Moral au beau fixe pour les formations musicales de Radio France

Après avoir traversé des périodes troubles, les formations musicales de Radio France semblent avoir retrouvé une certaine sérénité. Qu’est-ce qui a changé ces derniers mois ?

Moral au beau fixe pour les formations musicales de Radio France
L'Auditorium de la Maison de la Radio, © Radio France / Christophe Abramowitz

Lorsque l'on demande à Mikko Franck : « Quel bilan tirez-vous de vos deux premières saisons en tant que directeur artistique de l’Orchestre philharmonique de Radio France ? », le jovial maestro nous répond qu’il est compliqué de « regarder en arrière pour tirer un bilan » alors qu’il ne cesse de « regarder vers l’avant pour préparer les derniers concerts avant les vacances ainsi que les futures saisons ». Le chef d'orchestre a même usé d’une métaphore bien sentie pour nous faire comprendre sa situation : « Lorsqu’on voit un enfant grandir tous les jours, on ne s’aperçoit pas forcément de ce qui change. Mais si on ne l’a pas vu depuis deux ans, on est toujours surpris de constater à quel point il a évolué ! ».

Constater sur le tard l'évolution des formations musicales de Radio France, c'est un peu ce qui nous est arrivé, à France Musique. Physiquement proches, dans la même « maison ronde », nous n'avons pas vu leurs récentes transformations. C'est grâce à l'article « Les deux orchestres de Radio France à l’unisson » de Christian Merlin dans Le Figaro que nous avons lu l'amélioration de leur situation.

Nous avons donc tenus à aller voir par nous-mêmes ce qui pouvait expliquer cet optimiste. Il suffit de croiser des musiciens de l’Orchestre philharmonique de Radio France, fraîchement rentrés d’une belle tournée en Asie. 10 concerts en Corée du Sud et en Chine qui leur ont laissé de beaux souvenirs, ainsi qu’aux nombreux mélomanes asiatiques rencontrés dans les salles. Joseph André, violoniste tuttiste du Philhar qui partait pour la première fois aussi loin depuis sa titularisation en 2014, est satisfait sur tous les plans. « C’était extrêmement bien organisé. Nous étions pris en charge du début à la fin et nous n’avions plus qu’à nous concentrer sur la musique. Nous avons vécu trois semaines hors du temps, sans les contraintes du quotidien, où nous avons pu renforcer la cohésion du groupe et travailler en profondeur un même répertoire. Je suis prêt à recommencer l’expérience au plus vite ! »

Si les musiciens du Philhar, au même titre que ceux de l’Orchestre national de France ou ceux du Choeur de Radio France, semblent aussi détendus, c’est que d’importantes modifications ont eu lieu ces derniers mois. Après avoir connu d’importantes turbulences en 2015, dues entres autres aux rumeurs de fusion des deux orchestres - c’est-à-dire en clair, à la disparition de l’un des deux - les musiciens sont rassurés sur le maintien de deux orchestres distincts. Une décision qui a été entérinée le 31 mars dernier par la signature du NAC, le nouvel accord collectif de l’entreprise. Le résultat de « négociations longues et compliquées » selon Michel Orier, directeur de la musique et de la création culturelle à Radio France. Arrivé à ce poste en mars 2016, soit un peu moins d’un an après la dure crise de mai 2015, il a hérité d’une situation complexe mais qu’il avait suivi de près dans son précédent poste de directeur de la musique au ministère de la Culture. « A mon arrivée, j’ai trouvé une Maison de la Radio, et plus précisément une direction de la musique, en attente de changements profonds et d’une visibilité à moyen terme. Nous avons donc défini un cap ainsi que les réformes nécessaires pour y parvenir ».

Michel Orier, Directeur de la musique et de la création culturelle à Radio France
Michel Orier, Directeur de la musique et de la création culturelle à Radio France, © Radio France / photo by Christophe Abramowitz

Et si les négociations de l’accord collectif ont été longues, elles ont néanmoins abouti parce qu’elles ont été faites « en fonction du projet artistique » argumente Michel Orier. Le directeur de la musique prend l’exemple de la volonté des orchestres d’enregistrer de la musique de films ou de développer l’offre pour les familles. « C’est en partant de ces objectifs très concrets à atteindre que nous avons réussi à trouver un compromis avec l’ensemble des parties ».

Mise en place d'une nouvelle organisation

Premier gros chantier des négociations, le redimensionnement des formations musicales, et la diminution des effectifs. Un point de crispation « difficile à régler » mais qui était « primordial pour la suite des opérations » explique Michel Orier. Ainsi, l’Orchestre national de France est passé de 122 à 114 membres, l’Orchestre philharmonique de 141 à 132 et le Chœur, le plus durement touché, de 114 membres à 90. Un dégraissage obtenu par les départs à la retraite non remplacés, qui semble convenir au violoniste du Philhar, Joseph André. « Nous avions conscience qu’il allait falloir fournir des efforts pour garantir notre avenir. Je vois le redimensionnement comme quelque chose de plutôt positif parce que désormais notre effectif est fixé et inscrit dans l’accord. Ce qui signifie que nous allons pouvoir recruter rapidement sur les postes vacants ». En effet, le NAC prévoit qu’un poste vacant soit pourvu dans les 6 mois. Le gage d’une sérénité quand on sait qu’il est parfois de coutume de laisser des postes sans titulaires pendant des années pour des raisons financières, au détriment de la qualité musicale.

L’aspect qui soulage certainement le plus les musiciens des deux orchestres, c’est la volonté claire de maintenir deux formations distinctes. Exit, pour l’instant, les projets de fusion un temps évoqués. « Les deux orchestres ont vocation à exister et il faut les faire travailler en complémentarité et non plus dans cette sorte de course en sac permanente qui n’avait pas beaucoup de sens et qui était mortifère pour les deux formations. Et c'est ce qui explique pourquoi nous avons Emmanuel Krivine à la tête de l'Orchestre national de France et Mikko Franck à la tête du Philhar. Ce sont deux chefs aux identités très différentes » explique Michel Orier. C’est dans cette logique qu’ont été recrutés deux délégués généraux, Jean-Marc Bador pour le Philhar, et Eric Denut pour le National. Un comité de programmation a également vu le jour afin de bâtir les saisons avec une vision globale, et non plus « chacun dans son coin ». Joseph André, violoniste du Philhar, se sent là aussi rassuré par rapport aux précédentes années : « l’équipe de direction a pris les choses en main. Nous avons l’impression qu’a été mis en place tout ce qu’il faut pour assurer le succès de l’offre musicale de Radio France ».

Autre preuve de l’évolution des mœurs à Radio France, les musiciens des différentes formations ne semblent plus vouloir faire bande à part. L’heure est à l’ouverture. Le NAC offre en effet la possibilité qu’un musicien du National remplace un musicien du Philhar en cas de maladie ou d’absence, par exemple. Une petite révolution qui ne pourra se faire qu’avec l’accord de l’intéressé dans des conditions bien précises. Là aussi, Michel Orier se félicite de cette avancée : « c’était une vache sacrée. Aller jouer dans l’autre orchestre signifiait qu’on reconnaissait que les deux formations étaient interchangeables, qu’il n’était pas nécessaire d’en garder deux ». Il sera également possible selon Michel Orier d’envisager des programmes aux effectifs spéciaux et donc de mélanger les musiciens. C’est ce qui est prévu le 4 février 2018 pour Music for eighteen musicians, une pièce de Steve Reich qui nécessite, entres autres, la présence de trois marimbas, deux xylophones, un vibraphone. « Cette nouvelle organisation nous permettra de nous attaquer à un répertoire beaucoup plus vaste, et de manière plus simple ».

Si Mikko Franck, comme évoqué au début de cet article, estimait avoir du mal à dresser un bilan de ses deux premières années à la tête de l’Orchestre philharmonique de Radio France, il a tout de même réussi à se plier à l’exercice. « Je suis un homme et un chef d’orchestre heureux, déclare le maestro en grande forme. Cette saison qui s’achève était très réussie. Il s’est passé beaucoup de choses ces deux dernières années et les musiciens ont dû traverser beaucoup d’épreuves mais je dis souvent que je n’ai jamais peur des problèmes. J’aime trouver des solutions et je veux toujours croire qu’il y a de la lumière au bout du tunnel. La crise par laquelle sont passés les orchestres de Radio France était nécessaire, malheureusement. Cela nous a permis de faire table rase et de trouver des nouvelles voies pour continuer à avancer. Notre chance est d’avoir une base solide sur laquelle nous pouvons reconstruire. Il y a beaucoup de travail à faire dans l’ensemble de l’organisation mais je suis optimiste car je sais que nous allons dans la bonne direction. »

Des projets pour l’avenir

Grâce à cette nouvelle organisation qui semble convenir à tout le monde, Michel Orier explique que de nombreuses nouveautés vont arriver pour les formations de Radio France. Si les prestigieuses tournées à l’étranger sont toujours à l’ordre du jour, le directeur de la musique souhaite développer les tournées en France. « Contrairement aux autres formations musicales, nous sommes des formations de radio. Nous apportons à la radio et la radio nous apporte beaucoup en termes de rayonnement. Mais cela ne suffit pas. Si l’on veut que de plus en plus de gens nous écoutent, nous devons aller à leur rencontre. L’année prochaine, les formations musicales de Radio France seront présentes un peu partout en France pour une vingtaine de concerts. C’est une politique que je veux vraiment développer dans les années qui viennent. »

Autre nouveauté, savoir être compétitif. Michel Orier en veut pour preuve le fait que Luc Besson et sa maison de production aient choisi l’Orchestre national de France pour enregistrer la musique de son prochain film à gros budget Valerian (200 millions d’euros, record du film français le plus cher). Cela faisait 35 ans qu’un orchestre de Radio France n’avait pas enregistré de bande-originales. « Alexandre Desplat, le compositeur, souhaitait que ce soit le National qui enregistre sa musique. Sans ce nouvel accord, nous n’aurions en aucun cas pu concurrencer le London Symphony Orchestra et les studios d’Abbey Road, par exemple. C’est formidable pour les orchestres et pour Radio France » se réjouit Michel Orier.

Une première bonne nouvelle qui devrait faire des émules puisque plusieurs projets d’enregistrement de musiques de films sont en cours. Michel Orier peut donc se réjouir d’avoir réussi à mettre en place une organisation qui semble avoir tout ce dont elle a besoin pour fonctionner et se développer. Plusieurs indicateurs sont déjà à la hausse, comme le nombre de billets déjà écoulés pour la saison 2017/2018. En seulement deux mois, il s’est déjà vendu plus d’abonnements que sur l’ensemble de la saison dernière. Cerise sur le gâteau, le restaurant et le bar qui manquaient tant à la Maison de la Radio pour renforcer son attractivité, ouvriront cet été.