Miles Davis rocks !

A l'occasion de la parution du troisième volume des enregistrements live de 1970 « Miles At The Fillmore » chez Columbia Legacy, nous vous proposons un retour sur la carrière de Miles Davis en six épisodes : une Nuit spéciale disponible à la réécoute dans le cadre de notre Dossier Baccalauréat Musique 2014 !

Une actualité exceptionnelle et une archive qui l'est tout autant : la sortie cette semaine du troisième volume des sessions live de Miles Davis captées au Fillmore East et West en 1970 chez Columbia Legacy, « Miles At The Fillmore », et le fait que Miles Davis figure au programme de l'option facultative du Baccalauréat Musique 2014, nous ont inspirés de vous proposer un retour sur le parcours de ce trompettiste légendaire dans une Nuit spéciale Miles Davis (archive de novembre 2009) concoctée par Franck Bergerot, rédacteur en chef de Jazz Magazine.

Miles at the Fillmore

Après avoir été à l'origine de pratiquement toutes les audaces dans l'évolution du jazz, Miles Davis se tourne dans les années 1970 vers l'univers du rock psychédélique, et notamment celui de Jimi Hendrix, dans la mouvance artistique des révolutions de 1968. Il s’en inspire pour amorcer un rapprochement entre le jazz et la musique rock, funk et « rhythm’n’blues », signature qu’il gardera jusqu’à la fin de sa carrière. Le tournant est gravé dans le marbre avec l'album Bitches Brew paru en 1970. Désormais, il change d’image et se produit dans les grandes salles de rock de l’époque avec à ses côtés quelques-unes des stars en devenir comme John McLaughlin, Chick Corea ou Keith Jarrett.

C'est de cette époque que témoigne la série d'enregistrements des sessions live de Miles Davis dans les mythiques salles de concert Fillmore East et West, et dont le troisième volume sort ces jours-ci chez Columbia Legacy : l’intégralité de quatre concerts originaux à découvrir pour la première fois avec plus de 100 minutes de musique inédite, dont vous pouvez réécouter les extraits exclusifs dans Open Jazz .

Les six visages de Miles Davis

⇒ Miles Davis, un homme de théâtre

À ÉCOUTER

Nuit spéciale Miles Davis du 28 Mars 2014

Encore Miles ! Pourquoi Miles ? Parce qu'il est plus qu'un instrumentiste. Le son légendaire de sa trompette, la beauté de son geste instrumental, son discours d'improvisateur comme sa direction d'orchestre se distinguent par son sens du drame et de l'atmosphère, cette extra lucidité avec laquelle il saisit une situation pour se l'approprier et tirer le meilleur de ses accompagnateurs par l'énigme, la suggestion et la tension, à la façon des grands hommes de théâtre.

⇒ Miles Davis et le blues

À ÉCOUTER

Nuit spéciale Miles Davis - 2 du 28 Mars 2014

Miles Davis incarna le blues qu'il croisa tout jeune dans les campagnes de l'Arkansas où son grand-père dirigeait une ferme. De famille bourgeoise, élève de la Juilliard School, il entretint cependant des relations complexes avec cette expression de la condition noire, l'abordant sous les formes les plus alambiquées du bebop, retournant à ses racines les plus brutes, en rejetant sa forme lorsqu'elle fut édulcorée par le rock blanc pour en extraire l'essence la plus pure.

⇒ Miles Davis et ses maîtres

À ÉCOUTER

Nuit spéciale Miles Davis - 3 du 28 Mars 2014

Grandi à l'école des trompettistes de Saint-Louis (Charles Creath, Shorty Baker ), marqué par ses camarades Clark Terry et Freddy Webster, grandi à l'école du bop (Charlie Parker, Dizzy Gillespie et Thelonious Monk ), cet esprit farouchement indépendant ne cessa de prendre modèle auprès d'Ahmad Jamal, de Jimi Hendrix, de James Brown, de Sly Stone, de Prince.

⇒ Miles Davis et l'économie du geste

À ÉCOUTER

Nuit spéxiale Miles Davis - 4 du 28 Mars 2014

Parti des thèmes-gymkhanas du bebop, Miles Davis ne cessa d'épurer sa sonorité, sa phrase, ses contextes orchestraux. On observe ainsi sa distance vis-à-vis du piano qu'il fit souvent taire, qu'il supprima même, la façon dont il s'intéressa au jazz modal et dépouilla sa musique des harmonies conventionnelles afin de libérer le pouvoir de la mélodie et de la couleur.

⇒ Miles Davis à l'avant-garde

À ÉCOUTER

Nuit spéciale Miles Davis - 5 du 28 Mars 2014

Miles Davis n'a cessé d'initier les avant-gardes du jazz sans jamais s'y laisser réduire : pionnier du bop, du cool, du hard bop, du jazz modal, du jazz-rok, du jazz-funk et de l'électro-jazz, il ne s'y rattacha jamais, se rapprochant à l'inverse du free jazz qu'il avait commencé par rejeter. Le jazz contemporain puise toujours, une trentaine d'années plus tard, à la source de son second quintette et de son album On the Corner.

⇒ Miles Davis, musicien populaire

À ÉCOUTER

Nuit spéciale Miles Davis - 6 du 28 Mars 2014

Il prêta toujours son attention aux chanteurs, s'inspirant de Frank Sinatra, parrainant Shirley Horn, privilégiant les standards de l'American Songbook des années 50 au milieu des années 60. Après une période d'abstraction mélodique, il revint au milieu des années 80 aux grands tubes de l'époque empruntés à Cindy Lauper, Michael Jackson ou Prince et prêta même sa trompette aux stars du funk et de la musique po p, se rapprochant dans son dernier disque posthume Doo Bopdu hip hop, la culture du ghetto.


Ouvrages de référence :

Arnaud Merlin, Franck Bergerot : L'épopée du jazz (Gallimard/Découvertes)
Franck Bergerot : Le Jazz dans tous ses états (Larousse/Comprendre et reconnaître)
Franck Bergerot : Miles Davis, introduction à '¹histoire du jazz moderne (Le Seuil)