Mort de Pierre Boulez : un géant de la musique s'en est allé

L'un des derniers géants de l'histoire de la musique vient de disparaître. Dans la nuit de mardi à mercredi, Pierre Boulez est mort à son domicile de Baden-Baden en Allemagne. Homme aux multiples facettes, il était l'une des personnalités les plus influentes du monde musical.

Mort de Pierre Boulez : un géant de la musique s'en est allé
Pierre Boulez

Ses ennuis de santé s'étaient intensifiés ces dernières années, Pierre Boulez est mort ce mardi 5 janvier à l'âge de 90 ans. Le décès a été annoncé par sa famille via un communiqué diffusé par la Philharmonie de Paris, dont il était l'initiateur.

"Pour tous ceux qui l'ont côtoyé et qui ont pu apprécier son énergie créatrice, son exigence artistique, sa disponibilité et sa générosité, sa présence restera vive et intense ", indique la famille du compositeur et chef d'orchestre.

Connu et joué dans la monde entier, Pierre Boulez est considéré comme l'une des personnalités les plus influentes du monde musical, notamment contemporain, depuis les années 1950.

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Né en 1925 à Montbrison (Loire), il entreprend des études en classe de mathématiques spéciales avant de se tourner vers la musique en 1942 et s'installe à Paris où il sera admis, deux ans plus tard, dans la classe d'harmonie d'Olivier Messiaen au Conservatoire de Paris. Andrée Vaurabourg lui enseignera ensuite le contrepoint, Olivier Messiaen la composition et René Leibowitz la technique dodécaphonique.

En 1946, nommé directeur de la musique de scène de la Compagnie Renaud-Barrault, il compose la Sonatine pour flûte et piano, la Première Sonate pour piano et la première version du Visage nuptial pour soprano, alto et orchestre de chambre, sur des poèmes de René Char. Dès lors, sa carrière de compositeur s'affirme.

En 1953 naissent les Concerts du Petit Marigny qui prendront l'année suivante le nom de "Domaine Musical", dont il assurera la direction jusqu'en 1967. En 1966, sur l'invitation de Wieland Wagner, il dirige Parsifal à Bayreuth, puis Tristan et Isolde au Japon. En 1969, Pierre Boulez dirige pour la première fois l'Orchestre philharmonique de New York, dont il prendra la direction de 1971 à 1977, succédant à Leonard Bernstein. Parallèlement, il est nommé chef permanent du BBC Symphony Orchestra à Londres, fonction qu'il assume de 1971 à 1975.

A la demande du président George Pompidou, Pierre Boulez accepte de fonder et de diriger l'lnstitut de Recherche et Coordination Acoustique/Musique (Ircam), qui ouvrira ses portes à l'automne 1977. En 1975, Michel Guy, secrétaire d'Etat aux Affaires culturelles, annonce la création de l'Ensemble Intercontemporain (EIC), dont la présidence est confiée à Pierre Boulez.

En 1976, il est invité à Bayreuth pour diriger la Tétralogie de Richard Wagner, dans une mise en scène de Patrice Chéreau, pour la célébration du centenaire du Ring. Cinq années de suite, il dirigera cette production, qui sera ensuite enregistrée sur disque et en cassette vidéo.

Nommé en 1976 professeur au Collège de France, il est également l'auteur de nombreux écrits sur la musique. En 1979, il dirige la première mondiale de la version intégrale de Lulu d'Alban Berg, à l'Opéra de Paris. Parallèlement, Pierre Boulez s'associe à d'autres projets importants pour la diffusion de la musique, telles les créations de l'Opéra de la Bastille et de la Cité de la musique à la Villette.

En 1988, il réalise une série de six émissions télévisées : Boulez XXe siècle. Dans le cadre du festival d'Avignon, il dirige Répons à la carrière Boulbon et est le compositeur invité du centre Acanthes, à Villeneuve-lès-Avignon, où il donne une série de cours de direction d'orchestre.

En 1992, Pierre Boulez décide de quitter la direction de l'Ircam pour se consacrer à la direction d'orchestre et à la composition. Il signe un contrat d'exclusivité avec Deutsche Grammophon et continue son imposante discographie avec les plus grands orchestres.
En août de la même année, le festival de Salzbourg lui consacre une programmation exhaustive consistant en concerts avec l'Ensemble Intercontemporain et l'Ircam, et avec des formations symphoniques.

Invité régulièrement aux festivals de Salzbourg, de Berlin et d'Edimbourg, l'année de son soixante-dixième anniversaire est marquée par un cycle de concerts pour l'inauguration de la Cité de la musique à la Villette, une grande tournée mondiale avec le London Symphony Orchestra (Londres, Paris, New York, Tokyo), une série de concerts au Japon avec quatre orchestres différents et la production de Moïse et Aaron à l'Opéra d'Amsterdam, dans une mise en scène signée Peter Stein.

Ses principales oeuvres réalisées à l'Ircam sont Répons (1981-1988) pour six solistes, ensemble et ordinateur, créée dans sa version finale lors du festival d'Avignon en 1988 et qui obtiendra un Grammy Award pour la meilleure composition contemporaine en 1998, Dialogue de l'ombre double (1985) pour clarinette, bande et dispositif de spatialisation, Explosante-fixe pour flûtes, ensemble et ordinateur (1991-1995), Anthèmes 2 (1997), pour violon et dispositif électronique.

Ses dernières compositions sont Sur Incises, créée en 1998 au Festival d'Édimbourg, et Dérive 2, dont la dernière version a été créée en juillet 2006 au au festival d'art lyrique d'Aix-en-Provence. En juillet 1998, il dirige au festival d'Aix-en-Provence une nouvelle production du Château de Barbe-Bleue de Bartók mise en scène par Pina Bausch. En 2005, il fête son 80ème anniversaire avec le London Symphony Orchestra, le Cleveland Orchestra, le Chicago Symphony Orchestra, l'Ensemble intercontemporain et l'Orchestre de la Staatskapelle de Berlin qui tous, lui rendent hommage.

Le 6 novembre 2008, le musée du Louvre inaugure une exposition intitulée «Pierre Boulez. Oeuvre: Fragment». Dans une approche artistique pluridisciplinaire, le compositeur s'interroge sur les notions de fragments, d'inachevé, d'instantané.

En 2009, Deutsche Grammophon sort un coffret récapitulatif de ses enregistrements sur Bela Bartok, puis, en 2010, un coffret clôturant son cycle Gustav Mahler ainsi que deux enregistrements : Karol Szymanovski avec Christian Tetzlaff et Maurice Ravel avec Pierre-Laurent Aimard.

Enfin, en avril 2010, Pierre Boulez fête ses 85 ans en dirigeant l'Orchestre de l'Opéra de Paris dans un programme Olivier Messiaen (Chronochromie, Poème pour Mi, Et expecto resurrectionem mortuorum ), rendant ainsi hommage à son professeur de composition.

Ce théoricien et pédagogue d'une grande clarté a défendu sans relâche la place de la musique nouvelle dans les programmes de concerts et encouragé la création musicale la plus exigeante. Cet inlassable bâtisseur d'institutions a également été à l'origine de la Cité de la musique (inaugurée en 1995) et de la Philharmonie de Paris, ouverte en janvier 2015 sans lui, alors qu'il était déjà malade.

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