Musiciens et choristes en grève à l'Opéra de Toulon

Les musiciens et les choristes de l’Opéra de Toulon se sont mis en grève pour la générale de L’Enlèvement au sérail prévue mercredi 5 avril. Ils estiment que la direction n’applique pas la convention collective concernant leurs salaires.

Musiciens et choristes en grève à l'Opéra de Toulon
L'Opéra de Toulon, © RIEGER Bertrand / hemis.fr / Hemis

Les musiciens et choristes de l’Opéra de Toulon ne sont pas satisfaits de la façon dont leur direction les traite et comptent bien le faire savoir. Mercredi 5 avril, à l’initiative de la CGT, du SNAPAC CFDT et du SGAAS FO, les musiciens ont voté la grève à 100% pour les musiciens de l'orchestre, chez les choristes 14 sur les 18 présents se sont déclarés favorables. Par conséquent, la générale de L’Enlèvement au sérail n'a pas pu avoir lieu.

Les musiciens et les choristes estiment être payés 15 à 20% en dessous des salaires prévus par leur convention collective. Cela fait des mois qu’ils essaient de se faire entendre par la direction mais rien n'y fait. Une source proche du dossier indique que le désaccord se situe au niveau de la comptabilisation de la prime d’ancienneté. En se référant au texte en vigueur, les syndicats estiment que la prise en compte de leur ancienneté doit donner lieu à une prime déconnectée du salaire alors que dans les faits elle est englobée.

Si Claude-Henri Bonnet, directeur de l’Opéra de Toulon, reconnaît que cela n’est pas écrit dans la convention collective, il insiste pour signifier que la façon de faire est légale puisque c’est ce qui se pratique de façon générale pour l’ensemble des salariés de nombreuses entreprises publiques. La direction et les musiciens sont donc dans une impasse. Le directeur estime qu’il ne peut « rien faire de plus. La Tutelle (La communauté d'agglomération Toulon Provence Méditerranée et le Conseil départemental du Var, ndlr) ont indiqué qu’ils ne mettront pas 1 euro de plus sur la table. Si cela doit aller en justice alors nous attendrons » explique Claude-Henri Bonnet, bien décidé à camper sur position.

Et c’est ce qui visiblement devrait de se passer puisque les musiciens songent à porter l’affaire devant les prud’hommes afin de « faire appliquer la loi », indique cette source proche du dossier. « La situation est totalement injuste. Alors que les salaires des musiciens sont en dessous des minimas conventionnels, ceux des cadres explosent. Ils peuvent gagner jusqu’à 80% au dessus de leurs salaires de référence ! Les musiciens demandent simplement à ce que loi soit respectée ».

Une différence de traitement entre les cadres et les musiciens que justifie totalement Claude-Henri Bonnet. « J’assume le fait que certains cadres de l’Opéra de Toulon bénéficient de salaires importants. Ce sont des personnes qui travaillent jusqu’à 220 heures par mois et les minimas les concernant sont très bas ». Une différence de traitement qui a du mal à passer chez les musiciens de l’opéra. Les délégués syndicaux expliquent que le forfait d’heures supplémentaires dont ils bénéficient est illégal puisqu’il n’est pas entériné par un accord d’entreprise.

L’immobilisme de la direction sur le sujet indigne d’autant plus les musiciens que les subventions publiques allouées à l’Opéra de Toulon ont selon eux augmenté ces dernières années. Pas le même son de cloche chez le directeur Claude-Henri Bonnet qui indique qu’il ne s’agit pas d’une augmentation mais d’une mise à niveau. « Suite à la crise, les subventions ont dégringolé. A partir de 2012, la tutelle a fait en sorte que nous récupérions notre niveau d’avant. C’est une excellente nouvelle mais compte tenue de l’érosion monétaire, nous n’avons fait que retrouvé notre niveau de financement d’antan. Nous avons un budget de 12 millions d'euros et nous employons 200 CDI, nous n'avons pas de marge de manœuvre » explique le directeur général.

Pourtant, les délégués syndicaux insistent pour faire savoir que la direction a décidé malgré tout de supprimer une production par an. Cela a fait suite à la dissolution du ballet de l’Opéra de Toulon. Les musiciens s’estiment lésés dans leur travail puisqu’ils ont moins de levers de rideaux, moins de temps de répétitions et que les postes de 6 choristes n’ont toujours pas été renouvelés.

« Notre dernière issue est d’aller porter l’affaire devant les Prud’hommes. Ce sera long et malheureusement dommageables pour l’opéra mais nous n’avons pas d’autres alternatives » explique toujours cette même source. Une rencontre a tout de même eu lieu ce mercredi soir 5 avril entre Claude-Henri Bonnet et les trois délégués syndicaux. Le directeur général a réexpliqué qu'il n'avait aucun pouvoir de négociation et qu'il ne faisait qu'appliquer les ordres de la présidence de Toulon Provence Méditerranée.

Les trois délégués syndicaux ont informé la direction de la suspension de la grève, les représentations de vendredi 7, dimanche 9 et mardi 11 avril sont donc maintenues. Un « éventuel préavis de grève pourrait être à nouveau déposé lors d'une future production si la direction refusait d'enclencher des négociations avant le week-end de Pâques » font savoir les représentants. Affaire à suivre...