenbachpar Catherine_Duperron

Une heure en vaut deux ...

Depuis la circulaire de 2011, une heure de chorale devant les élèves devrait être rémunérée de deux heures dans tous les établissements.
« Cette deuxième heure (répétitions le soir et les week-ends, concerts) est indispensable, comme le montre le sondage auprès de nos collègues : presque 90% de professeurs disent qu'ils ne peuvent pas monter un spectacle avec une seule heure de chorale par semaine. Pour peu que vous ayez une chorale à gros effectif, une centaine de collégiens, cette heure ne représente en réalité que 50 minutes de travail, le temps que tout le monde s'installe... », précise Anne-Claire Scebalt.

Le Ministère, alerté par l'APEMu, répond par la création des IMP, indemnités de mission particulière, pour rémunérer les heures qui iraient au delà d'une heure par semaine pour l'enseignant.

« Nous avons rencontré Mme Cagé, la conseillère de Mme la Ministre, qui nous a proposé la formulation suivante : les enseignants pourront prétendre à une IMP...Pour nous, cela semble problématique à deux titres : d'abord, le chef d'établissement distribuerait les IMP sur un grand nombre de missions, et la chorale serait ainsi mise en concurrence avec d'autres missions qui n'ont rien à voir, comme par exemple les heures de vaisselle des profs de sciences. Nous considérons que cette deuxième heure de la chorale, vu sa vocation, ne peut pas être mise à un pied d'égalité avec ce type de mission.

Ensuite, dans la pratique, même la circulaire de 2011 n'était pas toujours appliquée : notre enquête montre qu'en 2012 seulement 62% de nos collègues ont été rémunérés pour la deuxième heure de la chorale, et ce chiffre est en baisse. Cependant, un certain nombre de critères d'évaluation définis par la circulaire permettait au recteur et au chef d'établissement de valoriser les projets d'envergure : une chorale à gros effectif (60,2% des chorales ont un effectif qui dépasse celui d'une classe), une chorale à plus de deux spectacles (75% des chorales donnent 2 concerts ou plus par année scolaire) ou le grand nombre d'heures supplémentaires consacrées par l'enseignant à la chorale (plus de la moitié des enseignants effectuent plus de 30 heures supplémentaires pour la chorale) .*

Et demain ?

Selon Anne-Claire Scebalt, dans le contexte tel qu'il est annoncé par la réforme, nombreux établissements seront obligés de tout simplement renoncer à la chorale :**

« 10% des collègues annoncent d’ores et déjà qu’il n’y aura pas de chorale dans leur établissement, dont la moitié pour des problèmes de rémunération.

Ce que nous revendiquons, c'est le traitement égal sur le territoire et une vraie reconnaissance pour ce type d'enseignement, y compris par les moyens accordés. D'autant plus que les projets d'une chorale à l'école s'inscrivent parfaitement dans la transversalité des disciplines, et cela est également applicable dans le primaire. La chorale ne devrait pas être détachée de l'enseignement, et encore moins pour des établissements en milieu rural ou plus en difficulté par rapport à l'offre culturelle et artistique.

Nous portons une vraie conviction, nous pensons que nous avons un vrai rôle à jouer dans le nouveau collège, et c'est pour cela que nous nous battons. »

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