Michel Dalberto : « Si je pouvais voyager dans le temps, Liszt serait le premier que j'irais voir »

Le pianiste Michel Dalberto est l’une des têtes d’affiche du festival de Radio France Occitanie Montpellier. Il évoque son lien très fort avec Liszt et la sortie prochaine de son disque consacré à César Franck.

Michel Dalberto : « Si je pouvais voyager dans le temps, Liszt serait le premier que j'irais voir »
Michel Dalberto s'est produit dans un récital centré autour de Liszt dans le cadre du Festival de Radio France Occitanie Montpellier

Sur la feuille de service du Festival de Radio France Occitanie Montpellier, le nom de Michel Dalberto est inscrit sur le créneau 10h – 12h. Deux heures pendant lesquelles la grande scène de la salle Berlioz du Corum de Montpellier lui est réservée. Le pianiste a également pu choisir son instrument, un Bösendorfer, plutôt qu’un Steinway. « J’avais envie de le tester pour mon prochain disque consacré à César Franck, et ça fonctionne à merveille ». Pourtant, Michel Dalberto n’est pas sur scène. Il faut s’engouffrer dans les coulisses, dans le couloir où se trouvent les loges et se laisser guider par ces arpèges provenant d’un piano droit plutôt désaccordé. 

Le pianiste de 63 ans est dans sa loge et travaille le Concerto pour piano et orchestre n°5 de Saint-Saëns. « Je le joue pour la première fois au festival de La Roque d’Anthéron (samedi 21 juillet, avec l’Orchestre philharmonique de Marseille dirigé par Lawrence Foster, ndlr) et c’est une pièce vraiment amusante » annonce Michel Dalberto, décontracté dans son bermuda rouge, vêtement idéal pour supporter la fournaise montpelliéraine. S’il préfère jouer sur un piano droit assez quelconque, c’est qu’il trouve cela « trop facile de travailler sur des bons pianos. Lorsqu’on obtient un bon résultat sur un piano médiocre, ce sera encore mieux le soir pour le concert. Il y aura un vrai plaisir de jouer sur un excellent instrument ». Le musicien recommande cette technique aux jeunes pianistes qui viennent assister à ses masterclass. 

Pour ce récital, Michel Dalberto propose un parcours autour de Franz Liszt, Claude Debussy et César Franck. Les deux premiers sont ses compositeurs de prédilection, surtout Liszt. « Si on m’offrait un moyen de voyager dans le temps pour aller à la rencontrer d'un compositeur, ce serait lui que je choisirais sans aucune hésitation. Il était si intelligent, si malin. Il était vraiment de son temps puisqu’il a fait exactement ce qu’il fallait, au bon moment. Liszt était ouvert à beaucoup de choses et a su éviter les affres de la folie, qui ont causé la perte de Schumann par exemple. Sa notoriété fantastique à l’époque, s’appuyait sur des choses réelles, pas sur des paillettes ». 

De Liszt, Michel Dalberto a choisi la Bénédiction de Dieu dans la solitude, La lugubre gondole, Richard Wagner – Venezia et En rêve. Ces œuvres reflètent les « plusieurs facette de la personnalité de Liszt » selon le pianiste. « Liszt a su arrêter sa carrière de pianiste virtuose au bon moment. C’était peut-être trop tôt au goût de certains, mais cela lui a évité de devenir fou. C’était réellement un personnage fascinant » explique Michel Dalberto. En contrepoint de ces pièces de Liszt, Dalberto a placé la deuxième série des Images de Debussy.

« Je crois que la folle inventivité de Debussy est la même que celle qu’on retrouve chez Liszt. On sent qu’ils ne se fixent pas de limite. Contrairement à la musique de Chopin, qui était composée pour les salons bourgeois et devait faire attention à ne pas trop choquer, Debussy et Liszt s’en fichaient totalement. Cela les rapproche vraiment tous les deux, alors qu’on sait que Debussy était en totale admiration de la musique de Chopin » analyse le pianiste. 

César Franck au programme du prochain disque

Au programme du récital, un autre compositeur français, mais moins connu : César Franck et l’une de ses deux pièces pour piano passées à la postérité, Prélude, choral et fugue. Contemporain de Liszt, le compositeur né belge puis naturalisé français était lui aussi une sommité en son temps. « Il était un virtuose de l’orgue et cela a grandement influencé son jeu pianistique, précise Michel Dalberto. On retrouve une écriture pianistique proche de celle de Liszt chez César Franck ». Le prochain disque du pianiste sera d’ailleurs consacré à Franck. Il sera le troisième d’une série de quatre, enregistré pour le label Aparté. L’enregistrement aura lieu en octobre et en public, comme les deux précédents consacrés à Debussy et à Fauré. 

« César Franck a eu un rôle très important dans le développement de la musique de chambre et de piano au XIXe siècle. A cette époque, le genre de l’opéra dominait la vie musicale et, pour les compositeurs que cela n’intéressait guère, il était compliqué d’être joué et édité. Franck a contribué à la création de la Société nationale de musique, qui a permis de promouvoir autre chose que de l’opéra et de jouer les oeuvres de jeunes compositeurs » relate le pianiste. 

Michel Dalberto sortira prochainement un disque consacré au compositeur César Franck
Michel Dalberto sortira prochainement un disque consacré au compositeur César Franck

À chaque enregistrement, Michel Dalberto choisit un lieu et un piano différent. Debussy au Teatro Bibiena à Mantoue sur un Fazioli, Fauré au Conservatoire national supérieur de musique de Paris sur un Bechstein. Son disque César Franck sera lui enregistré dans la salle Philharmonique de Liège sur un Bösendorfer. À noter que son prochain disque prévu et consacré à Ravel sera capté, toujours en public, en avril 2019, dans l’auditorium de la fondation Louis Vuitton, sur un Steinway. 

En attendant, les mélomanes de Montpellier pourront se régaler du jeu tout en authenticité de Michel Dalberto ce mardi 17 juillet à 18h30 à la salle Berlioz du Corum. Un concert capté par France Musique et diffusé ce jeudi 19 juillet sur France Musique et francemusique.fr.