Mort de Sylvano Bussotti, compositeur, homme de théâtre et provocateur

Le compositeur florentin avait cherché sa propre voie, rompant avec le sérialisme et composant de nombreuses œuvres où se mêlaient son exigence intellectuelle, une forme de lyrisme et un certain goût pour le scandale. Il allait fêter ses 90 ans.

Mort de Sylvano Bussotti, compositeur, homme de théâtre et provocateur
Le compositeur florentin avait cherché sa propre voie composant de nombreuses œuvres où se mêlaient son exigence intellectuelle, une forme de lyrisme et un certain goût pour le scandale. Ici dans La Passion selon Sade en 1969, © Getty / Photo by Fritz Fischer/picture alliance via Getty Images

Le compositeur est décédé le 19 septembre, la veille du festival « 90 Bussotti » qu'organisait pour lui sa ville natale de Florence. Atteint par une longue maladie selon la presse italienne, il était à soigné depuis plusieurs mois à Milan et devait fêter le 1er octobre ses 90 ans. Musicien mais aussi poète, peintre ou encore metteur-en-scène, Sylvano Bussotti était un créateur assez représentatif du mélange d'intellectualisme, de sensualité et de provocation des années 1960.

Né à Florence le 1er octobre 1931, il commence le violon à cinq ans et la composition à sept. Il fait ensuite ses études à Conservatoire Luigi-Cherubini, apprend la composition avec Roberto Lupi et le piano avec Luigi Dallapiccola mais ne peut finir son cursus à cause de la guerre. 

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C’est donc en autodidacte qu’il commence à écrire, se perfectionnant auprès de Max Deutsch en cours privés à Paris. Il compose de nombreuses œuvres très jeunes mais trouve véritablement son style dans les années 50, en rompant avec le sérialisme. Il rencontre à cette époque Pierre Boulez, Luigi Nono ou encore John Cage qui le soutiennent et lui permettent de créer ses premières pièces : Breve à Düsseldorf en 1958, Pièces de la chair II à Darmdstadt ou encore Lettura di Brainanti créé en 1960 par Cathy Berberian. 

« Un fouillis ordonné de pulsions, de désirs, d’obsessions » (Barthes)

Le scandale arrive véritablement avec la création de La Passion selon Sade à Palerme en 1966, un « mystère de chambre » dont le nom déchaîne les passions : impossible d’associer le chemin de croix du Christ au marquis libertin du XVIIIe siècle. Bussotti a dessiné la costume, en fait la mise-en-scène et joue le récitant alors que Cathy Berberian chante ses vocalises avec lui sur scène. 

Le musicien poursuivra dans toute ses compositions, et il y en a beaucoup, cette idée de théâtre musical. On peut retenir par exemple de ses œuvres scéniques Lorenzaccio (1968-1972), Phèdre (1980-1988), The Rara Requiem ou encore, en 2004, Sylvano Sylvano : representazione della vita (work in progress). Il compose également des ballets comme Raramente (1964-1970) ou bien Le Bal Mirò (1977) pour lequel le peintre du titre réalise les costumes et les décors. Il n'hésite pas à faire dialoguer ses œuvres entre elles : en plus de Raramente, il écrit encore Rara (1964-1967), mais également Ultima Rara (pop song) (1969), Raragramma (1979-1980). Ce jeu avec ses propres créations se retrouve dans Il catalogo è questo (1976 -1981), catalogue de ses compositions qui devient lui-même une œuvre en-soi dans une démarche artistique au deuxième degré.

À côté de cette activité de compositeur il est aussi peintre (surtout à partir des années 90), metteur-en-scène d’opéra, comédien ou encore réalisateur. Il est également directeur artistique du La Fenice de Venise, du festival Puccini de Torre del Lago et il s’occupe de la section Musique de la Biennale de Venise. 

Le compositeur avec une de ses partitions, véritable œuvre graphique offrant une grande liberté aux interprètes
Le compositeur avec une de ses partitions, véritable œuvre graphique offrant une grande liberté aux interprètes, © AFP / Leemage via AFP

« J’approche la musique de façon très sexuelle »

Se distinguant de la musique sérielle, Sylvano Bussoti cherche à la fin des années 50 autre une autre voie suivant les préceptes d’Adorno, proposant une « musique informelle » que le compositeur définit ainsi :

J’entends par “musique informelle” une musique qui se serait affranchie de toute les formes abstraites et figées qui lui étaient imposées du dehors, mais qui, tout en n’étant soumise à aucune loi extérieure étrangère à sa propre logique, se constituerait néanmoins avec une nécessité objective dans le phénomène lui-même.

Sa musique laisse donc de la place à l’aléatoire et à la liberté à l’interprète qui doit réinventer certaines partitions qui explosent le strict cadre de la notation musicale pour devenir une véritable œuvre graphique. Provocateur, Sylvano Bussotti mêle à la fois de grandes exigences intellectuelles, issues de ses lectures, et un univers très libre fait de souvenirs autobiographiques et de pulsions érotiques. Une association assez représentative des années 1960 (Barthes écrit notamment un article sur l'écriture de Bussotti) néanmoins sa musique reste jouée aujourd'hui comme en 2017 où Léo Warynski montait La Passion selon Sade au théâtre de l'Athénée-Louis-Jouvet. Il expliquait alors sa démarche à France Musique. 

Le festival qu'organisait pour le compositeur la ville de Florence se transformera en hommage qui aura lieu du 20 au 25 septembre 2021 où seront présents son conjoint Rocco Quaglia ainsi que sa petite-fille Michela.