Mort de Christophe Desjardins, altiste engagé de la création musicale

Avec son alto, il a créé ou participé à la création d'œuvres de Berio, Boulez, Levinas, ou encore Rihm. Christophe Desjardins est mort ce jeudi 13 février à l'âge de 57 ans.

Mort de Christophe Desjardins, altiste engagé de la création musicale
Mort de Christophe Desjardins, altiste engagé de la création musicale, © Radio France / Guillaume Decalf

Christophe Desjardins avait deux engagements qui n'en formaient qu'un : créer les œuvres de ses contemporains, et promouvoir le répertoire de son instrument, l'alto. Ancien soliste de l'Ensemble Intercontemporain (EIC) et de l'Orchestre du Théâtre de la Monnaie, il était également professeur au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse (CNSM) de Lyon. Il s'est éteint des suites d'un cancer ce jeudi 13 février à l'âge de 57 ans. France Musique lui rendra hommage ce jeudi dans Relax, vendredi dans Musique Matin, puis dimanche, le Carrefour de la Création s'ouvrira par un grand hommage. 

Avec sa disparition, c'est une page de la création musicale qui se tourne. L'immense Partita I de Philippe Manoury, Naturale de Luciano Berio, Chant de Jonathan Harvey, Messagesquisse de Boulez, Nous sommes l'air, pas la terre de Marco Stroppa, ou encore Viola, viola de George Benjamin, compositeur à l'honneur du Festival Présences 2020... On ne compte plus les œuvres auxquelles il a donné naissance, seul ou avec l'Intercontemporain, ni celles qu'il a suscitées ou commandées aux compositeurs, dont bon nombre étaient ses proches. Une boulimie de création et une générosité dont on trouve l'écho dans le long entretien de l'altiste avec Arnaud Merlin en 2016, dans le Portrait contemporain.

Pour moi, un musicien moderne est un musicien qui joue « aussi » la musique de son temps, et pas seulement.

Né à Caen en 1962, élève de Serge Collot en alto, et de Geneviève Joy en musique de chambre au CNSM de Paris, Christophe Desjardins sort du conservatoire en 1983 avec un 1er prix d'alto, avant de parfaire sa formation auprès de Bruno Giuranna à Berlin. Il intègre l'Ensemble Intercontemporain, alors dirigé par Peter Eötvös, dès 1990. Avec l'EIC, il enregistre les Diadèmes de Marc-André Dalbavie sous la direction de Pierre Boulez, Sequenza VI pour alto de Luciano Berio, En sourdine de Matthias Pintscher, et plusieurs dizaines d'autres disques. 

« J'aimerais surtout être un musicien moderne, témoignait-il au micro de Lionel Esparza en 2015, Pour moi, un musicien moderne est un musicien qui joue « aussi » la musique de son temps, et pas seulement. Aujourd’hui, on a de plus en plus tendance à compartimenter les répertoires, à poser des étiquettes définitives... ». Sa carrière musicale est le reflet de cette modernité : Christophe Desjardins crée la musique de ses contemporains sans négliger les compositeurs du passé, de Mozart à Bartók. « Je ne comprends pas cette résistance des interprètes à jouer la musique de leur temps. Pour moi, le modèle, c'est Pollini. Il joue Beethoven, Chopin admirablement, et il fait encore des projets, à l'âge avancé qu'il a, il prend des risques, il passe des commandes, fait des créations... ». Son dernier disque solo est d'ailleurs une juxtaposition de pièces du XVIIe siècle composées par Domenico Gabrielli et d'autres du XXIe siècle, de ami Ivan Fedele. 

Christophe Desjardins n'eut de cesse d'explorer toutes les facettes de son instrument et de les partager. Avec le public, mais aussi avec ses élèves du CNSM de Lyon, dans des spectacles comme Il était une fois l'alto, et dans les notes de programmes de ses concerts et enregistrements. « J’espère que cette démarche permet de laisser en chacun une trace plus profonde de l’expérience musicale » disait-il.  Une chose est sûre, c'est que la trace qu'il laisse sur la création musicale est, quant à elle, indélébile.