Mikko Franck vu par ses musiciens

Le nouveau directeur musical de l’Orchestre philharmonique de Radio France, le jeune chef finlandais Mikko Franck, a en réalité déjà une longue histoire avec ses musiciens. Depuis plus de dix ans il vient les diriger régulièrement. Voici son portrait croisé par trois musiciens de l'orchestre.

Mikko Franck n'est pas un inconnu pour les musiciens de l'Orchestre philharmonique de Radio France. Certains musiciens l'ont rencontré dès ses débuts avec l'orchestre il y a une petite dizaine d'années, d'autres dans d'autres formations. On dit que la première impression est souvent déterminante pour une relation; le hautboïste Olivier Doise, le contrebassiste Yann Dubost et la violoniste Anne Villette racontent leur histoire avec le nouveau directeur musical de l'Orchestre philharmonique de Radio France.

Première impression

Olivier Doise
J’ai joué sous la direction de Mikko Franck lorsque je faisais encore partie de l’Orchestre philharmonique de Munich, c’était en 2003. Ce qui m'a marqué, c'était qu'il savait précisément ce qu’il voulait (c'était il y a 12 ans !), et cela s’est confirmé depuis.

Yann Dubost
A l’époque, je jouais à l’Orchestre de Paris, et Mikko Franck devait diriger plusieurs concerts qu’il a annulés. A chaque annulation, le suspens devenait de plus en plus insoutenable. Il planait autour de ce chef un mystère incroyable...

Anne Villette
Fidélité. Cela fait dix ans que l’orchestre collabore avec Mikko Franck et les musiciens sentent qu’il est attaché à notre orchestre. Il revient et dirige avec la même passion chaque nouveau programme avec nous.

Un souvenir musical…

Olivier Doise
Tristan de Wagner, que nous devions donner avec le Maestro Chung. Il se trouve que le Maestro Chung a dû renoncer au dernier moment pour des raisons personnelles et on a sollicité Mikko Franck au pied levé. C'était vraiment quelques jours avant le début des répétitions. Il l'a su la veille pour le lendemain, et il est quand même arrivé en répétition fin prêt, alors qu’il n’avait jamais auparavant dirigé Tristan. Cette collaboration est restée inoubliable, et Tristan était un triomphe.

Yann Dubost
Lorsque j’ai rejoint l’Orchestre philharmonique de Radio France, j’ai enfin eu l’occasion de jouer sous sa direction. C’était en septembre 2011, ma première saison et la Cinquième symphonie de Prokofiev, une œuvre qui lui va comme un gant. Je me rappelle que je suis resté scotché : un type normal arrive sur le podium, et au moment où il déplie ses bras –curieusement, on a eu l’impression qu’il avait des bras immenses – on entend les mouches voler. Il a cette autorité naturelle et immédiate devant l’orchestre.

Anne Villette
Ce n'est pas une oeuvre en particulier, mais un répertoire : j'admire l’implication avec laquelle Mikko Franck aborde la création contemporaine et les œuvres du XXe siècle et l'engagement avec lequel il défend ce répertoire. Ses choix sont toujours très réfléchis, il a envie de s'investir et de soutenir la création d'aujourd'hui.

Trait de chef

Olivier Doise
Bonheur du moment musical partagé. C’est un chef qui dirige avec le sourire, qui donne envie de jouer.

Yann Dubost
Souriant, mais s’il n’est pas content, le sourire disparaît d’un coup et on a l’impression qu’un gros nuage noir passe.

Anne Villette
Empathie. Avec Mikko Franck, chaque musicien se sent concerné. Il est véritablement en connexion avec l’orchestre qu’il traite comme un ensemble d’individus et non pas comme un instrument amorphe.

Méthode de travail

Olivier Doise
Exigence de chaque instant. Il sait que le temps pour préparer un programme est compté : pas de temps à perdre, il veut un orchestre prêt et réactif, il est à l’écoute, et n’impose rien, mais sait précisément où il veut mener l’orchestre.

Yann Dubost
Confiance. Il sait ce qu’il veut, mais il veut une réactivité de ses musiciens, il leur fait confiance. Il ne s’attarde jamais trop sur le détail, il nous guide dans une vision globale du programme.

Anne Villette
Efficacité. C’est un musicien extrêmement brillant qui s’adapte très vite. Comme il est très précis, il a la même exigence par rapport à ses musiciens.

Un souvenir personnel

Olivier Doise
C’était un soir, après une générale à Bordeaux, où l’on donnait une symphonie de Sibelius. Nous nous sommes retrouvés, affamés, à chercher en vain un restaurant dans le quartier. Finalement, ne trouvant rien d’ouvert, nous avons passé un moment très sympa dans un kebbab, chose qui ne m’arrive pas souvent avec les chefs…

Yann Dubost
Je n'ai pas eu l'occasion de passer un moment avec lui, mais en situation de travail, c’est un chef qui communique. Il n’est pas bavard, mais il est très expressif dans ses mimiques. Son regard est ouvert et il cherche des yeux le contact avec chaque musicien, un peu à la façon d’un musicien chambriste.

Anne Villette
Il est vrai que pour son jeune âge, Mikko Franck dégage une sagesse optimiste, une sérénité étonnante. Nous avons beaucoup travaillé en tête à tête, et j'ai toujours eu cette impression-là . C'est la même chose lorsqu'il dirige. Du coup, en concert, c’est comme une énergie qui nous entraîne tous dans un même mouvement.

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